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Marie-Arlette CARLOTTI dans son bureau a Paris À mi mi-parcours de la semaine pour l'emploi des personnes handicapées, nous avons interrogé Mme Marie Arlette CARLOTTI plus de six mois après son arrivé a ce ministère en charge des personnes handicapées et de l'exclusion.

Une manifestation auquel la ministre sera très présente, aujourd'hui même elle assistera a la première conférence parlementaire qui aura lieu sur le thème de l'emploi et du handicap et organisée par l'ancien député Mme Martine CARRILLON-COUVREUR désormais présidente du Conseil national consultatif des personnes handicapées. 

Une semaine qui se déroule avec un taux de chômage record de 22 % pour lequel malheureusement pas vraiment d'explication nous sont donnée. Les emplois d'avenir et autres solutions mis en place par ce nouveau gouvernement sera-t-elle suffisante ? Voici ce que nous a répondu Mme la Ministre.

FHI --- Avec un chômage en progression constant depuis 20 ans et taux record de 22 % et + 13,9 % en 2011, comment expliquez-vous l'échec des différents gouvernements ?

Marie-Arlette CARLOTTI : Ces chiffres sont évidemment désolants. Les personnes handicapées ont un taux de chômage équivalant au double de celui de la population valide. L'année dernière, il a augmenté beaucoup plus fortement que l'augmentation moyenne du chômage. Pour les entreprises en période de crise, l'embauche des travailleurs handicapés est plus difficile qu'en période de croissance.

FHI --- Emploi d'avenir oui, mais croyez-vous que cela puisse être l'unique solution ?

Marie-Arlette CARLOTTI : Trop de jeunes de notre pays n'ont pas accès au monde du travail. Les emplois d'avenir constituent une première expérience professionnelle et une chance d'acquérir une qualification.
Les emplois d'avenir reposent sur une ambition collective et mobilisatrice : offrir une véritable insertion professionnelle à des jeunes peu ou pas qualifiés. Ce programme aura un impact tout à fait considérable. Ce sont 100.000 jeunes chômeurs qui vont trouver un emploi dans les prochains mois et ensuite 150.000 par an. Nous avons fait inscrire un volet handicap dans ce dispositif. De nombreux jeunes handicapés qui pourront être recrutés jusqu'à l'âge de 30 ans (au lieu de 25 ans pour les autres jeunes). Avec ces emplois d'avenir, nous disons aux jeunes que la société ne les abandonne pas.

FHI --- L'AGEFIPH a cette année 25 ans d'existence, avec de 17.7 % à quota 0 et 31 % a moins de 4 %, pensez qu'ils soient possibles de parler de réussite et voyer-vous des reformes dans son organisation ?

Marie-Arlette CARLOTTI : L'emploi des personnes handicapées dans les entreprises augmente trop lentement mais il augmente régulièrement. Et l'action de l'AGEFIPH y est pour beaucoup. Sensibiliser des dizaines de milliers de petites entreprises à la question du handicap est un travail de longue haleine et l'AGEFIPH y consacre une énergie considérable dont je reconnais les résultats positifs. Il faut continuer ce travail en le concentrant sur les personnes dont le handicap représente un vrai frein à l'embauche ou au maintien dans l'emploi.

FHI --- Tous les gouvernements successifs ont toujours mis en avant le manque de formations chez les travailleurs handicapés, le défaut de scolarisation et le manque d'AVS et moins 0,5 feront des études supérieur. Ne sont-ils pas responsable de cette situation ?

Marie-Arlette CARLOTTI : L'insertion en milieu ordinaire est l'un des objectifs que je poursuis au sein du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Cette question doit donc être posée dans toute sa complexité, il s'agit ici de toucher à la fois à la scolarisation, à l'accès à la formation et à l'enseignement supérieur.

Pour les enfants et adolescents en situation de handicap, j'ai lancé le 16 octobre dernier avec ma collègue George Pau-Langevin, un groupe de travail sur la professionnalisation du métier d'accompagnant qui rendra ses travaux en 2013. Dès septembre, nous avons pris des mesures d'urgence avec 1.500 AVS supplémentaires.

Pour les étudiants en situation de handicap, seulement 11.000 d'entre eux accèdent à l'enseignement supérieur. C'est bien trop peu ! Il faudra changer cela rapidement.

Un rapprochement entre les universités et les entreprises est également nécessaire, afin de mieux anticiper l'entrée dans le monde du travail, il permettra aussi à l'entreprise de se préparer à accueillir les travailleurs en situation de handicap de façon plus qualitative. La charte Universités/handicap intègre cet engagement. En parallèle, de nombreuses grandes entreprises, soucieuses de recruter des professionnels d'un niveau élevé de qualification, font largement connaitre leurs offres ; cela s'accompagne parfois de formes innovantes d'aide à l'étudiant handicapé.

FHI --- Avec une moyenne en baisse, en 2012 située à 4,2 % pour les trois fonctions publiques au-dessous du secteur privé, comment expliquez-vous que l'État n'a pas été le premier à donner l'exemple ?

Marie-Arlette CARLOTTI : Historiquement, l'Etat a été le premier à donner l'exemple puisque les premières législations sur le handicap avaient pour objectif de reclasser dans les administrations les blessés et invalides de guerre sur ce qu'on appelait les emplois réservés. L'Etat avait sans doute le sentiment d'avoir fait son devoir. Avec la loi de 2005, toutes les administrations ont la même obligation d'emploi de personnes handicapées que les entreprises et elles sont soumises aux mêmes pénalités. Je vous précise que les modalités spécifiques pour le recrutement de fonctionnaires handicapés sont efficaces et que les recrutements s'améliorent. D'autre part, les administrations ont une tradition de maintien dans l'emploi plus forte que les entreprises.

