Philippe CHAZAL président du CFPSAA et Jean François BURTIN Directeur FNSF
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A l' occasion de la conférence nationale nous avons demandé à deux hommes de nous dressés le regard qu'il avait porté. Un regard ou la colère se fait sentir et surtout la déception, le sentiment ou le manque d'écoute. Un manque de considération pour lequel toutes les associations représentatives du handicap sont d'accord sur un point : les élections présidentielles ont commencé pour Nicolas Sarkozy venu cette tenté de convaincre les personnes en situation de handicap et leurs familles ou les professionnelles ! |
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F.H.I --- Un premier lieu, avez-vous le sentiment comme en 2008, de ne rien attendre de ce rendez-vous ? Philippe CHAZAL --- A l'issue de cette CNH, c'est un sentiment de déception qui domine, car contrairement à nos attentes aucune réponse précise n'a été apportée auprès de 500 propositions formulées par les associations de personnes handicapées dans le cadre du CNCPH, de l'OBIACU ou de l'ONFRIH. Depuis presque un an, nous avons beaucoup travaillé pour préparer cette conférence, nous en espérions bien davantage. Il faudra maintenant attendre le rapport que le Gouvernement doit présenter au Parlement sans doute en fin d'année pour connaître les suites qui seront données à nos demandes. Jean François BURTIN : La FNSF n'attend rien, mais on espère avoir quelque chose de concret. Le président de la République a annoncé un plan de 3 millions pour le centre relais téléphonique destiné à la communauté sourde, mais on l'attend depuis plus de 4 ans, puis il a annoncé que le centre relais d'appel d'urgence national sera ouvert en septembre, mais nous le savions déjà D'autres discours ne sont pas agréables à écouter surtout en ce qui concerne les AVS, l'intégration plus ou moins systématique des enfants sourds dans le milieu scolaire « normal », ce qui tend à nier leur propre identité, leur culture et leur langue. F.H.I --- Considérez-vous que le président soit venu là proposer des arguments de campagne et non pour dresser un bilan ? Philippe CHAZAL --- Le Président de la République ne nous a semblé ni très convainquant, ni très convaincu en lisant un discours qui reprenait des arguments déjà très souvent évoqués par lui. Il aurait sans doute été plus dynamique s'il s'était s'agit d'un discours de campagne. Hormis l'augmentation de 25 % de l'AAH qui correspond à une promesse tenue, la création de quelques milliers de places dans les établissements spécialisés et un frémissement dans le domaine de l'accessibilité, les résultats obtenus depuis trois ans sont malgré tout assez minces. Jean François BURTIN : Mr Sarkosy va être de nouveau papa, c'est aussi sa dernière année de mandat et il va sûrement préparer sa campagne électorale. De mon point de vue, il a beaucoup d'autres choses en tête et le handicap ne semble pas être sa priorité. Il a dressé un bilan très léger et flou. F.H.I --- Nicolas Sarkozy a notamment promis des améliorations pour les AVS, l'emploi des ESAT et des loisirs. Quels sont vos sentiments sur ces propositions et leurs rationalités ? Philippe CHAZAL --- Nous ne pouvons qu'être satisfaits des améliorations très attendues concernant les AVS, mais nous notons cependant que le Sénateur Paul Blanc n'avait remis son rapport sur ce sujet que quelques heures avant le discours de Nicolas Sarkozy. Cela montre à nos yeux qu'une fois encore des engagements sont pris alors même que la question n'a pas été étudiée de manière approfondie ce qui nous laisse craindre de nouvelles négociations avant qu'une solution satisfaisante soit trouvée. Le Président de la République a promis la création de mille places par an durant trois années dans les Entreprises Adaptées, nous constatons pour l'instant que plus de 500 aides aux postes ont été supprimées en 2011, ce qui nous fait douter de cet engagement. Jean François BURTIN : Concernant les AVS, la FNSF n'est pas du tout satisfaite puisque nous ne demandons jamais l'accompagnement des jeunes Sourds, ils sont complètement autonomes. Ce dont ils ont besoin : c'est de suivre l'enseignement de l'Éducation nationale et de pouvoir suivre les cours en LSF dans la classe. Le rôle proposé des AVS consiste à intégrer chaque enfant sourd (cette politique ne parle pas d'intégration, mais d'inclusion ce qui signifie la même chose), ce que nous regrettons, c'est que ces enfants sourds n'ont aucun modèle et aucun référent adulte sourd ce qui tend encore une fois à nier leur culture et leur langue. Ce que nous demandons c'est que ces enfants puissent bénéficier d'un enseignement EN LSF et DE la LSF dans une classe ou une école. En ce qui concerne les loisirs, la majorité des sourds est rejetée par beaucoup d'organismes, car ils ne connaissent pas du tout notre communauté par manque d'information. F.H.I --- Le président du CNCPH la déclarer, l'accessibilité reste un chantier important qui sera loin d'être résolu en 2015, mais qu'il faut se donner les moyens pour y arriver. Que vous aspire cette remarque ? Philippe CHAZAL : Il est évident qu'en 2015, l'ensemble des établissements ouverts au public, des logements, de la voirie et des transports ne sera pas accessible à 100 %. Il faut cependant reconnaître que des progrès importants ont été et seront accomplis en dépit des tentatives faites parfois pour atténuer la rigueur de la loi de 2005. Nous voudrions insister sur la nécessité impérieuse que soient prises en compte toutes les formes d'accessibilité et pas seulement celles qui concernent en premier lieu le handicap moteur. Les déficients visuels, auditifs ou mentaux ont des besoins spécifiques pour vivre pleinement leur vie de citoyens. Pour ce qui nous concerne, nous insistons beaucoup sur l'accessibilité des sites publics, des différents logiciels et notamment de ceux utilisés dans le cadre professionnel, sur l'accessibilité à la culture et aux loisirs : beaucoup reste à faire, car seulement 5 %
