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INTERVIEW

Avec la Secrétaire d'Etat Nadine MORANO, pour un bilan sur le chômage des travailleurs handicapées

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Nadine Morano Secrétaire d'État a la Solidarité et à la Famille

2009.11.27  — Six jours après la fin de la semaine pour l’emploi, le bilan reste contrasté, certes les initiatives se multiples souvent par la peur du 1er janvier qui verra multiplier la contribution a l’AGEFIPH mais le chômage des travailleurs handicapés reste lui tout aussi important. Mme Nadine Morano nous confie ici son avis sur la situation et l’avenir des travailleurs handicapés en France…

F.H.I — Le taux de chômage des travailleurs handicapés atteint près 19,5% soit le double de la moyenne nationale, comment expliquez-vous une situation qui perdure ?
Nadine Morano : 19, 3% des personnes handicapées sont aujourd’hui à la recherche d’un emploi, soit le double de la moyenne du reste de la population.  Nous avons vraiment des progrès à faire ! Plusieurs facteurs viennent expliquer ce phénomène : d’une part, leur niveau de moyen de qualification puisque 83% ont un diplôme inférieur ou égal au BEP ; d’autre part, un manque d’information et de mise en relation des personnes handicapées avec les entreprises. Enfin, il faut mieux accompagner les élèves handicapés au moment de l’orientation.
Cette situation intenable requiert une politique volontariste en faveur de l’emploi des personnes handicapées. C’est pour toutes ces raisons que j’ai pris l’initiative de réunir, le 13 novembre, les patrons d’entreprises du CAC 40 pour créer une dynamique positive ! Nous avons signé une charte pour l’emploi des personnes handicapées, car je crois profondément au rôle moteur que peuvent jouer les grandes entreprises. Nous avons ainsi identifié des « bonnes pratiques » sur lesquelles les entreprises pourront appuyer leur stratégie, notamment en direction des plus jeunes.

F.H.I — Qu’attendez-vous des nouvelles pénalités qui entreront en vigueur en janvier prochain ?
Nadine Morano : Ces pénalités, prévues dans la loi du 11 février 2005, sont destinées à inciter les entreprises à intégrer dans leur stratégie une véritable politique d’insertion professionnelle des personnes handicapées. L’AGEFIPH a consacré en 2008 plus de 36 millions d’euros pour sensibiliser et aider concrètement les entreprises dans leurs démarches d’embauche et de maintien dans l’emploi des personnes handicapées.
98, 5% des entreprises de plus de 500 salariés et la majorité des petites entreprises (entre 20 et 49 salariés) ont déjà démontré leur engagement en faveur de l’emploi des personnes handicapées. Les entreprises sont très conscientes de leurs obligations. Mais il faut encore aller plus loin !

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Nadine Morano avec les entreprises du CAC 40 le 13 Novembre dernier lors de la signature de la charte pour l'emploi des travailleurs handicapés© Alain François

F.H.I — Bon nombre d’entreprises ont signé avec l’Agefiph des contrats triennaux dont les associations affirment qu’il s’agit pour la majorité d’entre elles d’un échappatoire ?
Nadine Morano : Bien au contraire. Je rappelle que l’AGEFIPH a engagé d’importantes actions d’information et de sensibilisation pour bien accompagner les entreprises. Lors de ma rencontre avec les entreprises du CAC 40, les dirigeants ont démontré que des actions particulièrement innovantes ont été rendues possible grâce à ces contrats financés par l’AGEFIPH.
C’est parce qu’elles enregistrent de bons résultats, que nous avons besoin que les grandes entreprises s’engagent pour impulser une véritable dynamique sur ce sujet. Elles doivent être la locomotive ! Elles sont une vitrine ! Par exemple, AXA a financé des journées de formation pour ses managers. Le Crédit Agricole a fait un « Tour de France des compétences » et a embauché 836 collaborateurs dont 278 en CDI et 550 qui ont suivi une formation en alternance.