FHI --- Pour conclure, la 16e édition de la semaine pour l'emploi des travailleurs handicapés aura lieu du 12 au 16 novembre, pensez-vous que celle-ci joue encore son rôle d'instigateur ? Certains ne voyant qu'un rendez-vous marketing pour les grandes entreprises.

Marie-Arlette CARLOTTI : Bien entendu, cette semaine pour l'emploi des personnes handicapées conserve tout son rôle d'incitation au recrutement de travailleurs handicapés. Elle donne lieu à des centaines de manifestations sur tout le territoire, elle permet la rencontre de milliers de candidats à l'emploi avec des milliers d'employeurs potentiels. Pas seulement dans les grands groupes mais aussi dans beaucoup de TPE et PME. Et si les grands groupes se mobilisent pour l'emploi des personnes handicapées, nous ne pouvons que nous en féliciter.

Interview réalisé le 14 Novembre 2012
Par Stéphane LAGOUTIERE

2012.10.18.intervention-au-sénat-le-11-10-12Sénateur UMP, Philippe BAS, siège a la commission sénatoriale pour le contrôle de l'application des lois ou il occupe le poste de Vice-Président, pour lequel il d'ailleurs participé au rapport rendu par Isabelle Debré et Claire-Lise Campion. Avant d'être Président de l'Observatoire interministériel de l'accessibilité et de la conception universelle qui a rendu son rapport le 10 mai dernier.

Un homme au fait du handicap depuis de nombreuse années tant par son mandat locale puisque Vice-Président du conseil général de la Manche dans le canton : Saint-Pois, mais aussi par sa participation active a la création de la loi du 11 fevrier 2005 et la mise en place des MDPH. Le Président qui lors de la présentation a la presse a lui pointé le doigt sur le manque moyen étant l'une des quatre recommodations jugées comme essentielles. Un avis que ne partage pas la ministre, Mme CARLOTTI même si elle salue le rapporte. Interrogé sur les divergences qui peuvent néanmoins apparaître voici que Philippe BAS nous a répondu...

FHI --- L'Observatoire interministériel de l'accessibilité et de la conception universelle que vous présidez vient de rendre son rapport. Vous reconnaissez que l'échéance de 2015 et l'objectif d'une accessibilité généralisée ne seront pas atteints. Quelles sont les raisons de cet échec ?

Philippe BAS : Peut-on parler d'échec quand nous voyons l'évolution de nos villes depuis 2005? Mais on peut et même on doit s'interroger sur la réelle faisabilité en 10 ans d'une mise en accessibilité de 650 000 ERP et 350 réseaux de transports publics. La mise en accessibilité de la Cité nécessitait l'acquisition d'une compétence « accessibilité » par les bureaux d'études, les architectes..., le déploiement de méthodes de travail (faire un état des lieux, identifier les travaux nécessaires et les programmer) et la mobilisation de budgets conséquents. Sans oublier qu'il convenait de construire le cadre réglementaire pour que la loi devienne opérante.

FHI --- Quelle analyse porte l'observatoire du rapport paru en juillet dernier par la commission d'application des lois sur la loi du 11 février 2005 ?

Philippe BAS : Je partage l'analyse de Mesdames les sénatrices Isabelle Debré et Claire-Lise Campion : l'échéance de 2015 doit être conservée pour ne pas casser la dynamique enclenchée. Il appartient au Gouvernement, en concertation avec les associations de personnes handicapées, de prendre les dispositions pour que les objectifs de l'échéance de 2015 soient respectés. Dans cet esprit de responsabilité, l'Observatoire recommande qu'en zone rurale, les services de transport soient complétés par des transports spécialisés, évidemment sans surcoût pour l'usager handicapé, tant que les lignes régulières ne seront pas accessibles. Ainsi, un véritable droit au droit sera garanti aux personnes handicapées.

FHI --- Vous avez déclaré « Il faut aussi savoir se montrer raisonnable dans les travaux à réaliser compte tenu de la situation financière actuelle ». Exprimez-vous un accord avec le rapport de l'IGAS qui demande la mise en oeuvre de dérogation ?

Philippe BAS : Il convient de réfléchir à la nécessaire adaptation de la politique nationale d'accessibilité au contexte actuel de raréfaction des ressources budgétaires. Plusieurs propositions ont été émises : un report, explicite ou implicite, de l'échéance de 2015, l'identification d'ERP à rendre accessibles en priorité d'ici 2015, un aménagement des normes d'accessibilité, etc. L'Observatoire préconise la réalisation d'une évaluation des travaux d'adaptation et d'accessibilité, sur les aspects efficacité ergonomique et ressenti par l'usage. De cette manière, il sera possible d'identifier les solutions techniques efficaces les moins onéreuses et de les généraliser.

FHI --- Le rapport parle d'une politique d'accessibilité à plusieurs vitesses, ainsi 16 départements, moins de 2% de ces plans ont été adoptés et 4 d'entre eux n'ont engagé aucune concertation. Manque de volonté politique ou de moyens... ?

Philippe BAS : Il est vrai que près de 45 % des communes de moins de 500 habitants n'ont pas débuté la phase de diagnostic de leurs voiries. Ces communes ne disposent pas d'expertise interne sur l'accessibilité. Elles n'ont pas pu s'appuyer sur une expertise privée de qualité. De nombreux appels d'offre portant sur le diagnostic de la voirie ont été déclarés infructueux faute de candidats : le privé considérait comme inintéressants ces petits marchés.

