Tout ce que nous devons faire pour que les personnes handicapées soient incluses dans notre démocratie
Les personnes porteuses de différence (et non "atteintes de handicap" comme on l'entend trop) ne doivent plus hésiter à prendre place dans l'espace public et développer leurs talents. Tout ce que nous devons faire pour que les personnes handicapées soient incluses dans notre démocratie, appel Jean-Christophe PARISOT de Bayard dans cette tribune. Une homme de conviction et de terrain qui le premier prefet en situation de handicap dans l'histoire de la Veme république...
Alors que des militants associatifs bloquent l'A380 pour protester contre la loi Elan et ses effets envers les personnes handicapées, il n'est pas inutile de revisiter l'évolution des représentations du handicap en France depuis une décennie.
Tout d'abord, les politiques (au sens large du terme) ont pris conscience que le handicap n'existait pas et qu'il s'agissait d'une galaxie de personnes ayant chacune des besoins spécifiques, graduels et évolutifs. L'autre découverte, corollaire de la première, est qu'il n'y a aucun recensement de ces situations puisque les cas sont divers et qu'il est interdit en France d'établir des fichiers sur des critères médicaux. De fait, il est impossible de comparer une politique du handicap d'un pays à l'autre sur notre continent, les définitions et les représentations de l'altérité divergeant totalement.
Un Britannique et un Grec n'intègrent pas les mêmes besoins et les mêmes solutions. Concernant la France, il apparaît de plus en plus évident que l'environnement joue un rôle déterminant dans la qualité de vie des citoyens porteurs d'altérités. L'antique civilisation des escaliers tend à s'effacer. La politique de ségrégation a connu de sérieux revers même si vivre avec sa différence tient encore du parcours du combattant.
Encore faudrait-il déjà s'entendre sur ce que l'on entend par "besoins". 85% des personnes en situation de handicap vivent à domicile et 15% en institution. L'augmentation de l'AAH, prestation qui reste au-dessous du seuil de pauvreté, résume assez mal l'enjeu politique et social que constitue l'altérité due à un handicap. Ce qui était une question de spécialistes est devenu en quelques années un défi sociétal. Groupes de parole, conférences nationales, chartes, comités de suivi, groupes de travail sur la diversité ont fleuri, mais pour quels résultats ?
"Le taux de chômage des actifs handicapés est deux fois supérieur à la moyenne nationale (22%).
L'employabilité est comme limitée par un "plafond de verre".
Les dispositifs, les services et les équipements s'adaptent lentement à l'évolution des besoins des personnes handicapées. Treize ans après 2005, l'évaluation des politiques publiques est plus que jamais nécessaire car les témoignages individuels sur l'insuffisance des dispositifs se multiplient. Les "territoires perdus de la République" ne concernent pas seulement les habitants des quartiers mais aussi les personnes handicapées privées de projet de vie, d'emploi, d'aides humaines, de soins adaptés, de vie culturelle. C'est un vrai gâchis pour la Nation !
L'école inclusive, qui fait face à une diversité de situations inédites, est en net progrès bien qu'encore en construction. Les attentes des familles évoluent en faveur d'un accompagnement plus qualitatif. Les parents veulent qu'on garantisse une rentrée scolaire fluide (avec un nombre d'heures d'AESH suffisant) incluant un accès aux activités périscolaires ou extrascolaires. L'éducation devrait ensuite naturellement déboucher sur un emploi. C'est loin d'être le cas pour les personnes handicapées.
Le taux de chômage des actifs handicapés est deux fois supérieur à la moyenne nationale (22%). L'employabilité est comme limitée par un "plafond de verre" car les demandeurs d'emploi handicapés subissent, en plus du chômage, des difficultés de transport, l'insuffisance de diplômes, l'isolement. Le développement de parcours de qualification grâce à des "ESAT hors les murs" et une orientation individualisée sont des solutions concrètes. Les employeurs privés et publics se plaignent de la sous-déclaration du handicap de leurs employés. Celle-ci atteste que les préjugés sont tenaces. Il faut favoriser, quand cela est possible, les passerelles en direction du milieu ordinaires.
Le transport, le logement, la formation et l'emploi ne peuvent plus être pensés séparément. Les pouvoirs publics doivent faciliter la mise en accessibilité de la chaine du déplacement (transports, voierie, espace public, adaptation des réseaux notamment des gares et haltes ferroviaires régionales). Il reste beaucoup à faire. Citons un exemple parmi d'autre: le nombre de places d'UFR (utilisateur de fauteuil roulant) est limité à deux par TGV.