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des ouvrages imprimés sont aujourd'hui adaptés en braille et/ou sonores, l'audiodescription commence à peine à apparaître à la télévision ou dans les salles de cinéma. Comme je l'ai indiqué lors de la CNH, les pistes cyclables à contre-sens, les véhicules électriques silencieux ou les « zones de rencontre » constituent pour nous de sérieuses menaces pour notre sécurité lorsque nous circulons seuls. Jean François BURTIN : Oui, je suis tout à fait d'accord sur le fait que l'accessibilité n'avance pas et la FNSF s'inquiète de la lenteur des décisions politiques, de l'engagement des divers organismes. La FNSF est sûre que l'accessibilité totale promise pour 2015 ne sera pas atteinte et que des lois permettant des dérogations seront promulguées comme cela s'est fait pour les bâtiments. F.H.I --- Une des questions auquel n'a pas véritablement voulu répondre Roselyne Bachelot et celle de la sexualité. Comment voyez-vous l'avenir sur cet aspect dont les possibilités sont loin de faire unanimité ? Philippe CHAZAL : Les déficients visuels qui ne sont pas atteints d'un autre handicap ne sont pas réellement concernés par ce sujet, c'est un problème complexe qui, nous l'espérons, trouvera une solution raisonnable permettant de répondre aux besoins de chacun. Jean François BURTIN : La sexualité ne pose pas problème dans notre communauté. La seule différence entre la communauté sourde et la communauté entendante est simplement une communication différente et c'est ce point principal que la politique n'a pas compris. F.H.I --- Certaines associations manifestent leurs colères face aux sentiments dont il faut l'objet comme l'UNAPEI qui considère le handicap mental être 5e roue du carrosse, ou la FAF ou les FNSF ? Philippe CHAZAL : Les personnes que nous représentons ne sont guère mieux loties que celles que vous évoquez, nous l'avons notamment manifesté avec fermeté en publiant le 2 juin dernier la Tribune que vous trouverez en pièce jointe. Le Président de la République a, dans son discours, évoqué le plan « déficience visuelle », la CFPSAA estime cela scandaleux au regard des résultats obtenus. Peu après la Conférence, Marie-Anne Montchamps nous a indiqué que ce plan devait être entièrement repensé, nous lui avons demandé une entrevue. Jean François BURTIN : La FNSF manifeste depuis toujours sa colère face aux décisions politiques concernant notamment : Le dépistage précoce des troubles de l'audition, l'éducation scolaire des jeunes sourds qui a reculé d'un pas, la mauvaise proposition du plan 2010-2012 en faveur des personnes sourdes ou malentendantes. La FNSF sent que les dirigeants politiques ne sont pas à notre écoute parce que nous sommes souvent invités en tant que spectateurs sans jamais pouvoir intervenir et/ou travailler ensemble. F.H.I --- En conclusion il y a-t-il aujourd'hui un "effort sans précédent" comme l'indique le Président et dans le cas contraire quel sont les « questions prioritaires » ? Philippe CHAZAL : Parler d'un « effort sans précédent » nous semble clairement de l'autosatisfaction, tout au plus peut-on reconnaître que la situation des personnes handicapées est aujourd'hui mieux prise en compte qu'il y a quelques années, mais nous avions un retard immense à rattraper et beaucoup de choses restent encore à faire. Nous avons particulièrement déploré que deux points essentiels n'aient pas été évoqués lors de la CNH : l'application de la Convention de l'ONU sur les droits des personnes handicapées, car bien qu'ayant ratifié ce texte depuis plus de 15 mois la France n'a toujours pas mis en place les structures prévues pour en suivre l'application et en rendre compte auprès des Nations Unies, de même la disparition des barrières d'âge pour l'attribution de la PCH voulue par le législateur de 2005 et qui aurait dû être effective depuis février 2010 reste lettre morte. L'État est le premier à contourner la Loi alors qu'il devrait être garant de son application. Jean François BURTIN : Les questions prioritaires que souhaite la FNSF sont : A quand des facilités de création d'écoles bilingues à la demande des parents d'enfants sourds sans devoir avoir recours à la justice ? Reformulation de la loi sur le dépistage précoce des troubles de l'audition et suppression de cette loi qui a été intégrée dans le 25e article de la loi de HPST. A quand la création officielle du centre relais téléphonique pour la communauté sourde sans devoir passer toujours par un pilote d'expérimentation qui dure depuis plus de 4 ans ? La FNSF sent que la politique actuelle est de mettre tout type de handicap dans le même panier. Nous souhaitons poser la question : quand sera-t-il possible de bénéficier d'une politique uniquement centrée sur la communauté sourde qui, en soi, n'est pas un handicap physique ou mental hormis lorsqu'un autre handicap lui est associé ? La Langue des Signes Française est une langue reconnue par la loi du 11 février 2005, nous demandons que la Langue des Signes Française soit reconnue comme 2e langue dans la constitution française. A quand la simplicité des droits d'accessibilité dans tous les domaines qui actuellement sont de moins de 10 % d'accessibilité ainsi que le développement de nouveaux métiers destinés aux personnes sourdes et pas uniquement dans le domaine de l'aide aux personnes sourdes ? Le souhait de la FNSF est de voir sur les chaînes TV publiques le discours du président de la République française traduit par un interprète en Langue des Signes français qui soient visibles, ce qui permettrait aux Sourds de devenir citoyens à part entière et de présenter le président de la République comme un modèle pour tous les citoyennes et citoyens français. Interview réalisé à Paris le 9 juin 2011 |
Ádám Kósa : Limité par la société, non par son handicap
