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DANSE — ARTISTE

l'art de la danse avec et au dela du handicap !

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France Geoffroy, Martine Lusignan, Isaac Savoie, Pierre-André Côté dans un ballet intitulé "Le Baiser" en 2006. Chorégraphie et metteur en scène : Johanne Madore ©2008.Corpuscule-Véro Boncompagni

2009.12.05 — Danseuse, artiste, productrice et handicapées, tel et le pari réussi de France Geoffroy reconnu depuis plusieurs année déjà comme une danseuse professionnelle a part entière. Elle ne s’apitoie pas sur son sort. Loin de là. Elle fonce. Elle veut défoncer les portes pour pouvoir vivre sa passion et faire connaître la danse intégrée, un courant de la danse contemporaine qui fait une place à la fois aux danseurs handicapés et à ceux qui ne le sont pas.

Enseignante elle gère sa compagnie de danse Corpuscule. Tout cela, en ne quittant jamais son fauteuil roulant. Derrière son regard bleu, la danseuse cache une force incroyable. Elle ne s’apitoie pas sur son sort. Loin de là. Elle fonce. Elle veut défoncer les portes pour pouvoir vivre sa passion et faire connaître la danse intégrée, un courant de la danse contemporaine qui fait une place à la fois aux danseurs handicapés et à ceux qui ne le sont pas. «Il n’y a pas de règle en danse intégrée, explique France Geoffroy. C’est à travers l’exploration qu’on découvre des pistes de gestuelles. On arrive à des résultats en s’appuyant sur la personne avec qui on danse, qui nous permet d’aller plus loin dans les mouvements.» «L’idée, ce n’est pas de parler du handicap, c’est de transcender le handicap et de faire oublier le fauteuil roulant», ajoute la directrice artistique de la compagnie Corpuscule.

Tétraplégique à 17 ans

France Geoffroy est devenue tétraplégique à l’âge de 17 ans à la suite d’un accident de plongeon. Cinq jours plus tard, elle devait commencer une formation en danse au cégep Montmorency. «La danse, c’était quelque chose qui m’habitait depuis l’enfance. Mais je n’avais jamais dansé, raconte-t-elle. Après son accident, elle a fait une croix sur la danse jusqu’à ce qu’elle tombe sur une vidéo montrant la fondatrice de la compagnie de danse intégrée CandoCo, Celeste Dandeker, dansant en fauteuil roulant. (…) Je capotais quand j’ai vu cela, dit-elle.  Je me suis alors dit que si elle était capable de le faire avec le le même handicap que moi, pourquoi je ne serais pas capable moi aussi ».

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Martine Lusignan en arrière plan et au centre, France Geoffroy. ©2008.Corpuscule-Véro Boncompagni

Puis, elle s’est retrouvée au Studio 303 pour l’enregistrement d’une émission de télévision. À la demande d’une professeure de danse, elle a pris part, malgré son inexpérience, à une improvisation de danse. Et là, la magie a opéré. «Tout le monde avait les yeux pleins d’eau à la fin, mentionne-t-elle. Il y a eu une espèce de symbiose entre les danseurs et moi. C’était la première fois que je dansais en fauteuil roulant et que j’étais en contact avec le milieu de la danse ».

Danseuse professionnelle

Au fil de rencontres fortuites, France Geoffroy s’est initiée plus amplement à la danse intégrée. Elle est même allée jusqu’en Angleterre pour suivre des stages à la compagnie CandoCo. Aujourd’hui, en tant que danseuse professionnelle, elle donne des spectacles. Son prochain, Oiseaux de malheurs, est chorégraphié par l’artiste de renom Estelle Clareton et il sera présenté au Monument-National au printemps 2010.

Quand elle pense à toutes ces années où elle a travaillé dur, elle se dit que, sans son handicap, elle n’aurait peut-être jamais eu la carrière de danseuse qu’elle a aujour­d’hui, tant cela lui a demandé de la détermination. À l’aube de ses 36 ans, France Geoffroy réfléchit à sa retraite de la scène. Son corps lui dit de plus en plus de ralentir ses activités. Elle espère malgré tout que sa compagnie prendra de l’essor et que ses productions seront présentées un jour à l’année longue, partout au Québec. Parce que, selon elle, handicapés ou pas, les artistes ont tous leur place sur une scène de danse.