De plus le rapport rendu par certains bureaux d'étude s'est avéré inexploitable. Vous voyez dans quelle situation inextricable se trouvent les petites communes C'est pourquoi j'ai proposé au Gouvernement de mettre à disposition des communes de moins de 500 habitants les directions départementales des territoires (DDTM) et leurs services « accessibilité ».

FHI --- Parlant d'une évolution une « indéniable mobilisation » vous dites qu'un ERP sur deux a réalisé des travaux d'accessibilité, globaux ou partiels, depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation. Comment cela est-il possible, car la majorité des chiffres parle de 15 à 20 % ?

Philippe BAS : Les commissions consultatives départementales de sécurité et d'accessibilité, les CCDSA, ont examiné 330 000 dossiers entre 2007 et 2011. La nature des dossiers instruits révèle que 22 % du parc actuel est composé d'établissements construits ou créés par changement de destination selon la nouvelle réglementation : ces établissements sont intégralement accessibles. De plus, 28 % du parc actuel a fait l'objet de travaux d'accessibilité, partiels ou globaux. Grâce à un travail de compilation des rapports annuels de ces commissions, il est possible d'indiquer que près d'1 ERP sur 2 a amélioré son accessibilité. Ces chiffres arrêtés au 31 décembre 2011 ont permis d'actualiser l'étude menée par Accesmétrie en mai 2010 qui précisait, pour sa part, que les gestionnaires d'ERP avaient déclaré spontanément avoir réalisé des travaux qui amélioraient de 15 % le niveau d'accessibilité des dits ERP.

FHI --- Beaucoup d'associations présentes sur le terrain à travers leur bénévole au sein des commissions d'accessibilité ont parfois le sentiment de ne pas être prises en considération ou écoutées ?

Philippe BAS : Deux types de commissions existent au niveau local, les CAPH et les CCDSA. Dans les CCDSA, les représentants associations de personnes handicapées se révèlent être particulièrement et beaucoup plus assidus que les représentants des gestionnaires et propriétaires d'ERP. Ils veillent au respect de la réglementation et savent exprimer les attentes en termes de qualité d'usage. Leur expertise est reconnue par les services de l'Etat qui les associent à leurs missions de conseil, de formation et de sensibilisation. Pour les CAPH, je vous invite à prendre connaissance du rapport qui va bientôt être publié par la DMA et qui décrit leur mode d'intervention auprès des élus.

FHI --- Le Premier ministre a confié aux deux sénatrices de la commission d'application des lois du sénat auquel vous appartenez, une mission d'étude de trois mois pour rattraper les retards du chantier 2015. Que vous inspire cette décision ?

Philippe BAS : Le contexte a changé depuis 2005 et l'adoption de la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées : budgétaire bien sûr, mais aussi technique. L'État s'est quant à lui réformé. Il convient de s'interroger sur les moyens les plus efficaces pour atteindre l'objectif d'une Cité accessible à tous, de libérer toutes les énergies pour réaliser ce projet de société. C'est l'objet de la mission confiée à Mme Claire-Lise Campion par le Premier ministre. Il importe, avec l'appui de tous les acteurs et partenaires de l'accessibilité, de faire un point d'étape et de réfléchir à ce qui a été efficace, ce qui l'a moins été. A partir de cette évaluation et des points de convergence, le Gouvernement pourra alors prendre les décisions nécessaires au respect des objectifs de la loi de 2005.

FHI --- la ministre Mme CARLOTTI a salué votre rapport exprimant l'échec du précédent en matière selon elle, mais ne semble pas d'accord avec vous sur le manque de moyens. Comment exprimez-vous cette contradiction ?

Philippe BAS : J'ai adressé le rapport 2012 de l'Observatoire le 2 octobre à la Ministre et celle-ci a fait part dans un délai très bref de son intérêt pour son contenu. La Ministre a particulièrement insisté sur un des points qui fait consensus au sein de l'Observatoire : celui de l'absence de système d'information national qui fait grand défaut à un moment où il importe d'évaluer les avancées en matière d'accessibilité. Elle a repris à son compte le fait que la mobilisation des acteurs est patente, mais que des disparités sur le territoire existent, ce que le rapport 2012 a particulièrement mis en évidence. Les travaux de l'Observatoire vont nourrir la réflexion de ma collègue Sénatrice qui vient de se voir confier une mission par le Premier ministre.

En tant que Président, je ne peux qu'être satisfait de l'impact du rapport 2012. Ce rapport, résultat du travail des 57 membres de l'Observatoire, s'inscrit parfaitement dans les travaux de mise en oeuvre de la loi de 2005.

FHI --- Dans vos conclusions vous rappelez l'importance d'une conception universelle de l'accessibilité. Quel objectif se fixe l'observatoire pour permettre enfin a une société qui puisse conçu pour tous et accessible a tous ?

Philippe BAS : La conception universelle, c'est-à-dire la « conception de produits, d'équipements, de programmes et de services qui peuvent être utilisés par tous, dans toute la mesure du possible, sans nécessité ni adaptation ni conception spéciale », est un concept nouveau en France. L'Observatoire a organisé le 9 décembre dernier une conférence fondatrice pour favoriser son développement. Des intervenants étrangers ont pu nous rassurer que la « conception universelle » bénéfice d'un terreau favorable en France grâce notamment à la réglementation accessibilité, la quête d'esthétisme qui serait inhérente au design français et une expertise en ergonomie qui permet d'identifier les besoins de tous les usagers. La France dispose d'atouts indéniables pour développer des produits créateurs de richesse, y compris à l'international et l'Observatoire veille à diffuser cette nouvelle approche.