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Quatre-vingt millions d'Européens sont, d'une façon ou d'une autre, atteints de handicaps. Leurs chances d'intégration sur le marché de l'emploi sont très faibles. Le Hongrois Ádám Kósa (Parti populaire), et aujourd'hui un des seul député européen à être sourd, représente un contre-exemple qu'il aimerait voir suivi : diplômé du supérieur, il a travaillé comme avocat avant d'être élu. Il a préparé la position du Parlement sur la stratégie lancée par la Commission européenne pour lutter contre le handicap. Né et élevé dans une famille sourde, Kosa s'exprime dans sa langue maternelle des signes, couramment. Un homme qui occupait avant son élection le poste de Président de l'association hongroise des sourds. Kosa a étudié le droit avec la volonté de défendre ce qu'il croyait moralement et légalement a consacré toute sa vie jusqu'à présent a la défense des intérêts de sa communauté. Avec ses 35 ans, le Hongrois raconte l'agréable surprise a été quand il a vu qu'en tant que membre du Parlement européen, elle a ouvert de nombreuses portes plus. « À partir de là », a tenu de son bureau à Bruxelles, « je peux faire beaucoup plus qu'avant. » Pour l'eurodéputé, la vocation politique est inévitablement liée à la défense de gens comme lui a eu quelques difficultés à développer pleinement leur autonomie. Toujours, parlez de votre parti politique avec de bonnes manières, mais il est à ce Hongrois membre du Parti populaire européen, « handicap transcende les familles politiques. » |
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Un homme de conviction F.H.I — Qui est visé par votre rapport ? Ádám KOSA : Il concerne les 80 millions de personnes atteintes de handicaps en Europe. C'est la plus grande minorité du continent. Leur problème principal est l'accès aux services : scolarisation, emploi, santé. C'est un énorme problème pour la société dans son ensemble. F.H.I — Concrètement, qu'est-ce qui peut être fait ? Ádám KOSA : La Commission européenne propose une stratégie sur dix ans. Mon rapport s'appuie dessus et ajoute quelques commentaires et idées. Tout d'abord, il faut considérer les personnes atteintes de handicaps à travers le prisme des droits de l'homme plutôt que s'apitoyer sur leur sort. Nous avons des instruments comme la Convention des Nations unies sur les droits des personnes handicapées et la Charte européenne des droits fondamentaux. Ensuite, l'accessibilité : pourquoi est-ce un problème pour les personnes handicapées ? Prenons mon cas personnel : je ne peux pas entendre, mais je ne me sens pas handicapé. C'est la société qui me freine, ce sont ses structures qui me bloquent. Ce n'est pas vous ou moi qui sommes handicapés, c'est la société. Avec une meilleure accessibilité de tous les services, nous n'aurions pas de problème. Enfin, l'emploi. Si les employeurs intégraient les personnes handicapées dans leurs pratiques, les entreprises deviendraient des espaces d'égalité pour tous les citoyens. C'est quelque chose que je soutiens dans mon rapport. Cela nous concerne tous et dans tous les domaines, de l'éducation des enfants aux personnes âgées. F.H.I — Qu'aimeriez-vous que l'Union européenne réalise dans la décennie à venir ?
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Ádám KOSA : Le plus important serait d'augmenter le taux d'emploi des personnes handicapées. En Europe occidentale, 40 % d'entre elles ont un emploi rémunéré. En Europe de l'Est, ce sont 10 à 15 %. Ces chiffres sont très faibles : 10 à 15 %, c'est épouvantable. Je veux une évolution majeure. Cela fait partie de la stratégie sur les personnes handicapées, mais c'est aussi dans la stratégie Europe 2020, qui appelle de ses voeux un taux d'emploi global de 75 %. Le seul moyen d'arriver à ce dernier objectif est de mieux intégrer les personnes atteintes de handicaps. F.H.I — Existe-t-il des organismes chargés de représenter les personnes handicapées au niveau européen ? Ádám KOSA : Je propose la création d'une commission chargée de se pencher sur les problèmes spécifiques des personnes handicapées. Nous parlons d'une population de 80 millions de personnes, une commission indépendante serait donc tout à fait indiquée. Au jour d'aujourd'hui, le Parlement européen dispose d'un intergroupe sur le sujet (regroupement informel de députés de différents partis, ndlr) et les citoyens peuvent s'adresser à la commission parlementaire des pétitions. La Commission européenne dispose d'une unité qui travaille sur le handicap. Des organisations nationales existent. Néanmoins, le message des personnes handicapées ne doit pas être perdu dans cette grande machine qu'est l'Union européenne F.H.I — Vous présidez justement l'intergroupe sur le handicap. Quel est son rôle et quels sont vos objectifs ? Ádám KOSA : C'est le plus vieil intergroupe du Parlement européen. Il a été lancé il y a plus de trente ans. C'est aussi le plus important avec plus de 100 membres. Il vise principalement l'échange d'informations entre députés européens, mais nous avons également rencontré le Conseil (représentant les États membres de l'UE, ndlr) et la Commission européenne à huit reprises ces deux dernières années. Nous sommes soutenus par le Forum européen des personnes handicapées, la plus grande organisation non gouvernementale du secteur, ce qui nous donne des liens forts avec la société civile. Côté réalisations, nous avons obtenu que les différentes institutions européennes (Conseil et Commission) soient présentes à nos réunions. Notre opinion est écoutée sur la scène européenne et nous avons fait prendre conscience des enjeux liés au handicap à de nombreux députés européens. Interview réalisé le 28 Mai 2011 A Strasbourg
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Le Docteur Françoise VIALA, régard du Neurologue sur les rendez-vous de la SEP
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À l'occasion de journée mondiale contre la Sclérose en plaques, maladie peu connue du grand public, et qui pourtant touche en France près de 000. Nous avons rencontré le Docteur Frédérique VIALA, Médecin coordinateur réseau MIPSEP et Médecin hospitalier CHU Purpan a Toulouse. Nous lui avons demandé de nous présenter la maladie et de nous dire l'utilité de telle journée tant pour les malades que pour les familles ou encore pour ceux qui souhaitent s'informer. |
