Accéder au contenu principal

Faut-il croire à un recul de l’accès au logement neuf pour les personnes handicapées ?

Normes des habitation collectives pour les personnes a mobilite reduite Image Source

Présenté demain en conseil des ministres, le projet de loi ÉLAN (Évolution du logement et aménagement numérique), serait-il une bataille de plus gagnée par les lobbies de la construction et du bâtiment contre la mise en œuvre de l’accessibilité prévus dans le cadre des logements neufs ? Le gouvernement va-t-il se mettre à dos des centaines de milliers de personnes à mobilité réduite ? Plus dizaines d’associations1 sont-elles inquiètes et pour preuve celle-ci ont exprimé leurs inquiétudes face à l’ambiguïté de la loi si elle était votée en l’état.

Une nouvelle reforme par ordonnance…

Une fois de plus le gouvernement semble vouloir choisir la manière forte et surtout la plus rapide pour ce projet de loi présenté demain en conseil des ministres, par le ministre de la Cohésion des Territoires, Jacques MEZARD, comportant notamment sept articles autorisant le gouvernement à légiférer par voie d'ordonnances. Si les associations dans leur communiqué commun ne font pas référence à ces ordonnances, la CNL (Confédération nationale du logement) juge sur la forme celui-ci « antidémocratique ».

Suppression de l’accessibilité…100 a 10 % ?

Si le ministre Jacques MEZARD conteste cette possibilité soulignant que n’a que pour seul objectif, de "construire plus, mieux, moins cher" en prévoyant notamment de de simplifier plusieurs normes de construction. L’article 17 pourtant du projet de loi précisant que « les logements collectifs ne doivent plus être entièrement accessibles aux personnes à mobilité réduite. Dans les bâtiments d'habitation ou à usage mixte, « seuls 10 % devra être accessible ». Les autres devront être "évolutifs", c'est-à-dire modifiables en cas de perte d'autonomie ou de vieillissement de l'habitant. « C’est-à-dire accessible en grande partie et pouvant être rendu totalement accessible, pour tous les handicaps, par des travaux assez simples ».

Un projet de loi dont le ministre a affirmé avoir discuté avec les associations concernées directement par les questions de handicap et qui selon lui avait évoqué « très clairement lors du conseil interministériel sur le handicap du 20 septembre, avec les propositions incluses dans ce projet de loi ». Rappelant avoir reçu le président de l’APF qu’il « n’avait soulevait aucune réaction négative ».

Les députés pris a partis dans cette bataille ?

Tout comme les autres associations signataire de ce communiqué commun, l'Anpihm réitère son appel à tous les parlementaires soucieux de l’intérêt général à s’opposer fermement à ce double coup de force. Malgré les affirmations de Jacques MEZARD qui c’est dit prêt a entendre le débat parlementaire, et que s’agissant d’éventuelle garanties au travers des décrets celle-ci ne pour ce faire « un texte qui dispose très clairement les normes de ces logements évolutifs ».

Reste à savoir si les députés auront véritablement leurs mots à dire ou s’ils seront notamment pour les députés de la majorité contraints à n’être qu’une simple boite a vote…Les députés seront’ils, comme le dénonce les associations et le président de l’association l’Anpihm Vincent Assante, davantage « sensibles aux doléances des principaux lobbies immobiliers » et, ce, « contre l'intérêt général de la population et contre l'opposition unanime du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) ». Dénonçant une nouvelle une « concertation en trompe l'œil ».

Incompréhension totale chez les associations…

Un choix que les associations dans un communiqué expriment leur totale incompréhension face au projet de loi relative à l’évolution du projet de loi ÉLAN présenté au Conseil des ministres le 4 avril. Pour Eddie JACQUEMART, président de la CNL, cette politique des quotas n’a aucun sens, tous « doivent rester 100 % accessibles » car la famille ou les amis d'une personne handicapée « doivent aussi pouvoir la recevoir ». Un quota institué dans les années 1960 puis les auteurs de la loi 1975 à retenir le concept d'une « unité de vie » et qui avait un échec politique.