Philippe BAS, Président de l’Observatoire de l’accessibilité et de la conception universelle, avec a sa droite Mmes EGYPTIENNE et PROST-COLETTA, représentant l'État, M.CHAZAL, président des associations d'aveugles et de malvoyants en arrière plan et Mme Christel PRADO, présidente nationale de l'UNAPEI et vice-présidente de l'observatoire© DP

 

 Interview réalisé par 
Stéphane LAGOUTIERE 

Suite a la présentation le 24 septembre, devant le Conseil de Paris, avait débuté sa première séance sur le thème du handicap et le vote du nouveau schéma. L'occasion pour la ville dont le budget à destination des personnes handicapées est passé de 108 M€ en 2001 a 276 M€ en 2012, de présenté les actions qui seront mise en oeuvre et de revenir avec Véronique DUBARRY sur ce vote qui souhaite maintenir « un effort au moins équivalent au cours des prochaines années ».

 Veronique DUBARRY lors de son intervention au conseil de Paris le 24 septembre 2012

FHI --- Vous avez eu l'occasion le 12 septembre dernier de monter la voirie parisienne à Marie-Arlette CARLOTTI en charge des personnes handicapées. Quatre ans peut-on dire que le handicap intégré dans toutes les politiques publiques comme vous le souhaitez en 2011 ?

Véronique DUBARRY : Si le handicap était intégré dans les politiques publiques « comme je le souhaite », je pourrais enfin plier mes affaires et fermer mon bureau d'adjointe au Maire de Paris chargée des personnes en situation de handicap. Car alors, la question du handicap serait complètement intégrée dans tous les dossiers. Aujourd'hui, on a encore besoin de la mouche du coche que je suis, qui doit constamment rappeler à chacun de prendre en compte la question du handicap dans son action.

Il y a du progrès, une certaine évolution des mentalités. Et je constate avec plaisir que l'on quitte le registre du compassionnel chichiteux gnangnan prôné par notre ancien Président de la République. Ce changement de point de vue est essentiel pour une amélioration de l'action.

FHI --- Le jour même un rapport, remet en cause l'objectif 2015 notamment sur les EPR en bâtit existant, avec deux causes essentielles selon eux les délais et le coût 17 Md€. Et proposition essentielle un report de dix ans. Comment percevez-vous le raisonnement de ces cinq rapporteurs ? Où est le principe de l'accessibilité universelle ?

Véronique DUBARRY : Vous parlez d'accessibilité universelle, et vous faites bien. Lorsque Marie-Arlette Carlotti a présenté le rapport à Paris, j'ai surtout entendu les rapporteurs préciser que pour les handicaps sensoriels, mentaux et psychiques, aucun report ne devait être admis. C'est dommage que les journalistes n'aient pas retenu ce point. Encore une fois, on se cantonne dans la vision handicap = fauteuil.

Idée communément admise qui implique une vision réduite du handicap et empêche les choses d'avancer. Je passe mon temps à marteler aux gestionnaires d'ERP que s'ils ne peuvent installer une rampe, agrandir leur porte, ils peuvent très bien, même si une dérogation leur est accordée par la commission en préfecture, installer une boucle magnétique sans débourser grand-chose, clarifier leur communication en français facile à lire...

Toutefois, je suis d'accord pour dire que les conclusions des rapporteurs ne doivent pas être entendues comme un constat d'abandon, mais comme une vision réaliste de la situation permettant d'intensifier l'action. Attention aux trop longues études ou rapports! Mais si le précédent gouvernement n'avait pas frileusement gardé ce dossier sous le bras, on aurait tout de même pu travailler plus tôt et mieux.

FHI --- La rentrée scolaire a eu lieu, il y a près de deux semaines, quel premier bilan peut-on donner sur l'inclusion des enfants en situation de handicap, alors que l'UNAPEI et d'autres associations ont lancé des messages à la mobilisation ?

Véronique DUBARRY : Plutôt un sentiment qu'un bilan, car on ne dispose pas encore des chiffres. La situation reste à améliorer, nous avons constaté encore des manques d'AVS et je me suis employée, avec ma collègue Colombe Brossel, adjointe au Maire en charge des affaires scolaires, à alerter le rectorat sur des situations ponctuelles. Mais pas autant que l'année dernière. Disons qu'on est passé d'une centaine à une soixantaine de situations difficiles.

Attention, les chiffres parisiens ne sont pas les chiffres nationaux. Et sur le qualitatif, il faut encore se battre. Le travail d'AVS ne peut pas s'accommoder de ce statut précaire et donc de ce turn-over trop important pour des enfants qui ont avant tout besoin d'être sécurisés, et donc de stabilité dans l'accompagnement.

 

 

 

 

 

Pour ce qui est des 60 CLIS à la rentrée septembre 2012– Classes pour l'inclusion scolaire, en collège - - nous estimons avoir répondu aux besoins. Côté ULIS et ULIS pro – Unité localisée pour l'inclusion scolaire, en lycée - , nous avons procédé à 6 nouvelles ouvertures pour un total de 58. Nous continuons d'absorber la demande toujours grandissante. Nous nous concertons avec le rectorat pour anticiper les ouvertures et répondre au mieux à la demande

FHI --- Le conseil de paris sera l'occasion de présenter le rapport de la mission d'information et d'évaluation sur les modes et méthodes d'attribution des logements sociaux à Paris. Beaucoup de personnes en situation de handicap connaissent toujours des difficultés pour obtenir des logements. Quand en est-il pour ces derniers ?