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F.H.I — Peut-on parler d'une ou des scléroses en plaques ? Frédérique VIALA : La SEP est une maladie chronique du système nerveux central, avec des symptômes et une évolution variables, comportant en réalité 3 formes évolutives : La forme rémittente ou à poussées, caractérisées par la succession d'épisodes neurologiques distincts dans le temps, les poussées. Puis la forme secondairement progressive dans laquelle à une période de poussées fait suite une évolution lente et continue du handicap. Enfin celle progressive primaire, d'emblée progressive, survenant chez 10 à 15 % des patients F.H.I — Décrite dès 1838, elle fut diagnostiquée pour la première fois, en fois en 1868 par le Dr. Jean-Martin Charcot. Quelles sont aujourd'hui les véritables avancées majeures scientifiques et quels sont les traitements ? Frédérique VIALA : Les avancées sont multiples dans la SEP puisqu'elles concernent aussi bien la physiopathologie de la maladie, avec une meilleure compréhension des gènes de susceptibilité et des facteurs environnementaux participant au déclenchement de la maladie. Elles sont également diagnostiques par les progrès de l'imagerie permettant des diagnostics plus précoces et une meilleure approche des lésions tissulaires. Elle est enfin thérapeutique, par l'émergence de nouveaux traitements, avec prochainement les 1ers médicaments par voie orale et le développement de molécules de la famille des anticorps monoclonaux, c'est-à-dire des médicaments proches du Natalizumab mis à disposition en France à partir de juin 2007. F.H.I — La sclérose en plaques est souvent définie comme un handicap invisible pour quelle raison ? Frédérique VIALA : La SEP est une pathologie dont les symptômes sont très variables d'une personne à l'autre, voire chez une même personne ; Elle peut se traduire par des troubles moteurs, sensitifs, visuels, des troubles de l'équilibre ou de la coordination, des troubles urinaires ou sexuels .parfois, indépendamment de tout handicap « visible », les patients sont invalidés par des symptômes qui ne se voit pas et ne sont pas perçus par leur environnement en phase précoce : fatigue chronique, douleurs, troubles psychologiques et/ou troubles cognitifs... F.H.I — 26 mai journée mondiale de la SEP plus de 2,5 millions de personnes concernées. Lors de vos consultations quelles sont les principales questions vous avez faire face a l'annonce de leurs maladies ? Frédérique VIALA : L'annonce de la maladie est un bouleversement majeur dans la vie d'un individu. Il passe du statut de « bien portant » au statut de « malade », le plus souvent après un 1er évènement dont il ne garde pas de séquelles. Nous devons faire face à ses questionnements sur son avenir, l'évolution et le pronostic de sa maladie, ce qui est d'autant plus difficile que la SEP est une maladie imprévisible et très différente d'une personne à l'autre F.H.I — Quels sont les principaux symptômes de la maladie et le corps médical notamment les médecins généralistes, sont-ils suffisants selon vous à sa détection ? Frédérique VIALA : Comme je le précisais plus tôt, la maladie à une présentation très variable d'une personne à l'autre. Les symptômes varient en fonction du nombre de plaques de démyélinisation, de leur localisation et de leur évolution vers d'une réparation ou pas. Ils sont moteurs, sensitifs, visuels, génito-urinaires ou encore cognitifs. S'y associe des troubles généraux, fatigue, troubles de l'humeur, douleurs. Ils débutent habituellement chez l'adulte jeune et conduisent le plus souvent à la réalisation d'une IRM au décours de laquelle le patient est habituellement orienté vers le neurologue.
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Le diagnostic repose sur la preuve d'une dissémination dans le temps et dans l'espace des lésions, par l'examen clinique et/ou l'IRM ; La ponction lombaire permet de confirmer l'atteinte inflammatoire et d'exclure d'autres diagnostics alternatifs. Le diagnostic répond donc à des critères très précis et est en effet posé le plus souvent par le neurologue après orientation par le médecin généraliste F.H.I — Très impliqué avec les associations de Midi-Pyrénées, de telles journées, permet telle une réelle approche entre scientifiques, malade ou le grand public ? Frédérique VIALA : Les journées destinées au grand public, comme la « maison de la SEP » le 25 et 26 mai dernier ou les réunions organisées par le réseau de santé MIPSEP et différentes associations de patients répondent à une attente d'échanges et d'informations sur cette maladie qui reste encore très méconnue. Le réseau de santé MIPSEP organise régulièrement des réunions pour les patients et leur entourage, sur différents aspects de leur maladie, ainsi que des réunions destinées au grand public, comportant à la fois des informations scientifiques sur les actualités dans la SEP, ainsi que des communications abordant différents aspects de leur vie quotidienne : gestion des symptômes, aspects sociaux, juridiques, psychologiques... Ces journées permettent, en favorisant la connaissance de sa pathologie de pouvoir mieux la maitriser au quotidien. Elles représentent également un espace d'échange et de dialogue précieux pour les patients qui apprécient de pouvoir partager leur expérience et leurs difficultés. F.H.I — Au-delà de l'aspect médical existe-t-il selon vous une réelle implication des politiques et des pouvoirs publics pour aider les malades et leurs entourages ? Frédérique VIALA : L'implication des pouvoirs publics parait toujours insuffisante face aux difficultés rencontrées quotidiennement par nos patients : difficultés d'acquisition d'un logement, d'un travail, aménagement du domicile, aide d'une tierce personne, revenu insuffisant, accessibilité limitée dans les lieux publics... Les problèmes rencontrés par nos patients sont ceux que rencontrent toutes personnes souffrant d'un handicap. Les états généraux de la SEP avaient mis en avant en 2006 les principales attentes des patients et des professionnels, ce qui a débouché sur un certain nombre de mesures. Même si beaucoup restent à faire, des progrès ont été faits dans la coordination de la prise en charge par la création de réseaux de santé et de centres de référence permettant des évaluations pluridisciplinaires. Le bilan de la recherche sur la SEP en France est également encourageant. F.H.I — En conclusion après ces avances majeures dont fait référence, quel est aujourd'hui selon la principale attente de malade et de leurs familles ? Frédérique VIALA : La 1ère concerne les traitements avec une demande forte de traitements moins contraignants, mieux tolérés au quotidien et plus efficaces que les traitements auto-injectables habituellement utilisés en 1ere intention. Des avancées spectaculaires ont été réalisées au cours de ces dernières années, avec