Dans ce communiqué les associations soulignent que « les mesures retenues à ce jour par le gouvernement vont à l’encontre des besoins, quantitatifs et qualitatifs, des personnes en situation de handicap et des personnes âgées ». Affirmant que celle-ci vont de plus « en incohérence totale avec les autres politiques publiques engagées par le gouvernement (transformation de l’offre de services des personnes en situation de handicap, développement de l’habitat inclusif, de l’hospitalisation à domicile et en ambulatoire, …) ainsi qu’avec le vieillissement de la population ».

Elles réitèrent enfin leur demande de voir « les immeubles de trois étages et plus (au lieu de 4 étages actuellement) desservis par un ascenseur, aujourd’hui majoritaires, pour être accessibles aux personnes en situation de handicap et âgées, avec une approche universelle ». Rappelons que la population âgée de 80 ans et plus (3,9 millions de Français au 1er janvier 2018, dont 80 % vit à domicile) a progressé de 35 % depuis 2006.

L'Anpihm "nos chiffres sont incontestables"…

Une question qui trouve sa réponse avant tout dans les chiffres selon l’Association nationale pour l'intégration des personnes handicapées moteurs (Anpihm) présente sur ce terrain depuis plusieurs années et qui dans un communiqué a mis en avant un élément important. Celui-ci affirmant que le projet ÉLAN ne porte pas sur 100 % nouveau logement, mais sur 100 % dit accessible» via les parties communes, c'est-à-dire ceux desservis par ascenseur ou situés en rez-de-chaussée ou les maisons individuelles construites pour être louées ou vendues clés en main.

Selon ses calculs, cela représente seulement 10 900 appartements nouveaux accessibles et immédiatement habitables par an, dont 2 300 appartements HLM. Soit 1 appartement HLM pour 30 000 habitants parmi lesquels 160 seront victimes d’un accident de santé invalidant. « Une sous-estimation invraisemblable des besoins », selon l’association. Et on ne parle, là, « que des logements sociaux. Dans le privé, c'est encore pire ! »

Pour le délégué accessibilité de l'Anpihm, Christian FRANÇOIS, celui-ci parle de « promesses invérifiables » qualifiant le concept d'appartement évolutif de « fumeux », tant au plan technique que réglementaire. D'autant ajoute-t-il « que rien ne dit, pour le moment, si les travaux seront à la charge du bailleur ou du locataire. » La disposition ne vise « pas à faire des économies »,

Pour le dissimuler « ces régressions derrière le concept fumeux d’appartements évolutifs » au contenu non établi, tant au plan technique qu’au plan réglementaire, « feignant d’ignorer de surcroît l’opposition des constructeurs au nom de la maîtrise du coût de la construction ! » L'Anphim déplore enfin que la loi ÉLAN refuse d'assurer l'accès aux balcons et loggias aux personnes utilisant un fauteuil roulant, contrairement à la plupart de nos voisins européens.

Stéphane LAGOUTIERE

Sources : Collectif inter-associatif / Anpihm / Gouvernement

1) APAJH, APF, ATD Quart Monde, CFPSAA, FAS, Fédération nationale des associations de retraités, Fehap, FFAIMC, Fnath, GIHP, Unafam, Unapei, Uniopss

Catégorie : ACCESSIBILITÉ & TRANSPORT
Publication : 03/04/2018
AccessibilitéParlementSophie CLUZELLogementGouvernementCollectif Ambition LogementdéputésLoi ÉlanLogement sociauxProjet Loi ÉlanANPIHMHandi-Socia 31

Articles en relation

Tisséo améliore l’accessibilité de son réseau de transport en imprimant sa carte pastel en braille

Du 16 au 22 septembre, la Semaine Européenne de la Mobilité est l’occasion d’inviter les habitants de l’agglomération toulousaine à privilégier les modes de transports « durables », notamment les transports en commun, pour se déplacer au quotidien. Des transports ou l’accessibilité a fait de nombreux progrès cette dernière décennie, même si beaucoup reste a faire ! Tisseo qui innove pourtant à cette occasion en présentant une carte d'abonnement en braille sur le réseau de transport destiné au personnes malvoyantes ou aveugles. Une carte disponible à partir d’aujourd’hui 16 septembre.