Véronique DUBARRY : Oui, les personnes en situation de handicap connaissent des difficultés de logement à Paris. C'est le lot commun de tous les Parisiens. Il faut tout de même noter que parmi les logements attribués par la Ville à Paris (juste une partie du logement social à Paris), par rapport à la demande, une proportion supérieure de logements est attribuée aux personnes handicapées.

Au-delà des chiffres, il faut adapter finement l'offre à la demande, attribuer un logement non seulement accessible, mais exactement adapté à son occupant. C'est pour cela que nous collaborons très étroitement avec les bailleurs sociaux: nous leur avons demandé de nommer chacun un référent handicap, de recenser les logements accessibles. Près de 130 000 logements, soit 26 % du parc, sont aujourd'hui accessibles : 78 000 à la canne et 53 000 aux fauteuils. L'objectif défini par le Plan Local de l'Habitat (PLH) est d'atteindre 40 % en 2020.

Nous avons aussi mis en place 77 ULS - les Unités de Logements Spécialisés – qui permettent à des personnes lourdement handicapées de vivre en autonomie chez elle, avec une domotique adaptée. Notre objectif est d'en avoir ouvert 200 en 2016.

Et là encore, nous pensons accessibilité universelle. Le personnel d'accueil des points logements en mairies d'arrondissements est en cours de formation à l'accueil des personnes en situation de handicap mental, avec les Papillons Blancs de Paris.

FHI --- Le maire et vous-même à l'occasion du conseil de paris les 24 et 25 septembre allez présenter la politique en direction des Parisiens en situation de handicap. Quelles seront les grandes lignes prises en 2013 ?

Véronique DUBARRY : Ces grandes lignes sont aussi incluses dans le nouveau schéma départemental du handicap 2012-2016 et dans le Plan de mise en Accessibilité de la Voirie et de l'Espace public présentés le même mois.

Mener une politique du handicap, c'est entretenir, parfois réajuster, tout ce qui a été lancé depuis 2002. Beaucoup de choses étaient nouvelles, indispensables, il faut maintenant affiner. Un véritable travail de fourmi, pas forcément facile à valoriser. Entretenir tous les dispositifs de voirie qui peuvent s'user ou dysfonctionner : bandes podotactiles, feux sonores ... et lancer de nouvelles études pour innover, parfois être les premiers comme nous l'avons été pour le PAM maintenant suivi par tous les départements d'Ile de France. Je vous l'ai dit, nous continuons la mise en place des ULS.

Et pourtant l'impression générale reste que peu de choses sont faites pour les personnes en situation de handicap, que Paris est inaccessible. Nous devons informer les Parisiens en situation de handicap de tout ce qui existe, de tout ce qu'ils peuvent faire. Le 25 octobre, nous sortons le guide : « Vivre son handicap » qui recense et compile les dispositifs parisiens existants, que l'on trouvait auparavant dispersés dans toutes les autres brochures de la Ville. Ce sera l'ouverture du Mois Extra-Ordinaire 2012, le quatrième, qui aura pour thème « Et si nous faisions vraiment connaissance » et qui verra une centaine d'évènements sur tout le territoire parisien, pour continuer à familiariser les Parisiens avec le handicap.

Veronique DUBARRY lors du DéfiFestival organisé le 27 et 28 septembre dernier a Paris

Interview réalisé par
Stéphane LAGOUTIERE




Damien ABAD dernière le fauteuil du président dans  hémicycle au sein de l’Assemblée nationale©D.ABADAtteint d'une maladie rare arthrogrypose, il est parfois considéré comme un candidat incarnant la diversité en raison de son handicap physique. Un homme âgé de 32 ans a la carrière surprenante. Élu le 17 juin dernier dans la 5e circonscription de l'Ain avec 56,0% au deuxième tour face à la candidate socialiste Josiane EXPOSITO, ce dernier devient ainsi à nouveau parmi les plus jeunes députés, tout comme il l'avait été, en 2009 lors de son élection au parlement européen. 2010, qui feront de lui un nouvel élu avec son élection au conseil régional Rhône-Alpes.

Une élection qui fait de lui aussi l'un premier député français avoir été élus en situation de handicap sous l'étiquette du nouveau centre. Après ouvert la XIVe session avec les plus jeunes députés et constaté parfois le manque d'accessibilité, Damien ABAD est désormais aussi membre aussi de la commission des affaires économiques un domaine qu'il connaît pour avoir été maître de conférences en Finances publiques à Sciences Po Paris entre 2008 et 2009. Nous sommes allés à sa rencontre...

F.H.I --- Vous étiez deux en situation de handicap à être candidat aux élections législatives, élues dans la 5e circonscription de l'Ain, vous êtes le seul député en situation de handicap. Avez-vous le sentiment que cette situation vous impose des obligations ?

Damien ABAD : Oui, nous avons peut-être une responsabilité et un devoir plus grand, celui de démontrer qu'une différence n'empêche pas de représenter les autres. Je porterai certes une oreille attentive et compréhensive aux difficultés que rencontrent les handicapés, mais en tant qu'élu, je me devrais d'être responsable et garant de l'intérêt général. Ma seule obligation est celle de travail et de loyauté vis-à-vis de ceux qui m'ont accordé leur confiance pour les cinq années à venir.

F.H.I --- Certains ont du mal a comprendre pas cette double étiquette que vous avez, car élu UMP, vous êtes pourtant secrétaire général adjoint du nouveau centre.