"Pourquoi avoir demandé à une jeune femme trisomique
de présenter la météo seulement une journée ?"
Concernant le concept "d'accessibilité universelle", le Conseil Economique Social et Environnemental a formulé plusieurs préconisations concernant notamment un langage administratif plus facile à comprendre, un meilleur suivi statistique des différents handicaps, une gouvernance optimisée des différents dispositifs. Pour rétablir l'égalité, il faut veiller à la diversité des langages. Les autoroutes de l'information irriguent les vies, les projets, les échanges. Heureusement, la place de la LSF, du sous-titrage et de l'audio-description progressent dans les programmes audiovisuels et les salles de cinéma. Il y a pourtant bien des étapes psychologiques à franchir. Pourquoi avoir demandé à une jeune femme trisomique de présenter la météo seulement une journée ?
Concernant le logement, un nouveau concept de constructions neuves dit "adaptable" a été défini. Il s'agit de logements non-adaptés mais qui peuvent le devenir facilement. L'habitat inclusif doit être favorisé. Encore faut-il que les commissions d'attribution soient sensibles à l'altérité. Se déplacer pour travailler, faire ses courses mais aussi se distraire. La politique tarifaire de la culture mérite plus d'harmonie entre les villes.
Les Ad'Ap ont remplacé l'échéance de 2015. L'Ad'Ap doit préciser les besoins spécifiques liés aux déficiences auditives et visuelles, les règles applicables aux cheminements, places de stationnement, à l'accès au bâtiment, l'accueil du public, aux circulations intérieures, les revêtements de sol ou muraux, etc. Ce cadre contractuel est-il vraiment contraignant ? Il faudra comparer le pourcentage des dérogations d'un département à l'autre pour y voir plus clair.
Il reste beaucoup à faire. Il faut enfin que l'on aborde de vrais sujets de fond: la place des bébés handicapés dans les GPA, les conséquences des DPI, les assistants sexuels, l'exil belge, les différences d'aides accordées entre les MDPH, le découpage des besoins en minutes, les délais de traitement d'un département à l'autre, la représentation des personnes handicapées dans les CDAPH, etc.
Alors que les penseurs de l'altérité reconnaissent de plus en plus le handicap comme l'élément moteur du changement social, de nombreuses voix s'élèvent pour demander à la France d'améliorer l'inclusion sociale.
Alors que les penseurs de l'altérité reconnaissent de plus en plus le handicap comme l'élément moteur du changement social, de nombreuses voix s'élèvent pour demander à la France d'améliorer l'inclusion sociale. Le comité des droits de l'homme de l'ONU a recommandé d'assurer des conditions de vie dignes des personnes placées en institution. Il a jugé inquiétant que les familles ne puissent inscrire leur enfant autiste dans des lieux de vie auxquels elles ont droit, malgré la mise en œuvre de plans successifs. Plusieurs pays ont ainsi interpellé la France sur la question du handicap.
L'Autriche, par exemple, a souhaité l'abrogation de l'article L5 du Code électoral qui précise que le droit de vote des personnes sous tutelle est conditionné à la décision d'un juge. La Finlande a demandé que la France mène une politique handicap incluant la mise en place d'un plan d'action budgété, une documentation statistique fiable, et une meilleure collaboration avec les représentants des personnes en situation de handicap. La France est encouragée à appuyer la création de syndicats représentant toutes les personnes handicapées des ESAT.
Pour résumer, les personnes porteuses de différence (et non "atteintes de handicap" comme on l'entend trop) ne doivent plus hésiter à prendre place dans l'espace public et développer leurs talents. Tous ont des capacités à développer. Tous portent un message de solidarité. La participation des citoyens handicapés à la vie démocratique exige des aménagements, une gouvernance mais aussi une communication rénovée.
La lutte pour l'égalité des chances n'est en réalité jamais achevée dans un pays qui se fait fort de lutter contre les discriminations. Il est temps de reconnaître la personne handicapée comme étant un éducateur de civilité, un initiateur d'humanité.
Par Jean-Christophe PARISOT de BAYARD
Publication : 03/09/2018
Adhérez à l'association
Articles en relation
Lettre ouverte au maire et à son adjointe chargée des affaires sociales de Tréguier dans les Côtes-d’Armor
Ecrite par Marie STEGNER, celle-ci s’adresse au maire de Tréguier Guirec ARHANT et à son adjointe chargée des affaires sociales situé dans les Côtes-d'Armor. Dénonçant l’absence de dialogue réel avec la mairie, le manque de considération pour les personnes précaires. Mais surtout la suppression de sa domiciliation au CCAS sans préavis, en dépit de ses droits et de sa situation stable à Tréguier depuis huit ans.