Qu’est-ce que la danse intégrée ?

Basée sur une proposition d’ouverture à la dissemblance, la danse intégrée crée un espace de réciprocité pour les personnes à mobilité réduite et les personnes sans handicap. Depuis son émergence,  cette approche du mouvement est orientée vers la création et l’exploration d’une esthétique particulière. Dans les années 1980 alors que des artistes handicapés étaient invités ponctuellement à prendre part à des productions en danse, certains d’entre eux ont voulu s’offrir un espace de création qu’ils pourraient investir de manière autonome et continue. Parmi les premières compagnies professionnelles constituées d’artistes avec et sans handicap, deux d’entres elles s’imposent, Axis (États-Unis) et Candoco (Angleterre) qui jouit d’une reconnaissance à l’échelle internationale.

Bien que la danse intégrée favorise souvent des apprentissages moteurs, les intentions sous-tendues à sa pratique diffèrent des objectifs de la danse thérapie qui visent l’amélioration des états physiques et psychiques des individus. En s’appropriant les techniques d’improvisation et de danse contact, la danse intégrée ouvre un vaste champ d’exploration artistique, que ce soit dans le cadre d’ateliers ou au cours d’un processus de création. Sur scène, elle participe du courant actuel de métissage des disciplines corporelles. Pour France Geoffroy, la danse intégrée questionne l’esthétique du corps dansant et propose une image autre que celui de la danseuse au corps vertical et aux jambes bien enracinées dans le sol.  Ainsi, le corps brisé, la mobilité réduite, le fauteuil roulant à la fois objet et sujet, ou encore la prothèse mise à nue, suscitent une réflexion sur la virtuosité et la performance ; l’équilibre

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La danseuse au regard bleu perçant, France Geoffroy, avec Tom Casey ©2008.Corpuscule-Véro Boncompagni

précaire, le spasme, la fragilité du geste comme sa cassure dans l’exécution viennent nourrir et transformer le vocabulaire des partenaires de danse avec et sans handicap. Tel que formulé par Estelle Charron, « En incorporant la danse, handicapé comme valide font l’expérience de leur corps et de celui de l’autre ». À travers la multiplicité des échanges qu’elle favorise entre artistes de tous profils, la danse intégrée propose une redéfinition des limites et des possibilités.

Prochain Spectacle Printemps 2010

Prochain grand rendez-vous pour cette artiste horne norme et son équipe, dans un ballet intitulé «Oiseaux de Malheur !» avec comme pour chorégraphe Estelle Clareton et une production de Danse-Cité. Un ballet interpréter par France Geoffroy, Annie De Pauw, Tom Casey, Marie-Hélène Bellavance. Spéctacle programmé du 17 au 20 mars et du 24 au 27 mars prochain à 20H30.

Estelle Clareton en compagnie des interprètes Marie-Hélène Bellavance, artiste peintre et performeuse amputée des deux jambes, France Geoffroy, danseuse tétraplégique, Annie De Pauw et Tom Casey crée Oiseaux de malheur !, une pièce constituée de personnages mi-humains, mi bêtes, livrés aux jeux de la rencontre, de la complicité et du rejet. Rejetant le choix de repousser les limites techniques de la danse intégrée pour en faire une danse de prouesses, Clareton et Corpuscule ont opté pour une rencontre sensible et imprévisible des corps en empruntant la voie de l’humour, de la poésie et de la simplicité. La composition de chacun des tableaux de l’oeuvre repose donc sur la tentative de détourner l’attention du handicap et le désir d’entraîner le spectateur dans une expérience étrange de la transformation, de l’enlaidissement et de la métamorphose des corps. La galerie des monstres de Clareton donne alors à revoir le thème des rapports humains et le concept de la beauté.

Réservation au  Studio Hydro-Québec du Monument-National 1182, boul. St-Laurent Billetterie : (001) 514 871-2224. Pour plus de détails sur l’artiste, visitez le site de Corpuscule.

Correspondante F.H.I au Québec
Jacinthe MAJEAU


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