Damien ABAD : Je suis un homme de centre droit, qui a été soutenu par l'UMP et le Nouveau Centre. Je suis de ceux qui pensent que la droite et le centre droit doivent travailler ensemble, avec des sensibilités différentes, mais aussi un socle de valeurs communes comme le travail, la responsabilité, le courage ou encore le mérite.

Damien ABAD devant l’entrée principale de l’Assemblée nationale le 20 mai lors de sa prise de fonction©D.ABADF.H.I --- Alors que le nombre de personnes handicapées représente plus de 12% de la population, n'est-il pas dommageable qu'elle le soit aussi peu ?

Damien ABAD : Ma vraie victoire aujourd'hui pour les handicapés, c'est justement de pouvoir aussi représenter tous ceux qui ne le sont pas, de défendre des idées et des valeurs qui vont au-delà de nos différences. À mes yeux le handicap ne souffre pas tant d'un manque de représentation, mais d'un manque de compréhension. Les handicapés ne sont pas un groupe à part aux intérêts divergents nécessitant des législateurs plaidant leur cause. Le handicap doit devenir naturellement une cause nationale, soutenue par tous les députés, et faire partie intégrante du projet de société que nous voulons porter. C'est à cela que je veux me battre, en veillant avec soin à ce que ce combat soit celui de tous contre le handicap et non celui des handicapés contre tous.

F.H.I --- Pour conclure dans les prochaines heures, vous ferez votre entrée au Palais-Bourbon à qui s'adresseront vos pensées ?

Damien ABAD : A mes proches, ma famille, mes amis et à toutes celles et tous ceux qui ont crû en moi

Interview réalisé le 23 Mai 2012
Par Stéphane LAGOUTIERE 

A Gauche Grégory CUILLERON, nouveau visage de la Campagne 2011 de l’Agefiph en faveur de l’emploi des personnes handicapées, aux côtés à droite de Jean-Marie FAURE président de l’Agefiph ©Thierry Plessis/ABACAPRESS.COM Élu Président pour une durée de trois ans en septembre, dans le cadre de l'alternance qui prévaut dans les organismes paritaires. Âgé de 58 ans aujourd'hui, il siège depuis 2003 au sein de l'organisme, représentant les salariés du syndicat CFTC. Jean-Marie Faure, qui avait été après 17 années dans les métiers de la menuiserie, se reconvertit au métier d'éducateur technique spécialisé. Il accompagne alors des jeunes en difficultés vers l'emploi.

 

Christian GRAPIN, est Diplômé de l'ESSEC, de l'Institut de l'innovation et de l'entrepreneuriat social. Après un parcours de consultant en Relations Humaines, Il rejoint l'association TREMPLIN – Études, Handicap, Entreprises - et en devient le Directeur en 2003. Son objectif aujourd'hui étant de mobiliser les compétences et les expertises de tous pour favoriser l'inclusion des lycéens et étudiants handicapés dans les études et dans les entreprises. Il inscrit l'action de l'association dans de nombreux projets régionaux et nationaux, et s'ouvre aujourd'hui à l'Europe en contribuant à une initiative unique et innovante de l'OCDE.

 christian GRAPIN Directeur de l’association Tremplin : Études, Handicap Entreprises

FHI --- Il existe beaucoup de manifestations déjà en place pourquoi une supplémentaire ?

Christian GRAPPIN : Cette manifestation n'est pas, une manifestation spécifique, dédiée au handicap. C'est une manifestation généraliste tournée vers les étudiants issus de grandes écoles et d'universités qui s'ouvrent depuis l'année dernière aux étudiantes et étudiants en situation de handicap.

Elle reste, et restera généraliste, mais sous l'impulsion de TREMPLIN, elle opère cette année une plus grande ouverture axée sur « l'inclusion » dans toutes ses facettes du handicap. Facette entreprises, facette études supérieures, facette sport. À ce titre, je ne pense pas qu'il existe beaucoup de manifestations généralistes de ce genre destinées aux étudiantes, et mobilisées sur le handicap sans en faire une spécificités.

FHI --- Le Chômage a progressé en 2011, de + 15 % chez les travailleurs handicapés une situation qui se poursuivit dans le premier semestre 2012. Quel soutient nouveau pouvez-vous apporter à ces jeunes ?

Christian GRAPPIN : Effectivement, le taux de chômage des personnes handicapées n'est toujours deux fois plus élevé que celui des autres Français. Il serait suivant les sources entre 20 et 22 20 à 22%. Comme vous le savez, les personnes avec une reconnaissance ouvrant droit à l'OETH sont plus âgées et moins diplômées que l'ensemble de la population des 15-64 ans. Selon l'INSEE 48 % d'entre elles ont plus de 50 ans, et 83 % des personnes handicapées ont une qualification inférieure ou égale au BEP.

Notre mission est d'accompagner, avec notre réseau de près de 200 entreprises, les jeunes lycéens et étudiants handicapés pour d'une part qu'ils avancent dans les études supérieures, tout en, d'autre part, développant leur expérience professionnelle. Notre objectif est qu'il arrive sur le marché du travail avec un bon voire très bon niveau d'études, et avec une connaissance de leur capacité et qualités professionnelle. Et cela fonctionne.

Presque 18% des jeunes accompagnés par notre association qui sont aujourd'hui dans un parcours Bac+4/5 sont venus chez Tremplin avec seulement un Bac. Quant à ceux qui préparent un Bac+3, ce sont presque 25% qui sont venus avec un Bac. Donc aider les jeunes à passer du Bac aux études supérieures ; c'est possible. Et les aider à passer des études supérieures à l'emploi aussi. Parmi les jeunes qui trouvent un emploi après avoir été accompagnés par TREMPLIN, 52%% le trouvent en 3 mois maximum, 76%% en 6 mois maximum.