Tribune, Lettre et Pétition revendiquant « l'amélioration de l'accès aux soins de santé mentale »
Après la Tribune le Dr Bruno FALISSARD, spécialiste de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, à l’INSERM réagissant sur l’intention du Premier ministre de faire de la santé mentale la grande cause nationale de 2025. Une question abordée a nouveau par la députée Anne-Cécile VIOLLAND, députée Horizons de Haute-Savoie le 2 octobre dernier. Un sujet critique tant il vrai avec la progression des dépressions depuis 2005, quelque soient la tranche d’âge. Situation qui n’a pas était améliorer face la diminutions permanente du nombre de lit en psychiatrie et de personnel.
Cancers pédiatriques : l’Association rassemble plusieurs centaines de parlementaires et professionnels de santé
Chaque année en France, plus de 2 500 enfants sont diagnostiqués d'un cancer et 500 en décèderont, soit l'équivalent de 20 classes d'école. Face à cette réalité, Eva pour la vie et la Fédération Grandir Sans Cancer, ont publié la tribune « Mobilisons-nous jusqu’au bout pour soigner les cancers pédiatriques ! » rédigée par Eva pour la vie & la Fédération Grandir Sans Cancer. Objectif sensibilise les pouvoirs publics à la nécessiter de porter le fonds dédié à la recherche sur les cancers de l'enfant de 5 à 25 M€/an, afin d'y inclure la recherche clinique. De plus, les cosignataires demandent la création d'un fonds d’investissement visant à permettre le développement de startups du médicament pédiatrique, ou d'un établissement public du médicament, en priorisant les cancers et les pathologies de mauvais pronostic chez l'enfant.
L’appel des soignants aux députés : « Protégez les personnes les plus vulnérables et les valeurs du soin ! »
Après l’étude et le vote en commission, l’Assemblée nationale étudie actuellement le projet de loi sur la fin de vie débute ce lundi. Un monde médical dont plusieurs organisations de soignants appellent les à entendre leur voix, et à ne pas adopter un texte qui, en l’état, bouleverserait en profondeur la pratique médicale. Ce projet de loi s'inscrit dans un contexte où plusieurs pays occidentaux ont déjà légiféré sur des questions similaires, reconnaissant le droit à l'euthanasie ou au suicide assisté sous certaines conditions strictes. La proposition de loi envisage notamment la création de maisons d'accompagnement pour les personnes en fin de vie et propose une aide à mourir pour les personnes atteintes d'une maladie incurable avec un pronostic vital engagé, tout en encadrant strictement l'utilisation de produits létaux.
Exigeons plus de moyens pour lutter contre l'endométriose ! lance la présidente de l’association EndoAction
Maladie gynécologique, l’endométriose est une maladie inflammatoire qui affecte aujourd’hui en France environ 10 % des femmes en âge de procréer, soit plus de deux millions de personnes. Depuis février 2022, la France dispose d'une stratégie nationale de lutte contre l'endométriose, qui vise à améliorer le dépistage, l'orientation et le traitement des femmes concernées, à renforcer leur information et la formation des professionnels de santé, et à développer la recherche sur cette pathologie. Une stratégie qui selon la présidente de l’association EndoAction Myriam POULAIN, qui n’a pas permis d’améliorer sa prise en charge, raison de cette pétition qui atteint aujourd’hui de plus 18 000 signatures.
Sécurité Sociale : Ce que veut dire le budget de la Sécu 2020
Les mesures prises pour éteindre le mouvement des « gilets jaunes » ont précipité la Sécurité sociale dans le déficit, regrette l'économiste Frédéric BIZARD. C'est une lourde responsabilité pour l'État, qui déprécie de fait la qualité de la protection sociale des classes moyennes, comme c'est le cas pour les pensions, la santé et la politique familiale. Faire parler un budget est une mission périlleuse. En 2016 et en 2018, deux gouvernements différents annonçaient prématurément un moment historique pour l'année suivante avec une Sécu à l'équilibre. Cette communication politique d'affichage cache pourtant l'essentiel : l'évolution du modèle social et la pertinence des choix budgétaires sur la qualité de vie des citoyens.