L’UNADEV et Happymoov : Les non-voyants passent au vert ! avec un service de transport écologique à Lille

L’Union Nationale des Aveugles et Déficients Visuels des Hauts-de-France et Happymoov, société de Vélotaxi, s’associent afin de permettre aux personnes déficientes visuelles en perte d’autonomie de se déplacer en toute sécurité. Un système de transport original et à la fois écologique participant ainsi a la fois au développement des transports zéro émission, et de permettre aux personnes ayant des difficultés visuelles de déplacements d’accéder à plus grande autonomie !

L'UNADEV présente Accès-cité : le label et la formation délivrés par le Centre d'Éducation des chiens guides d’aveugles

A l’occasion de la journée mondiale Journée mondiale du chien, le 26 août dernier l'Union nationale des Aveugles et déficients visuels (UNADEV), conscient des problématiques liées à l'accueil des personnes en en situation de handicap visuel et de leurs chiens guides dans les établissements recevant du public ou dans les transports a présenté une nouvelle formation et label réalisée par le Centre Indépendant d'Éducation des chiens guides d’aveugles école partenaire de l'UNADEV, intitulé « Accès-cité » certifiant de l'accessibilité de l'établissement à tous les publics y compris aux publics déficients visuels. Objectif selon l’association faire de la pédagogie sur la déficience visuelle et proposer des solutions simples et concrètes pour une inclusion totale des personnes déficientes visuels dans la cité.

Le braille y comprit pour les usages les plus intimes s’inscrit désormais sur les boites de préservatif

Avec quelque 1,7 million de personnes sont atteintes d'un trouble de la vision dont 207 000 personnes aveugles (sans perception de la lumière) et de malvoyant profond. Ces derniers ont comme nous tous une vie intime. Et comme l’ensemble de la population son aussi celle-ci peut être concernée par la transmission des Infection sexuellement transmissible (IST). Mais comme souvent la sexualité reste un sujet tabou encore plus au sein des population en situation de handicap. Le laboratoire Terpan, fabricant de préservatifs masculins et féminins, annonce le lancement d’un packaging en braille destiné à faciliter l'achat de préservatifs pour les personnes mal ou non-voyantes.

L’EPF-Ecole d’ingénieurs, organise la 4e édition du « Challenge 24h Innov’ Handicap » centré sur l’enfant et l’adulte

Avec le soutien de près de 30 entreprises et institutions partenaires, l’EPF organise les 20 et 21 juin sur ses 3 campus, la 4 ème édition du Challenge « 24h Innov’ Handicap ». A partir du jeudi 20 juin 13h00, près de 400 étudiants de 4ème année de l’EPF travailleront pendant 24 heures sur l’une des 4 thématiques proposées en lien avec le handicap, avec l’aide d’experts de tous secteurs d’entreprises partenaires de l’école. Objectif : proposer les solutions pour faciliter le quotidien des personnes en situation de handicap et sensibiliser les élèves ingénieurs aux enjeux de l’accessibilité pour tous. Une opération qui en 2018 avait vu l'équipe EPF porteuse du projet H'ability à destination des personnes atteintes d'hémiparésie, remporté le prix coup de cœur de la Fondation Sopra Steria. Prix étudiant visant à mettre en avant les projets dans lesquels les technologies du numérique viennent au service de l'Homme ou de l'Environnement.

La ville de Toulouse inaugure la mise en accessibilité de la salle des illustres et du conseil municipal

Le 5 avril dernier à 18h, salle des Illustres, au Capitole, Jean-Luc MOUDENC, Maire de Toulouse, Président de Toulouse Métropole, a inauguré les nouveaux aménagements de mise en accessibilité de l'Hôtel de Ville dans le cadre de l'Agenda d'Accessibilité Programmée (Ad'AP) 2017-2025, en présence de Christophe ALVES, Adjoint en charge du handicap. La ville qui annonce avoir mis en place un budget de 45 M€ pour la période 2014 à 2021. Une inauguration qui confirme selon Jean-Luc MOUDENC et son adjoint au Maire en charge du handicap la volonté de la mise en œuvre de l'accessibilité dans le cadre de la Commission communale Accessibilité. Une volonté dont la présidente de l’association Handi Social31 Odile MAURIN qui se réjouit, mais constate qu’il aura fallu attendre plus deux décennies.