Accéder au contenu principal

Accessibilité numérique : bonne ou mauvaise nouvelle ?

Accessibilite internet

Dans cet article, j’aimerais aborder un sujet qui est encore aujourd’hui largement ignoré et trop souvent entouré d’idées préconçues : l’accessibilité du web. Bien que reconnue comme un noble concept, l'accessibilité est bien souvent perçue comme une perte de temps et d’argent.

En cause, l’idée d’une mise en place complexe et contraignante qui ne servirait qu’à une minorité. La plupart des éditeurs de site web ne s’y intéressent alors que sous la contrainte, notamment lors de développements de sites d’administrations publiques.

En me penchant sur le sujet, il m’a paru au fur et à mesure évident, que cette pratique épineuse, recèle une véritable richesse autant humaine que stratégique.

Aujourd’hui, notre société s’approprie les outils numériques qui l’entourent, afin de l’adapter à ses besoins. Cependant, cette appropriation reste encore inaccessible à une grande partie de la population : plus d’un milliard de personnes dans le monde vivant avec un handicap, dont 20,8 millions en France. Des personnes qui attendent que le numérique fasse office de véritable tremplin dans leur vie.

L’erreur trop souvent commise est de penser que le handicap se restreint aux personnes en fauteuil roulant ou recourant au braille pour lire. L’accessibilité s’adresse pourtant à toutes personnes ayant des problèmes d’ordre : visuels (ex : daltonisme, malvoyance, cécité), auditifs (ex : surdité), cognitifs et sensoriels (ex : trouble de concentration, trouble de lecture) ou encore physiques (ex : difficulté de mouvement).

En fait, l’objectif de l’accessibilité est bien de : « Mettre le Web et ses services à la disposition de tous les individus, quel que soit leur matériel ou logiciel, leur infrastructure réseau, leur langue maternelle, leur culture, leur organisation géographique ou leurs aptitudes physiques ou mentales » Tim Berners-Lee, Directeur du W3C.

Des référentiels nationaux exigeant pour une accessibilité améliorée

Cette citation connue est de Tim Berners-Lee, directeur du World Wide Web Consortium (W3C, considéré comme “l’autorité des standards du Web”) qui a créé en 1997 la WAI (Web Accessibility Initiative). La WAI a émis 61 recommandations permettant de rendre le web accessible, notamment aux « technologies d’assistance » utilisées par les personnes handicapées.

Malheureusement, un récent état des lieux a démontré que seulement 5 % des sites sont accessibles. Les éditeurs sont-ils rebutés par l’investissement supplémentaire qu’ils doivent investir afin que leurs sites soient considérés comme accessibles face aux critères établis par les référentiels nationaux ?

Les référentiels nationaux ont été créés sur la base des 61 recommandations de la WAI. Ils listent les tests à réaliser sur les pages web et les critères de succès pour valider leur accessibilité. Ils sont utilisés pour auditer un site, mesurer son niveau d’accessibilité, corriger un site non accessible ou pour déployer les bonnes pratiques dès le début d’un projet.

En France, deux référentiels sont utilisés

Le premier et le référentiel Accessiweb, créé par l’association Braillenet, proposant une labellisation sur trois niveaux (bronze, argent et or).

Le second étant, le RGAA (Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations) qui fonctionne lui aussi sur trois niveaux (simple A, double A et triple A).

La France, comme l’Europe, recommande le niveau « argent » ou double A pour la labellisation des sites. Cependant entre chaque niveau, la différence d’investissement est considérable : si avoir un site de niveau A est réalisable facilement pour de nombreux sites, il en est tout autre pour des sites de niveau AAA.

Pour pouvoir atteindre un niveau d’accessibilité élevé, certaines spécifications contraignent l’éditeur à concevoir son site en amont. Parmi les plus contraignantes, on peut compter notamment sur la présence d’une page d’aide accessible sur toutes les pages et donnant à l’utilisateur des informations pratiques liées à sa navigation sur le site : compatibilité des navigateurs, fonctionnalités, moyens de navigations, informations sur les médias disponibles et sur l’accessibilité en général.

Pour l'intégration d’une vidéo sur un site web, par exemple : un site de niveau A devra avoir un lecteur vidéo accessible, des sous-titres et un transcript. Tandis qu’un site de niveau AA devra renchérir avec une audiodescription et une transcription en langue des signes, pour un niveau AAA.