FHI --- Depuis quelque année des associations comme STARTING-BLOCK ont fait évoluer la donne comme dans les ESC où l'intégration a particulièrement été réussie. Quel bilan dressez-vous de cette évolution ?

Christian GRAPPIN : Le nombre d'étudiants en situation de handicap a évolué dans le supérieur 12 000 en 2011, dont 1000 dans les grandes écoles (ils étaient 8400 en 2005). Le nombre de jeunes en primaire aussi 126 300 en 2011 contre 105 000 en 2005, et la plus grande évolution est en secondaire : 75 000 en 2011 contre 47 000 en 2005.

En revanche, comme les chiffres ci-dessus le montrent, les transitions primaires/secondaires ou secondaires/supérieure sont toujours si difficiles.

 

Sans oublier pour autant dans la transition supérieure/Emploi. Car ce n'est pas parce qu'un étudiant handicapé rentre en supérieur que sa transition vers l'emploi est acquise. Et cela en France comme en Europe. C'est pourquoi, en France, nous accompagnons les étudiants jusqu'à leur 1er emploi, et qu'au niveau européen, nous sommes partenaires d'une expérimentation concernant le Danemark, l'Irlande, l'Italie et la France.

Sensibiliser les écoles, sensibiliser les étudiants valides comme le fait Starting-Block est une démarche très importante. Mais elle n'est pas suffisante. Il faut aussi sensibiliser les lycéens, les étudiants en situation de handicap et les accompagner. C'est ce que nous faisons. Et c'est face à leurs projets que nous pouvons proposer aux écoles et universités des actions concrètes d'accueil et de formation. Si elles sont déjà sensibilisées, la réactivité en sera meilleure.

FHI --- N'est-il pas un problème de penser université ou grande école alors que le parcours avant le bac reste aujourd'hui un parcours du combattant pour certains élèves ?

Christian GRAPIN : La réponse précédente confirme votre regard. Si l'évolution est marquante dans le primaire et le secondaire, il est important de se tourner vers les jeunes de lycées, pour rendre plus efficace la transition secondaire/supérieure.

FHI --- Pour conclure vous parler d'inclusion en affirmant « toute culture naît du mélange, de la rencontre, des chocs », personne ne viendra vous contredire, comme l'AGEFIPH qui rendu son rapport c'est loin d'être le cas dans l'ensemble des entreprises. Comment fait-on ?

Christian GRAPIN : Justement, affirmer la nécessité des mélanges, des rencontres et parfois les chocs, c'est bien ; les mettre en œuvre c'est mieux. En 2011 TREMPLIN a permit à 300 jeunes qui nous accompagnent de réaliser plus de 760 actions dans les entreprises. Ce mélange est bénéfique et formateur tant pour les jeunes qui vont dans les entreprises que pour les collaborateurs et collaboratrices qui les accueillent, les forment, les intègrent.

Christian Grapin au fond entouré de jeune étudiant sur l'un des stands mise en oeuvre dans le cadre de son association Tremplin

Le dire, c'est bien, le faire, c'est mieux. La loi de 2005 porte en elle cette pensée inclusive. Tous les acteurs dont les écoles (et leurs professionnels) et les entreprises (et leurs professionnels) doivent la mettre en œuvre. Chacun sait qu'une loi ne change pas comme par enchantement les comportements, les représentations, les pratiques de ceux qui doivent la mettre en œuvre. Cela vaut pour celles et ceux qui entourent les personnes handicapées, comme les personnes handicapées elles-mêmes.

L'on constate malgré tous un progrès dans les entreprises. Entre janvier 2009 et janvier 2010, le taux d'emploi de personnes handicapées serait passé de 3,99 % à 4,21 %.

 

Interview réalisé à Paris le 1er juin 2012
Par Stéphane Lagoutiére

 

 

 

 

 

Né en 1970, La carrière musicale de Martin DESCHAMPS prend son envol en 1996, lorsqu'il décroche le titre de meilleur chanteur à l'Empire des futures stars. Une performance pas banale qui lui permet rapidement d'évoluer au sein de la formation rock offen bach, histoire de prendre la relève vocale de Gerry Boulet. Il part donc en tournée avec la formation pour une série de 50 spectacles... Un départ en lion, comme on dit ! Depuis cette date et plus 15 ans il n'a eu de cesse de voguer non seulement à travers le Québec, mais aussi à travers le monde. Un homme qui n'a eu de cesse de relever sans cesse de nouveau défi en plus de la semaine québécoise des personnes handicapées dont il est le porte-parole depuis 10 ans maintenant !!!

2012.05.21.Martin DESCHAMPS
Martin DESCHAMPS un chanteur de rock au coeur tendre

Vous avez accepté cette année encore le rôle de porte-parole de la Semaine québécoise des personnes handicapées, quelles sont vos motivations ?

Martin DESCHAMPS --- La Semaine québécoise sert à sensibiliser les gens. Ma mission personnelle se résume en un mot : dédramatiser ! Il faut prendre les personnes handicapées comme elles sont, sans dramatiser leur situation. Je crois qu'il faut avoir une attitude positive face à la vie, que l'on soit handicapé ou pas. C'est dans ce sens-là que je pense pouvoir donner un coup de main.

Quelle importance a, selon vous, une Semaine québécoise des personnes handicapées ?