l'arrivée de nouveaux traitements, plus actifs sur les mécanismes inflammatoires de la maladie, avec des modalités d'administration moins contraignantes, améliorant de manière tout à fait significative la qualité des vies des patients. Il faut néanmoins rester très prudents vis-à-vis de ces traitements pour lesquels une efficacité renforcée s'accompagne pour certains d'entre eux d'un risque de complications parfois graves. C'est la raison pour laquelle leur administration doit être discutée au cas par cas en discutant individuellement de la relation-bénéfice/risque à l'introduction d'un traitement. Les autres attentes sont d'ordre plus général et concernent la vie quotidienne : faciliter l'accès aux aides sociales, administratives, ménagères reste une priorité ; enfin demeure une attente très forte de reconnaissance des personnes vivant avec une SEP ainsi que de leurs aidants vis-à-vis des problèmes rencontrés. Interview réalisé le 26 mai à Toulouse
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Grégory CUILLERON : Nouveau chef de file de la campagne AGEFIPH en 2011
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Futur chef d'entreprise d'une épicerie qui va ouvrir dans quelques jours, âgés de 30 ans, Grégory CUILLERON est devenu depuis quelques jours le nouveau chef de file de la campagne 2011 lancée par l'AGEFIPH. Remplaçant l'humoriste Jamel Debbouze, ce jeune homme se veut être aussi l'esprit de la réussite qui peut être personnelle pour des travailleurs handicapés dont le taux de chômage situé a 19,4 % avec une progression de 2% en 2010 pour atteindre 257 121 au 31 décembre selon Pôle emploi, mais largement en dessous de la réalité, beaucoup d'entre eux ayant abandonné la recherche d'emploi. Grégory CUILLERON qui souhaite avant tout par son expérience personnelle comme sa victoire au « Un dîner presque parfait en 2009, sur M6 qui souhaite affirmer qu'il entend avant tout « Croire et faire croire en leurs capacités. Mais surtout ne pas s'arroger de passe-droits au motif d'un quelconque handicap ». |
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F.H.I — Après plusieurs années de soutien à l'AGEFIPH vous remplacez l'humoriste Jamel Debbouze quelles sont les raisons de vous ont conduit a cet engagement ? Grégory CUILLERON — Je ne me suis jamais senti handicapé, mais l'injustice, quelle qu'elle soit, m'a toujours horrifié. Par ailleurs, je me suis rendu compte, de par les témoignages que j'ai reçus lors de mes différents passages télévisés, que je pouvais avoir valeur d'exemple auprès des personnes handicapées et de leurs familles. F.H.I — Candidat à « Top Chef » en 2010 et à « Un dîner presque parfait » en 2009 que vous avez remporté, avez-vous eu le sentiment d'avoir subi une discrimination et comment avez-vous vécu cette expérience ? Grégory CUILLERON — Je n'ai jamais eu de traitement particulier dans un sens comme dans l'autre. On m'a toujours traité «normalement», et j'en suis ravi. C'est justement ce traitement qui m'a le plus satisfait. Ainsi je peux dire que j'ai gagné le titre toutes catégories, et non le titre handisport. Il n'y a donc pas de clivage, et j'en suis ravi !
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F.H.I — L'engagement de l'État français tant au niveau des travailleurs handicapés vous parait-il suffisant alors que le nombre de ces derniers au chômage a progressé de +2 % en 2010 ? Grégory CUILLERON — S'il est vrai que le chômage des personnes handicapées a progressé en 2010, celles-ci avaient aussi moins souffert du chômage et des effets de la crise en 2009. Il y a encore beaucoup à faire c'est un fait, mais l'Agefiph s'y emploie. En 2010, elle a engagé 15% d'interventions de plus en direction des personnes handicapées et 19% en direction des entreprises. F.H.I — La cuisine n'est pas un métier qui s'apprend, surtout par l'apprentissage croyez, que celle-ci soit suffisamment accessible aux personnes handicapées ? Grégory CUILLERON — En effet, c'est en cuisinant que l'on devient cuisinier. Il est vrai que le métier de cuisinier, comme de nombreux métiers manuels, n'est pas le plus évident lorsque l'on est handicapé... J'imagine que c'est pour cela que l'on y retrouve peu de personnes handicapées... F.H.I — A quand l'ouverture de votre épicerie fine à Lyon, quel serait « les conseils » s'il y a que vous souhaiteriez donner aux travailleurs handicapés pour réussir leurs insertions professionnelles ? Grégory CUILLERON — L'épicerie va ouvrir à la fin de ce mois... Le conseil que je pourrais donner aux personnes désireuses d'entreprendre, c'est de faire preuve de ténacité, j'entends par là croire et faire croire en leurs capacités. Mais surtout ne pas s'arroger de passe-droits au motif d'un quelconque handicap. Interview réalisé à Lyon le 15 Mars 2011 |
François Fillon : 2005-2011, Oui je le répète, je pense que ce bilan est positif…
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A l'occasion de la première réunion du nouveau comité interministériel des personnes handicapées chargé de coordonner l'action des ministres et celle des relations avec les associations et comité national consultatif des personnes handicapées, le premier ministre, François Fillon, dans une interview exclusive, Il nous apporte ici sa vision de la politique et le bilan de l'action de son gouvernement. Répondant aussi aux grandes questions notamment sur l'accessibilité et l'emploi. Réaffirmant...Oui je le répète, je pense que ce bilan est positif...l'APF qui a cette occasion aura le 5 Février envoyé une lettre au premier ministre. |