Ces contraintes ne sont-elles pas que des bonnes pratiques ?

Face à ces contraintes, nombreux éditeurs de site ont tendance à oublier les bénéfices considérables qu’ils peuvent tirer, en se pliant aux règles d’accessibilité. En se penchant sur ces nombreuses spécifications, on peut ainsi se rendre compte qu’elles contribuent aussi (et en toute logique) à faciliter la navigation des internautes, leur compréhension et la lisibilité du contenu. Ces spécifications sont ainsi autant de bonnes pratiques d’accessibilité que d’ergonomie. À terme, cela favorisera la satisfaction de vos utilisateurs lors de leur navigation.

Parmi elles, on trouve notamment par exemple : la préconisation d’un contraste de luminosité suffisant (4.5:1 pour un site AA et 7:1 pour un site AAA), afin que la plupart des personnes puissent bien distinguer les différents contenus du site et ainsi faciliter leur lecture. 

Des préconisations liées aux contenus textuels pour faciliter l’utilisation de tous les lecteurs d’écrans : il faut notamment éviter les accents sur les lettres capitales, éviter de justifier les textes ainsi que la création de texte sous forme d’image.

Mais aussi, par exemple, des spécifications sur les animations visuelles et sonores se lançant automatiquement au démarrage et qui ne doivent pas excéder 3 secondes afin de ne pas perturber l’écoute d’un lecteur d’écran ou tout simplement d’irriter les internautes.

N’oublions pas qu’un utilisateur satisfait est un utilisateur qui sera susceptible de revenir et qui permettra ainsi d’éviter un taux de rebonds trop spectaculaire.

De plus, Google favorise aujourd’hui, l’indexation des sites accessibles, ce qui améliore donc nettement le référencement (SEO). C’est une des raisons principales pour lesquelles, il est impératif que chaque page d’un site soit pensée afin de faciliter la navigation des robots d’indexation.

Non contente d’améliorer notre ergonomie, en y regardant de plus près, on peut se rendre compte que ces spécifications sont aussi étroitement liées avec l’optimisation de du référencement naturel. Par exemple, si l’ajout d’un h1 sur chaque page est une spécificité d'accessibilité, le référencement naturel lui commence par l’ajout récurrent de mots clés par page, notamment dans les balises <title> et <h1>, <h2>, >h3>, <h4>. On notera également l’ajout d’un sitemap et d’un fil d’Ariane par exemple.

Ainsi, profiter du protocole d’accessibilité est un bon moyen d’augmenter la rentabilité du processus : rendre votre site le plus accessible possible améliorera ainsi votre ergonomie, et par là même votre référencement, ce qui influencera fortement votre audience.

Un marché potentiel à ne surtout pas négliger

En termes d’audience et de trafic, les enjeux de l’accessibilité sont largement sous-estimés… Quel est l’intérêt, en effet, de refuser délibérément l’accessibilité de votre site à 1 milliard de personnes dans le monde dont 20,8 millions en France ? 

Il est dommage que les acteurs du web, semblent avoir omis l’évolution de notre société et de son économie dans les années à venir. En effet, des études montrent que les séniors représentent le segment de consommateurs qui croît le plus en nombre avec une prévision de 2 milliards de séniors pour 2050. Ils deviendront même le premier groupe de consommateurs avec un pouvoir d’achat doublé d’ici 2020.

Et plus important encore, ce sont les seniors de plus de 80 ans, qui seront en tête de ce segment avec 4 % de croissance par an. Étonnement, ce sont aussi des consommateurs importants d’internet et 20 % d’entre eux l’utilise pour acheter en ligne (un chiffre qui ne va aller qu’en augmentant) avec l’avantage de pouvoir se faire livrer à domicile.

On sait que cette cible connaît aussi de grosse perte de faculté auditive, visuelle (80 % d’entre eux portent des lunettes) et rencontre fréquemment des difficultés en terme de mobilité. Avec 5 % seulement des sites accessibles, les acteurs semblent négliger véritablement cette frange de consommateurs.

Alors, l’accessibilité, un investissement bien pensé ?

