La rétinopathie est la pire de ses blessures, mais elle est aussi à l’origine de ses plus belles victoires sportives…
De l’eau a passé sous les ponts depuis que Tiffany subissait la pression des autres élèves à l’école. Depuis, elle a connu le handicap visuel et en est ressortie bien plus forte atteignant le niveau international en athlétisme Handisport. Chaque jour est une nouvelle page qui s’écrit, un nouveau défi à relever. Petit à petit, avec le temps, les tâches du quotidien deviennent une bataille telle que toute victoire me fait briller comme une étoile. Je suis Tiffany, j’ai vingt-deux ans et je suis malvoyante. Voici son témoignage:
Des repères qui disparaissent…
Chaque jour est une nouvelle page qui s’écrit, un nouveau défi à relever. Petit à petit, avec le temps, les tâches du quotidien deviennent une bataille telle que toute victoire me fait briller comme une étoile. Je suis Tiffany, j’ai vingt-deux ans et je suis malvoyante. Chaque matin, j’ai le même rituel, accompagné de la même crainte. J’ouvre les yeux et regarde à travers les stores de la fenêtre, pour y voir la lumière du jour. Je me lève alors pour ouvrir les persiennes et fixer ce point au loin, toujours le même. Je le fais machinalement, tout en espérant qu’aujourd’hui encore, je vais l’apercevoir. La nuit, je ne vois plus. Les sorties nocturnes, accompagnée de ma canne blanche, sont devenues des moments de grand stress. Soirées pendant lesquelles je me sens isolée et si vulnérable.
Dans la rue, lueurs et faisceaux des lampadaires ne se reflètent plus sur les murs ou sur les voitures. Les reliefs ont disparu eux aussi. Alors je ne peux me fier qu’aux contrastes. Je ne vois plus les passants non plus. Il ne reste d’eux qu’une masse noire mobile, que je peux entendre aller et venir. Le ciel à mes yeux, est devenu aussi sombre qu’une vaste voûte d’encre noire. Plus rien ne brille là-haut depuis 2008. Les scintillements se sont effacés aussi sûrement que se confondent désormais les couleurs.
« Ma vie a basculé cette année-là… »
Ma vie a basculé cette année-là, lorsque l’état de ma vue a brusquement empiré. Et j’ai compris que rien ne serait plus jamais pareil. C’est alors que je me suis renfermée. Il me fallait me protéger, construire une muraille autour de moi
et me fabriquer une carapace digne de ce nom. Je ne pouvais l’admettre. Je ne pouvais, en aucun cas accepter, ce que je n’appelais pas encore handicap. J’ai bien tenté de faire comme-si de rien n'était. Mais la réalité m’a vite rattrapée. Et plus les jours passaient, plus une âpre colère grandissait en moi. Un sentiment qui en réalité avait pris racine bien plus tôt, au cours de mon enfance. À l’école, l'intégration avait été épineuse. L’incompréhension et la méchanceté ont transformé mes années de collège et de BTS, en moments difficiles. J’ai essuyé de très nombreuses injustices et d’innombrables moqueries. J’étais ce qu’on appelle vulgairement de nos jours : «une victime». Les élèves n’étaient pas les seuls à blâmer. En effet certains professeurs, heureusement pas tous, n’y mettaient aucune volonté et me gratifiaient de remarques blessantes. J’ai pris sur moi, encouragée par d’autres enseignants, que je remercie encore.
Le déclic…
Mais bien au-delà de toute cette colère accumulée, cette négativité a fini par se métamorphoser en détermination, en un besoin de me surpasser, en une rage brûlante de vaincre, en une volonté de laisser mon empreinte dans le monde de l’athlétisme Handisport. L’aventure a commencé pour moi en 2013, après avoir croisé le chemin de l'homme qui dès le début allait croire en moi et allait devenir mon entraîneur. Et finalement, ma maladie, la Rétinite Pigmentaire a été un formidable tremplin pour ma carrière sportive. Elle m’a amené et me mène encore aujourd'hui, à courir côte à côte, avec les plus grands athlètes de ce milieu. Je vis des moments fantastiques. J’ai la chance de côtoyer de grands noms et de monter sur les mêmes podiums qu’eux. Je commence même à être reconnue. Les efforts, la souffrance physique, les doutes, tout cela est oublié à chaque nouvelle médaille. Je me dis que tous ces sacrifices en valent la peine. Et comme un paradoxe, c’est finalement mon handicap visuel, qui contribue à ce bonheur indescriptible. Sans lui, je ne serais sans doute pas devenue la femme et l’athlète que je suis maintenant. Et si la rétinopathie est sans aucun doute la pire de mes blessures, le handicap visuel qui en résulte est finalement à l’origine de l´une des plus belles choses qui m’aient été données de vivre.
Des photos et une histoire tirées d’une expo photos, qui vise à sensibiliser sur le handicap…
En 2017, l’Association SJKB (lutte contre la cécité a mis sur pied une expo audio-photo intituée « De l’Ombre à la Lumière ». Elle a pour but de sensibiliser et de changer les regards sur le handicap, de soutenir les personnes handicapées visuelles, en leur montrant à travers nos modèles, qu’ils peuvent s’accomplir et enfin de soutenir la recherche et le développement, notamment en levant des fonds reversés à l’INSERM de Montpellier pour aider à financer les recherches sur les maladies de la vue. Cette exposition est un événement itinérant qui a été reçue en préfecture, dans l’enceinte de collèges, dans une médiathèque ou encore lors du congrès de l’ARIBa (association des professionnels français de la santé oculaire). En deux ans, des milliers de personnes se sont arrêtées devant les témoignages de nos douze modèles, ainsi que devant leur portrait réalisé par Robin THUREL.
La création d’une nouvelle expo a commencé cette année…
Cette année, le SJKB se lance dans un nouveau projet d’expo audio-photo intitulé cette fois « Clin d’Œil à DBZ », reprenant le même principe que « De l’Ombre à la Lumière ». De nouvelles histoires et de nouveaux talents seront à découvrir tout en vous plongeant dans l’univers de Dragon Ball, une série animée qui existe et se renouvelle depuis les années 80.N’hésitez pas à nous suivre sur la page de l’Association SJKB et à inviter vos amis à la découvrir.
Tyffany LOGETTE LODS
Publication : 07/06/2019
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