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F.H.I --- M. le premier ministre vous avez affirmer lors de votre a Sable-sur-Sarthe, « Qu'aucun de ces principes fondateurs ne sera remis en cause » notamment en matière d'accessibilité, pourtant les associations vous accusent d'un manque de concertation ou violé celle-ci par le rejet de dérogation par le conseil constitutionnel. Que répondez-vous à cela ? François FILLON --- Le principe de l'accessibilité est intangible, je le réaffirme avec force. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire il y a quelques jours, si nous avons accepté des dérogations aux obligations d'accessibilité pour que 20 000 projets de construction aujourd'hui bloqués puissent parvenir à leur terme, c'est que nous pensons qu'un certain pragmatisme est nécessaire pour faire face aux difficultés considérables que connaît notre pays en matière de logements. Dire cela, ce n'est en aucun cas remettre en cause le principe, mais c'est au contraire réfléchir à la meilleure façon de le traduire dans les faits. Il faut que les malentendus se dissipent. Le dialogue efficace qui existe entre l'État, les représentants des personnes handicapées et les professionnels de l'immobilier doit continuer. Le nouvel Observatoire de l'accessibilité, que vient d'installer Nadine Morano, va là jouer tout son rôle. Garant de notre attachement fondamental au principe de l'accessibilité, il encadrera rigoureusement l'octroi des dérogations en s'assurant de leur pertinence et de leur transparence. F.H.I --- Quelle différence entre un comité interministériel créé officiellement en décembre 2009 et délégation interministérielle, l'opposition et le monde associatif pensent que cette transformation n'était pas nécessaire ! Alors pourquoi un tel changement ? François FILLON --- Un comité interministériel c'est un nombre important des ministres du Gouvernement, que je vais réunir autour de moi de façon très régulière, pour qu'ils me disent précisément où ils en sont de la mise en œuvre concrète de la feuille de route que je leur ai donnée. C'est donc avant tout une mobilisation renouvelée du gouvernement sur les secteurs les plus concernés de la politique du handicap et une implication personnelle de chacun des ministres. C'est une évolution majeure de la gouvernance, pour donner un nouveau souffle à notre politique sur le handicap. En pratique, le travail interministériel sera également facilité et porté par un Secrétaire général, Thierry Dieuleveux, qui déploiera l'énergie nécessaire pour faire aboutir concrètement nos actions et nos engagements. F.H.I --- Le 11 février, la Loi sur l'égalité des chances aura 5 ans, les communes dans les très grandes majorités semblent d'accord avec l'association des Maires de France sur la question de l'accessibilité que celle-ci ne pourra être prête à temps. Pourquoi n'avoir inscrit dans le grand emprunt une aide aux communes ? François FILLON --- La France a un défi à relever, celui de tenir le rendez-vous de l'accessibilité en 2015. L'accessibilité n'est pas uniquement une affaire de cadre bâti, mais va bien au-delà, avec la question de l'accessibilité à internet, l'accessibilité aux nouvelles technologies, aux informations délivrées dans les journaux télévisés... Dans le cadre des différents plans engagés par le gouvernement – je pense notamment au plan en direction des personnes sourdes ou malentendantes que Nadine Morano et Xavier Darcos viennent de présenter ou encore au plan handicap visuel de nombreuses mesures sont justement consacrées à l'accessibilité au journal télévisé, aux appels d'urgence pour les déficients auditifs ou aux nouveaux médias pour les déficients visuels. Mais nous devons aller beaucoup plus loin. La question de l'accessibilité figure parmi les grandes priorités que j'ai confiées à Thierry Dieuleveux, le Secrétaire général du Comité interministériel du handicap. Pour que nos efforts aboutissent, nous devons être en mesure de disposer d'indicateurs partagés et de mesures de suivi. J'ai tenu à ce que notre pays se dote d'un nouvel outil, l'Observatoire de l'accessibilité. Il a été installé le jour anniversaire de la loi du 11 février 2005. F.H.I --- L'APF et le Comité d'entente des associations, ainsi que le collectif Ni Pauvre Ni Soumis qui organise une manifestation nationale estime que l'année 2009 aura été « une année noire » et de régression sociale et des valeurs de la loi 11 février 2005. Qu'avez-vous à répondre à cela ?
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François FILLON --- Je veux d'abord saluer le rôle important que jouent les associations dans la politique du handicap. Il est légitime qu'elles puissent parfois exprimer des craintes ou des divergences de vues. J'entends les inquiétudes et les espérances de chacun. Mais nul ne peut nier l'engagement inédit du gouvernement en direction des personnes handicapées et les progrès qui ont été accomplis : scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire en hausse de 20 % depuis 2005, création de 41 660 places en établissements médico-sociaux, revalorisation de l'Allocation Adulte handicapée qui, conformément aux engagements du Président de la République, atteindra 25 % en 2012, montée en charge de la prestation de compensation du handicap, objectif des 6 % atteint pour 50 % des entreprises.... Il n'est pas question de se livrer à un quelconque exercice d'autosatisfaction, il s'agit d'être juste et de constater qu'une réelle dynamique est en place, toujours respectueuse des principes fondateurs et essentiels de la loi du 11 février 2005. F.H.I --- Vous estimez le bilan de votre gouvernement comme favorable, comme en matière d'emploi ou d'intégration scolaire. Malgré cela, le chômage reste à 19,2 % et vous avez offert une dérogation concernant les contributions à l'Agefiph avec une raison économique qui ne semble pas avoir convaincu. Ou encore avec les AVS qui continue a bénéficié d'un contrat précaire et d'un manque de formation ? François FILLON --- Oui, je le répète, je pense que ce bilan est positif. Il est cependant certain que le pilotage renforcé et un travail interministériel coordonnés vont nous permettre d'être plus efficaces. Les chiffres du chômage doivent mobiliser toute l'énergie du gouvernement. Mais nous devons les mettre en regard avec un autre chiffre, celui de la formation des personnes handicapées. 83 % d'entre elles ont un niveau inférieur au BEP. C'est là notre premier défi. L'amélioration du taux d'emploi passe aussi par le travail que les Ministères chargés de l'Éducation nationale d'une part et de l'Enseignement supérieur d'autre part sont en train d'accomplir afin de rendre accessible l'ensemble des enseignements. En 2009, nous avons dû prendre une mesure de souplesse en faveur des petites et moyennes entreprises de moins de cinquante salariés qui n'emploient pas assez de personnes handicapées et qui doivent acquitter par conséquent une contribution financière.
