Autisme : la vie autrement Plus jamais de "souffrance sur la souffrance »
De nombreux clichés illustrent notre vision de l'autisme. Êtres surdoués ou totalement renfermés sur eux-mêmes, les autistes ont de multiples visages. Ils peuvent fasciner comme dérouter. Camille BLOSSIER, conseillère technique au sein de Perce-Neige, nous donne les clés de cet univers inaccessible. "L'autisme a été décrit en 1943 par le Docteur Léo KANNER. Il était jusqu'alors considéré comme une psychose infantile. Actuellement, on l'identifie au travers d'un trouble principal : le trouble majeur de la communication et des interactions sociales.
Pour être qualifiés d'autistiques, ces troubles doivent être présents et constatés avant l'âge de 3 ans. Aujourd'hui encore, les causes de l'autisme restent mystérieuses. La piste génétique semble toutefois être la plus vraisemblable.
La personne autiste n'est pas en mesure de décoder spontanément le langage, qu'il soit oral ou gestuel. Il ne peut donc pas y répondre. Évidemment, ce handicap se manifeste différemment selon les sujets. Certaines personnes sont totalement repliées sur elles-mêmes, enfermées dans des stéréotypies gestuelles ou phoniques. D'autres bénéficient d'une relative autonomie. Enfin, il existe le 'syndrome d'Asperger' : les personnes touchées sont d'une intelligence rare avec un talent exceptionnel dans un domaine très précis.
Un comportement dominé par l'angoisse
Les autistes sont très angoissés. Combinée à leur difficulté à communiquer, cette anxiété peut parfois générer des troubles du comportement. L'inattendu les plongeant dans un grand désarroi, ils peuvent parfois se faire mal ou faire mal aux autres. L'apprentissage d'un métier est très rare chez les autistes. Il existe des exemples bien sûr, notamment chez les personnes touchées par le 'syndrome d'Asperger'. Parmi ces autistes d'exception, on pense à Temple Grandin. Cette femme a en effet réussi à décrocher un doctorat en sciences du comportement animal et à enseigner à l'université du Colorado ! Oliver Sacks s'est d'ailleurs intéressé à son parcours dans son ouvrage Un anthropologue sur Mars."
La question rituelle "et après ?"
"Les personnes autistes sont incapables d'anticiper. Cela les angoisse terriblement. Lors de leur intégration dans une Maison Perce-Neige, l'équipe encadrante a pour objectif d'organiser l'après', les aider à s'orienter, à se repérer dans le temps comme dans l'espace. Selon les résidents, l'intégration dans une Maison Perce-Neige demande un temps d'adaptation plus ou moins long. Ils ont besoin de repères forts dans leur cadre de vie, leurs rapports avec les autres, leurs activités. Certains autistes se sentiront vraiment mal tant qu'ils n'auront pas trouvé ces marques.
Nous veillons également à surveiller leur tendance aux stéréotypies. Elles se manifestent par exemple par des balancements d'avant en arrière ou par l'utilisation d'objets détournés de leur usage premier. Les autistes peuvent ainsi fixer du regard pendant un long moment le hublot d'une machine à laver en marche. Ces actions 'en boucle' leur permettent quasiment de 's'hypnotiser', de combler leur angoisse du vide et par conséquent de se calmer. Ils ne doivent toutefois pas s'enfermer dans ce cycle d'auto-stimulation au risque de ne plus faire que cela.
Des études américaines ont avancé l'hypothèse que les autistes recevraient toutes les informations ambiantes d'un seul coup. N'ayant pas la capacité de les trier et de les hiérarchiser, ils seraient en fait 'sur-stimulés', saturés d'informations. Ils immobiliseraient alors les éléments qu'ils peuvent identifier. Cette hypothèse expliquerait leur résistance au changement."
Plus jamais de "souffrance sur la souffrance »
"Grâce au travail quotidien des éducateurs, certains autistes gagnent en autonomie. Certains loisirs, comme le dessin, leur offrent l'opportunité de s'exprimer et de libérer leur sensibilité intériorisée. En parallèle de ce travail, nous veillons à accompagner du mieux possible les familles. Elles ont longtemps eu un rapport tendu avec la médecine. Pour expliquer les causes de l'autisme, on a souvent pointé du doigt une mauvaise relation parents/enfant (mère/enfant en particulier). Cette méprise a ajouté de la souffrance sur la souffrance. Les parents ne doivent plus jamais être traités ainsi. A Perce-Neige, nous avons toujours à l'esprit l'accompagnement des familles. Cela fait partie de notre mission.
La Rédaction
Publication : 02/11/2012
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