Comme nous l’avons vu, rendre un site accessible demande des efforts certains et une bonne dose de sérieux lors de sa réalisation, à la fois en matière d’ergonomie et de développement. Cependant, outre les enjeux humains, l'accessibilité n’est rien d’autre qu’un prétexte pour respecter les bonnes pratiques du web. Ces bonnes pratiques permettront d’une part d’obtenir un site intuitif et bien référencé.

Et d’autre part, d’adresser un nouveau segment de consommateur qui est en voie de devenir le segment le plus attractif en Europe. Que demander de plus ?

Ecrit par Célia LIGNON
Graphiste & UX designer

Catégorie : INNOVATION & RECHERCHE
Publication : 14/10/2014

Articles en relation

Caractéristiques génétiques et rémission durable du VIH après interruption du traitement

La lutte contre le VIH reste un défi majeur de santé publique. Le traitement du VIH nécessite généralement une thérapie antirétrovirale à vie, mais certains "contrôleurs post-traitement" maintiennent une charge virale indétectable sans traitement. Des chercheurs ont identifié des caractéristiques génétiques immunitaires chez ces personnes, ouvrant de nouvelles possibilités d’immunothérapies pour la rémission ou la guérison du VIH. Des résultats qui viennent d’être publiés dans une étude RHIVIERA01.

Signature d’un contrat de partenariat et d’échange : « Une seule santé » pour Pasteur et l’ANES

2024.05.24.benoit vallet directeur général de lanses et yasmine belkaid directrice générale de linstitut pasteur signature accord cadre 6ee4fL’Institut Pasteur et l’Anses viennent de signer un partenariat pour mutualiser leurs compétences dans une optique « Une seule santé ». Les activités des deux organismes sont en effet complémentaires, l’un étudiant les maladies infectieuses humaines et l’autre les risques liés à l’alimentation et aux maladies animales, dont les maladies transmises des animaux aux humains et par les vecteurs.

La FAF lance l’application EyeView ! pour sensibiliser le grand public aux maladies de l’œil et vers nouveau regard !

Avec en France près de 1,7 millions de personnes atteintes d’un trouble de la vision dont 207 000 aveugles n’ont aucune perception de la lumière et malvoyants profonds c’est-à-dire disposant vision résiduelle limitée à la distinction de silhouettes. La Fédération des Aveugles et Amblyopes de France à souhaité lancer une application : EyeView. Une application qui aura pour objectif selon la FAF de sensibiliser le grand public au handicap visuel grâce aux procédés de réalité augmentée et de réalité virtuelle. Elle est désormais disponible gratuitement depuis quelques jours sur smartphone et sur tablette depuis l’Android ou l’Apple Store.

Microsoft officialise sa manette adaptée Xbox pour les personnes en situation de handicap : une petite révolution !

Avec un concept et design qui avait fuité il y a quelques jours, le géants américain, vient de présenter officiellement cette nouvelle « manette adapté Xbox » dont la sortie est prévus d’ici la fin de l’année 2018 et pour un prix 89.99€, qui participera à lever les barrières auxquelles sont confrontés les joueurs en situation de handicap".Plus d’informations seront dévoilées d’ici quelques semaines à l’E3, indique le fabriquant.

La FIRAH présente les travaux d’étude pour faciliter les échanges avec une personne présentant une trisomie 21

La France compte plus de 65.000 personnes vivent avec une trisomie 21 aussi appelé le syndrome de et toutes les 24 heures, un bébé trisomique vient au monde. Une situation génétique due la présence d'un chromosome surnuméraire sur la 21e paire de chromosomes l'individu trisomique en possédant 47 ou lieu de 46. Parmi les difficultés les plus fréquentes chez personnes celle du langage. Une situation auquel c’est intéressé ComEns, pour Communiquons Ensemble.

L’AFM annonce le démarrage d’un premier essai de thérapie génique sur la myopathie myotubulaire sur l’homme

Mené par la société de biotechnologies Audentes, l’AFM-Téléthon et son laboratoire Généthon vient d’annoncer dans un communiqué, le lancement u premier essai de thérapie génique pour la myopathie myotubulaire et sur un patient résidant aux États-Unis. Un teste rendu possible, 8 ans seulement après la première preuve de concept chez le modèle murin, obtenu par l’équipe d’Ana Buj Bello à Généthon. En effet, le produit de thérapie génique AT132, associant un AAV8 et le gène de la myotubularine, a été conçu selon l’AFM par Généthon qui a mené toutes les phases précliniques avec succès.