Nous avons accordé à ces entreprises un délai de six mois pour se mettre en conformité, parce qu'elles étaient confrontées à une crise économique et financière dont vous savez la violence et que certaines d'entre elles étaient sur le point de mettre la clef sous la porte. Il était difficile dans ces conditions-là de leur demander de s'acquitter de cet effort financier. Mais ceux qui ne l'auront pas fait à l'issue des six mois devront s'acquitter de cette surcontribution. Enfin, dans la fonction publique, les progrès déjà accomplis sont encourageants. Le taux d'emploi des personnes handicapées y est passé de 3,7 % à 4,4 % en moins de 4 ans. C'est encore trop peu, nous devons poursuivre nos efforts, mais aussi bien dans la fonction publique que dans les entreprises privées les mentalités sont en train de changer. Elles changent en profondeur et c'est cela qui est fondamental. F.H.I --- À quand la signature officielle de la convention internationale des personnes handicapées et de son protocole alors que le Parlement a autorisé sa ratification depuis le 3 décembre dernier ? François FILLON --- Par rapport à un processus habituel de ratification, le gouvernement est allé au plus vite, ce qui témoigne du volontarisme de notre politique en direction des personnes handicapées. Le parlement a voté la loi autorisant la ratification le 31 décembre dernier, elle a été promulguée le 3 janvier. Notre représentant va déposer les instruments de ratification auprès de l'ONU dans les toutes prochaines semaines. Ce sera la dernière étape. Pour autant, la France n'a pas attendu la Convention pour se doter d'une politique ambitieuse en matière de handicap. La loi du 11 février 2005 va largement au-delà des dispositions de la Convention internationale, notamment en matière de scolarisation en milieu ordinaire. l'installation du Comité interministériel du Handicap aujourd'hui met d'ailleurs en œuvre une des dispositions facultatives de la Convention qui propose la création d'une instance de coordination. La France peut être fière. Elle s'est dotée en 2005 d'un des dispositifs législatifs les plus avancés au monde. Elle consacre à sa politique du handicap une part substantielle de la solidarité nationale avec près de 39 milliards d'euros par an, soit 6 milliards de plus qu'il y a 5 ans. Elle se dote aujourd'hui de nouveaux moyens pour sa mise en œuvre concrète, avec une volonté politique forte au service des personnes handicapées.
Interview réalisé le 10 Février 2011
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Interview exclusif avec Francois Fillon à l'occasion du 5ème anniversaire de la loi sur l'égalité des chances
2010.02.11 — A l’occasion de la première réunion du nouveau comité interministériel des personnes handicapées chargé de coordonner l’action des ministres et celle des relations avec les associations et comité national consultatif des personnes handicapées, le premier ministre, François Fillon, dans une interview exclusive, Il nous apporte ici sa vision de la politique et le bilan de l’action de son gouvernement. Répondant aussi aux grandes questions notamment sur l’accessibilité et l’emploi. Réaffirmant…Oui je le répète, je pense que ce bilan est positif…l’APF qui a cette occasion aura le 5 Février envoyé une lettre au premier ministre.
F.H.I — M. le premier ministre vous avez affirmer lors de votre a Sable-sur-Sarthe, « Qu’aucun de ces principes fondateurs ne sera remis en cause » notamment en matière d’accessibilité, pourtant les associations vous accusent d’un manque de concertation ou violé celle-ci par le rejet de dérogation par le conseil constitutionnel. Que répondez-vous à cela ?
François FILLON — Le principe de l’accessibilité est intangible, je le réaffirme avec force. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire il y a quelques jours, si nous avons accepté des dérogations aux obligations d’accessibilité pour que 20 000 projets de construction aujourd’hui bloqués puissent parvenir à leur terme, c’est que nous pensons qu’un certain pragmatisme est nécessaire pour faire face aux difficultés considérables que connaît notre pays en matière de logements.
Dire cela, ce n’est en aucun cas remettre en cause le principe, mais c’est au contraire réfléchir à la meilleure façon de le traduire dans les faits. Il faut que les malentendus se dissipent. Le dialogue efficace qui existe entre l’État, les représentants des personnes handicapées et les professionnels de l’immobilier doit continuer.
Le nouvel Observatoire de l’accessibilité, que vient d’installer Nadine Morano, va là jouer tout son rôle. Garant de notre attachement fondamental au principe de l’accessibilité, il encadrera rigoureusement l’octroi des dérogations en s’assurant de leur pertinence et de leur transparence.
F.H.I — Quelle différence entre un comité interministériel créé officiellement en décembre 2009 et délégation interministérielle, l’opposition et le monde associatif pensent que cette transformation n’était pas nécessaire ! Alors pourquoi un tel changement ?
François FILLON — Un comité interministériel c’est un nombre important des ministres du Gouvernement, que je vais réunir autour de moi de façon très régulière, pour qu’ils me disent précisément où ils en sont de la mise en œuvre concrète de la feuille de route que je leur ai donnée.
C’est donc avant tout une mobilisation renouvelée du gouvernement sur les secteurs les plus concernés de la politique du handicap et une implication personnelle de chacun des ministres. C’est une évolution majeure de la gouvernance, pour donner un nouveau souffle à notre politique sur le handicap. En pratique, le travail interministériel sera également facilité et porté par un Secrétaire général, Thierry Dieuleveux, qui déploiera l’énergie nécessaire pour faire aboutir concrètement nos actions et nos engagements.
F.H.I — Le 11 février, la Loi sur l’égalité des chances aura 5 ans, les communes dans les très grandes majorités semblent d’accord avec l’association des Maires de France sur la question de l’accessibilité que celle-ci ne pourra être prête à temps. Pourquoi n’avoir inscrit dans le grand emprunt une aide aux communes ?