F.H.I — La FNATH comme l’APF ont souvent évoqué le manque de formation a la disposition des travailleurs handicapés, dont le niveau scolaire pour 80% n’ont pas le Bac. Comment améliorer la formation de ces derniers ?
Nadine Morano : Il faut non seulement développer la formation des personnes handicapées mais aussi améliorer la circulation de l’information entre l’offre et la demande via Cap emploi notamment. Tout d’abord, le moment clé est celui de l’orientation.  C’est pourquoi, par exemple,  l’association ARPEJEH (Accompagner la réalisation des projets des élèves et jeunes étudiants handicapés) propose des stages en entreprises aux élèves handicapés afin qu’ils prennent conscience de leurs compétences et de la valeur ajoutée qu’ils représentent pour les entreprises.
Il faut montrer aux élèves et étudiants handicapés qu’ils peuvent travailler comme les autres. J’ai indiqué ce point dans l’engagement signé avec les patrons du CAC 40 et, dans le même esprit, j’ai demandé à ce que la fonction publique accueille bien, comme ils en ont le droit, les élèves handicapés de 3ème en stage de découverte.
Ensuite, je rappelle que la loi du 11 février 2005 énonce un principe fort : l’accès des personnes handicapées au droit commun. Ainsi les travailleurs handicapés bénéficient de tous les dispositifs adaptés à toute personne qui travaille ou qui cherche du travail, sans qu’il soit nécessaire de les mentionner explicitement. Nous ne construisons pas un droit spécifique mais je me bats pour que les personnes handicapées soient considérés comme des citoyens à part entière !
Concernant l’accessibilité des lieux de formation, l’observatoire de l’accessibilité que j’installerai avec mes collègues du gouvernement d’ici 2010 travaillera aussi à mesurer et à documenter sur les normes d »accessibilité des lieux de formation.

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La secrétaire d'Etat à la Famille et à la Solidarité, Nadine Morano, chez Dupont de Nemours au mas de Cernay le 19 novembre dernier ©Jean-Paul Domb

F.H.I —Réunissant les entreprises du CAC 40 le 13 novembre vous avez mis en avant les stéréotypes : quels sont-il pour les travailleurs handicapés ?
Nadine Morano : Les stéréotypes, c’est d’abord la méconnaissance de ce qu’est réellement le handicap. On peut naître handicapé, mais on peut aussi le devenir, suite à une maladie dégénérative ou un accident de la vie. Nous sommes tous concernés. Les entreprises engagées, comme celles du CAC 40, nous disent toutes que la présence d’une personne handicapée dans une équipe constitue très clairement une valeur humaine ajoutée.
Lors de mon déplacement à Thalès, l’impact positif de la stratégie de recrutement et de maintien des personnes handicapées au sein de l’entreprise était éloquent !

F.H.I — L’UNAPEI, ou le CNPSAA regrette les très fortes difficultés d’insertion professionnelle en milieu ordinaire que rencontrent les personnes handicapées mentaux ou visuel. Pourtant des solutions existent,  humaines ou technologiques, quel est votre sentiment sur cette question ?
Nadine Morano : On a trop tendance, dans l’imaginaire collectif, à limiter le handicap au handicap moteur. Or, il existe bien d’autres cas, comme le handicap rare, qui résulte du cumul de plusieurs handicaps. Chaque situation est unique. C’est pour cela que j’ai annoncé à Nancy un plan national de 35 millions d’euros pour mieux prendre en compte ces situations particulières, par définition complexes.
Je suis frappée par les progrès en termes d’innovations technologiques pour simplifier la vie quotidienne des personnes handicapées ou leur travail : les balances qui parlent, les agrandisseurs d’écran, le dispositif TADEO que j’ai vu chez Thalès et qui permet à des personnes sourdes de participer à des conférences téléphoniques.

F.H.I — ESAT et Établissement Protégé sont parfois fortement critiqués pour leurs système d’embauche écartant de plus en plus les salariés handicapés les plus lourd (C) et donc les moins rentable. Quel serait votre réponse à cette interrogation des parents ?
Nadine Morano : Le gouvernement  a pleinement conscience du besoin de renforcer les moyens dans les ESAT pour mieux répondre aux demandes. Les taux d’occupation des ESAT de 98 % montrent bien qu’il s’agit de structures essentielles.
C’est pourquoi le Président de la République a annoncé la création de 10 000 places d’ici 2015. Et les promesses sont tenues, le projet de loi de finances pour 2010 prévoit le fonctionnement de 117 000 places d’ESAT existantes et la création de 1400 places supplémentaires !

Interview Réalisé a Paris le 26 Novembre 2009
Par Stéphane Lagoutière


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