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La dignité de nos enfants polyhandicapés ne se négocie pas ! Par Cédric Gicquel

Des enfants polyhandicapés dans centre d’accueil a Nice entouré d’éducatrice (Illustration 2013)

Il y a moins d'une semaine, le monde politico-médiatique s'est enflammé sur ''l'affaire Léoanarda'' opposant les tenants de la loi aux tenants des "valeurs". Plus discrète ''l'Affaire Amélie'' a failli se terminer dans une mascarade sans loi ni valeurs. Amélie est atteinte du syndrome de Prader-Willi, une affection génétique qui la rend dépendante et justifie un accompagnement constant. Après avoir été condamné par la justice à trouver une structure adaptée à cette femme lourdement handicapée, l'État a tenté de faire appel afin d'éviter une jurisprudence qui l'obligerait à trouver une solution adaptée à de nombreuses familles en attente de propositions pour leurs enfants.

Devant le tollé général, la ministre déléguée auprès des personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion vient d'abandonner ce recours. L'UNAPEI avait vivement réagi à l'annonce de la saisine du Conseil d'État en affirmant que "le ministère cherche à institutionnaliser une mort sociale pour les personnes handicapées et leurs familles".

Après un rétropédalage pitoyable et des explications consternantes de Marie-Arlette Carlotti, avec notamment cette savoureuse proposition destinée aux familles d'appeler le 3977 (numéro vert contre la maltraitance des personnes âgées et handicapées) pour "dire leur désarroi" si les nouveaux "comités Théodule" ne trouvent pas de solution adaptées, les personnes lourdement handicapées et vulnérables se retrouvent insultées et méprisées par l'absence d'une volonté politique forte et cohérente.

En parlant de "comité Théodule", on se rend compte qu'il est bien loin le temps où Charles de Gaulle affirmait "l'essentiel pour lui, ce n'est pas ce que peuvent penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, l'essentiel pour le général de Gaulle, le Président de la France, c'est ce qui est utile au peuple français..."

Nos enfants ne sont pas des dossiers

Nos enfants sont handicapés mais ils ne sont pas des sujets de laboratoire dont les dossiers passeraient de commission en commission, où leur histoire, leur faiblesse seraient exposées devant des inconnus même bien intentionnés qui décideraient qui est le plus vulnérable ou le plus apte à trouver une place dans un système qui gère la compassion et le déficit de structures.

C'est déjà bien trop souvent le cas : dossier à l'hôpital, dossier à la MDPH, dossier dans les institutions, dossier à la CPAM, la vie de nos enfants circule de services en services, souvent d'inconnus en inconnus. Où est la dignité de la personne lorsque sa biographie, son intimité se réduisent à une somme de dossiers sur lequel on statue, on décide ?

Nos enfants sont avant tout des êtres humains dont la dignité est consubstantielle, inaliénable et commune à celle des autres hommes. Elle ne se monnaie pas, elle ne se négocie pas.

Pourtant l'État, en ne respectant pas ses propres lois et en laissant des familles à l'abandon, amoindrit cette dignité. En créant une section d'alerte dans chaque Agence régionale de santé (ARS) pour les "cas difficiles" il ajoute une souffrance supplémentaire à ces familles qui demandent simplement un lieu où leur enfant puisse être heureux, accueilli avec humanité, des parents qui pourraient souffler un peu et ne pas être obligés de penser au pire, des parents qui pourraient redécouvrir leur enfant sans les jours d'angoisse et la culpabilité de ne plus pouvoir faire face.

Non seulement nos enfants sont déjà catalogués lourdement handicapés, mais en plus s'ils ne rentrent pas dans les petites cases ou bien s'ils sont reconnus comme "ingérables" pour les établissements, ils deviennent de nouveaux sujets d'études d'une nouvelle section crée spécialement pour eux. Et ayant une confiance sans faille dans notre administration entomologiste, nous pouvons être certains que dans quelques années il se créera une sous-section de la section "cas difficiles"!

Où allons-nous ?

Défendre des principes d''humanité

Être parent d'un enfant handicapé, c'est faire des choix pour lui et pour soi durant toute sa vie, c'est dans la constellation du système médico-social être obligé de faire les bons choix : dois-je penser à l'orientation de mon enfant dès 10 ans sachant que sa structure d'accueil prend en charge les enfants jusqu'à 14 ans et que les autres structures trouvent qu'à 14 ans il est "trop vieux"? Mais il a aussi établi des liens d'amitiés avec ses camarades : dois-je les rompre pour trouver un autre établissement ? Dois-je envisager de le diriger vers la Belgique et rompre ainsi les liens avec sa famille ?

Dans ce labyrinthe les associations gestionnaires renvoient parfois un peu facilement la balle en prétextant un manque de moyens ou des structures pas adaptées : on peut l'accueillir mais à condition qu'il ne développe pas de trop gros troubles du comportement, s'il n'est pas trop malade ni trop fragile. Attention il est trop autonome ! Attention il n'est pas assez autonome, parfois même il est pas assez handicapé ou trop handicapé...

Nous acceptons, parents, d'être responsable de nos enfants et de porter avec eux le handicap mais nous refusons le sur-handicap pesant induit par un système qui ne prend pas en compte l'humanité de nos enfants.

Les personnes lourdement handicapées et/ou vulnérables interrogent notre société et nous renvoient aux principes-mêmes de notre civilisation.

Ils opposent aux valeurs "modernes" (culte de la vitesse et de la toute-puissance) des principes fondateurs comme l'écoute, le respect du temps, la dignité de toute vie. Par leur vie fragile ils révèlent que toute vie mérite d'être vécue mais aussi que toute vie s'inscrit dans un large réseau de liens, dans une communauté qui tout en affirmant la singularité de chaque personne rattache tous les hommes à la Cité.

Au-delà de la question de places disponibles et de structures adaptée, la situation d'Amélie nous rappelle qu'avant toute autre considérations nous avons à assumer des devoirs envers les plus vulnérables et que la beauté du monde luit parfois dans des regards absents et des silences de vie.

Catégorie : PÉTITION & TRIBUNE LIBRE
Publication : 31/10/2013

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