François FILLON — La France a un défi à relever, celui de tenir le rendez-vous de l’accessibilité en 2015. L’accessibilité n’est pas uniquement une affaire de cadre bâti, mais va bien au-delà, avec la question de l’accessibilité à internet, l’accessibilité aux nouvelles technologies, aux informations délivrées dans les journaux télévisés…
Dans le cadre des différents plans engagés par le gouvernement – je pense notamment au plan en direction des personnes sourdes ou malentendantes que Nadine Morano et Xavier Darcos viennent de présenter ou encore au plan handicap visuel de nombreuses mesures sont justement consacrées à l’accessibilité au journal télévisé, aux appels d’urgence pour les déficients auditifs ou aux nouveaux médias pour les déficients visuels.
Mais nous devons aller beaucoup plus loin. La question de l’accessibilité figure parmi les grandes priorités que j’ai confiées à Thierry Dieuleveux, le Secrétaire général du Comité interministériel du handicap. Pour que nos efforts aboutissent, nous devons être en mesure de disposer d’indicateurs partagés et de mesures de suivi. J’ai tenu à ce que notre pays se dote d’un nouvel outil, l’Observatoire de l’accessibilité. Il a été installé le jour anniversaire de la loi du 11 février 2005.
F.H.I — L’APF et le Comité d’entente des associations, ainsi que le collectif Ni Pauvre Ni Soumis qui organise une manifestation nationale estime que l’année 2009 aura été « une année noire » et de régression sociale et des valeurs de la loi 11 février 2005. Qu’avez-vous à répondre à cela ?
François FILLON —Je veux d’abord saluer le rôle important que jouent les associations dans la politique du handicap. Il est légitime qu’elles puissent parfois exprimer des craintes ou des divergences de vues. J’entends les inquiétudes et les espérances de chacun. Mais nul ne peut nier l’engagement inédit du gouvernement en direction des personnes handicapées et les progrès qui ont été accomplis : scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire en hausse de 20 % depuis 2005, création de 41 660 places en établissements médico-sociaux, revalorisation de l’Allocation Adulte handicapée qui, conformément aux engagements du Président de la République, atteindra 25 % en 2012, montée en charge de la prestation de compensation du handicap, objectif des 6 % atteint pour 50 % des entreprises…. Il n’est pas question de se livrer à un quelconque exercice d’autosatisfaction, il s’agit d’être juste et de constater qu’une réelle dynamique est en place, toujours respectueuse des principes fondateurs et essentiels de la loi du 11 février 2005.
F.H.I — Vous estimez le bilan de votre gouvernement comme favorable, comme en matière d’emploi ou d’intégration scolaire. Malgré cela, le chômage reste à 19,2 % et vous avez offert une dérogation concernant les contributions à l’Agefiph avec une raison économique qui ne semble pas avoir convaincu. Ou encore avec les AVS qui continue a bénéficié d’un contrat précaire et d’un manque de formation ?
François FILLON — Oui, je le répète, je pense que ce bilan est positif. Il est cependant certain que le pilotage renforcé et un travail interministériel coordonnés vont nous permettre d’être plus efficaces. Les chiffres du chômage doivent mobiliser toute l’énergie du gouvernement. Mais nous devons les mettre en regard avec un autre chiffre, celui de la formation des personnes handicapées. 83 % d’entre elles ont un niveau inférieur au BEP. C’est là notre premier défi. L’amélioration du taux d’emploi passe aussi par le travail que les Ministères chargés de l’Éducation nationale d’une part et de l’Enseignement supérieur d’autre part sont en train d’accomplir afin de rendre accessible l’ensemble des enseignements.
En 2009, nous avons dû prendre une mesure de souplesse en faveur des petites et moyennes entreprises de moins de cinquante salariés qui n’emploient pas assez de personnes handicapées et qui doivent acquitter par conséquent une contribution financière.
Nous avons accordé à ces entreprises un délai de six mois pour se mettre en conformité, parce qu’elles étaient confrontées à une crise économique et financière dont vous savez la violence et que certaines d’entre elles étaient sur le point de mettre la clef sous la porte. Il était difficile dans ces conditions-là de leur demander de s’acquitter de cet effort financier. Mais ceux qui ne l’auront pas fait à l’issue des six mois devront s’acquitter de cette surcontribution.
Enfin, dans la fonction publique, les progrès déjà accomplis sont encourageants. Le taux d’emploi des personnes handicapées y est passé de 3,7 % à 4,4 % en moins de 4 ans. C’est encore trop peu, nous devons poursuivre nos efforts, mais aussi bien dans la fonction publique que dans les entreprises privées les mentalités sont en train de changer. Elles changent en profondeur et c’est cela qui est fondamental.
F.H.I — À quand la signature officielle de la convention internationale des personnes handicapées et de son protocole alors que le Parlement a autorisé sa ratification depuis le 3 décembre dernier ?
François FILLON — Par rapport à un processus habituel de ratification, le gouvernement est allé au plus vite, ce qui témoigne du volontarisme de notre politique en direction des personnes handicapées. Le parlement a voté la loi autorisant la ratification le 31 décembre dernier, elle a été promulguée le 3 janvier.
Notre représentant va déposer les instruments de ratification auprès de l’ONU dans les toutes prochaines semaines. Ce sera la dernière étape. Pour autant, la France n’a pas attendu la Convention pour se doter d’une politique ambitieuse en matière de handicap. La loi du 11 février 2005 va largement au-delà des dispositions de la Convention internationale, notamment en matière de scolarisation en milieu ordinaire. Et l’installation du Comité interministériel du Handicap met d’ailleurs en œuvre une des dispositions facultatives de la Convention qui propose la création d’une instance de coordination. La France peut être fière. Elle s’est dotée en 2005 d’un des dispositifs législatifs les plus avancés au monde. Elle consacre à sa politique du handicap une part substantielle de la solidarité nationale avec près de 39 milliards d’euros par an, soit 6 milliards de plus qu’il y a 5 ans. Elle se dote aujourd’hui de nouveaux moyens pour sa mise en œuvre concrète, avec une volonté politique forte au service des personnes handicapées.
Interview réalisé le 10 février 2010 à Paris
Par Stéphane Lagoutière