Martin DESCHAMPS --- C'est surtout une question de mémoire, de rappeler aux gens qu'on est là, les personnes handicapées. Parfois, on a besoin d'attentions un peu plus particulières que les autres dans certaines situations de la vie courante. Des fois, c'est juste des petits gestes qui peuvent faciliter la vie des personnes qui ne l'ont pas facile. Je pense que c'est juste bon, une fois par année, qu'on se le rappelle et qu'on sensibilise les gens. Je suis fier de m'associer à cet événement parce que je pense être une personne handicapée qui réussit et qui vit sa vie comme il l'entend et comme il en a envie.

Qu'est-ce qui vous a amené à la chanson, quel a été votre cheminement ?

Martin DESCHAMPS --- Tout jeune, j'adorais la musique, surtout celle qui contenait des percussions, la musique latine, africaine. C'est drôle parce que mes parents avaient une collection de disques où j'allais souvent piger et je choisissais toujours ces disques-là, même si je ne savais pas encore lire. Ensuite, à l'âge de 11 ans, j'ai reçu une batterie en cadeau, et c'est là que j'ai découvert mes talents musicaux. Par la suite, j'ai dû changer d'instrument parce que j'avais un chum qui jouait de la batterie. Avec la guitare (basse), j'ai commencé à composer des chansons tout en écou­tant mes groupes préférés : les Rolling Stones, les Beatles, Deep Purple, Led Zeppelin. J'ai dévoré de la musique depuis que je suis tout petit et j'en dévore encore.

Avez-vous suivi des cours de musique ?

Martin DESCHAMPS --- J'ai suivi des cours de batterie durant environ trois ou quatre mois. Pour la guitare, j'ai appris seul parce qu'il n'y a que moi qui sais jouer de la basse avec deux doigts et un demi-bras.

Quel impact a eu votre incapacité sur votre cheminement personnel et professionnel ?

Martin DESCHAMPS --- Ce que ça a provoqué, c'est une dédramatisation, et c'est ce que je souhaitais qui arrive! Souvent, les personnes différentes se dépassent dans des situations qui sont hors de l'ordinaire, comme les athlètes olympiques handicapés. Puis, il y a aussi des chanteurs rock, mais ça, il y en a un peu moins ! (rires) il y a aussi des gens qui, dans la vie de tous les jours, ont des obstacles à surmonter parce qu'ils sont handicapés, et qui y arrivent très bien et mènent leur vie en allant de l'avant et en pensant positivement. On sait que l'image est importante dans le monde du spectacle, que le corps parfait est glorifié, comment

 

 


Vivez-vous cette réalité ?

Martin DESCHAMPS --- Je pense que j'ai un certain look qui n'est peut-être pas dans les normes, mais j'ai un look unique qui apporte une plus-value au produit Martin Deschamps. J'essaie de dédramatiser la situation en montrant aux gens que je fais ce métier parce que c'est ma passion, parce que j'adore la musique, parce que j'adore les gens. Ceux qui comprennent ma philosophie et ma façon de voir la vie en retirent quelque chose, je pense.

Est-ce que vous vous considérez comme une personne handicapée ?

Martin DESCHAMPS --- Ben oui ! Si en me levant le matin, je ne prenais pas mes béquilles, je tomberais la face par terre ! Mettons ça au clair, je suis une personne handicapée, mais je ne me mets pas de limites par exemple. J'essaie de faire en sorte que cette différence-là ne brime pas mes projets et mes rêves.

Vivre dans une société idéale qui intègre les personnes handicapées, ce serait comment selon vous ?

Martin DESCHAMPS --- Oh boy ! Premièrement, ce serait une société qui accepte la marginalité, ça veut dire que tout le monde pourrait se déplacer dans le véhicule de son choix et de la façon de son choix : la tête en bas, les pieds dans les airs, n'importe quoi ! Il n'y aurait plus de stéréotypes ou de modèle pour le bipède urbain normal. Il y aurait plutôt une espèce d'ouverture d'esprit et d'originalité. Il faut savoir que, souvent, les personnes différentes sont très originales dans leur tête et dans leur façon de vivre.

Alors, c'est de laisser de la place à l'originalité ?

Martin DESCHAMPS --- Oui ! Ça provoquerait automatiquement une ouverture d'esprit de la société et ça rendrait sûrement plus à l'aise les personnes différentes, parce que tout le monde pourrait être marginal et tout le monde pourrait être différent.

Ce qui est lourd pour une personne handicapée, c'est le regard ?

Martin DESCHAMPS --- Oui, c'est le regard des autres. S'il y avait moins de stéréotypes et moins de gens qui pensent que tout le monde doit être pareil, ça irait mieux. Moi, je ne rentre pas dans le moule, et il y en a plein de gens qui ne rentrent pas dans le moule. S'il n'y en avait pas de moule, ce serait déjà un bon pas de fait.

Comment peut-on faire pour changer ces mentalités, y a-t-il une recette ?

Martin DESCHAMPS --- Ben... moi, ma recette, c'est continuer de chanter fort, le plus longtemps possible, et qu'il y ait le plus de gens possible sur la terre qui me voient faire et qu'ils puissent changer leur regard sur les autres personnes handicapées. Moi, c'est ma mission. Mais ce n'est pas seulement pour les personnes handicapées. Si je veux continuer d'impressionner le plus de monde sur la terre, c'est aussi pour faire brasser le camarade, pour faire brasser l'intérieur des gens, les réveiller un peu et leur donner un peu de « pep » par la musique et par ce que je fais.

La population québécoise a-t-elle, selon vous, relevé le défi de l'intégration des personnes handicapées dans toutes les sphères de la vie (sociale, scolaire, professionnelle) ?

Martin DESCHAMPS --- D'après moi, elle est en train de le faire.