Handicap international dénonce à nouveau dans un rapport l’emploi des armes explosives en Syrie
l’ONG Handicap international vient de publier un rapport accablant sur l'utilisation des armes explosives dans le conflit syrien et leurs conséquences sur le long terme. Un rapport « Syrie, l’avenir mutilé » mettant en évidence les effets dévastateurs des bombardements sur les déplacés et réfugiés Syriens, publiés à l’occasion de la journée mondiale des réfugiés qui eu lieu hier. Des dégâts que l’ONG avait déjà mis en garde en mars dernier affirmant que ces armes explosives « causent des dégâts immenses en Syrie, tuant et mutilant en masse des civils et jonchant le sol, dont le déminage prendra au moins trente ans ».
Des Syriens dont 15 % des victimes recensées ont dû être amputées, 80 % sont traumatisées et en grande détresse psychologique. L’association exhorte les belligérants à mettre fin aux bombardements sur les civils et rappelle que l’accès humanitaire doit être assuré pour répondre aux besoins colossaux des personnes touchées par le conflit. Des personnes qui seront pour le pays un véritable défi et notamment pour l’après-guerre.
Plus de 25 000 victimes, dont la moitié par des armes explosives !
Dans sa présentation Anne HERY, directrice des relations institutionnelles de Handicap international, rappelle que « les armes explosives ont un large impact quand ils sont utilisés dans des zones peuplées, ou 92 % des victimes sont des civils dont 53 % sont des blessés présentent des blessures dues à ces types d’armes ». Une enquête qui s'appuie sur 68 000 personnes déplacées en Syrie ou réfugiées dans les pays voisins comme le Liban ou la Jordanie entre juin 2013 et décembre 2015.
Un rapport qui point le doigt notamment sur les conséquences, à court et à long terme. Ainsi 89 % des personnes blessées par des armes explosives souffrent d’un handicap temporaire ou permanent, sachant que pour 15 % d'entre elles subira une amputation. Comme Ali, pour qui la vie a basculé en un instant. Ali était un jeune Syrien, dont les rêves et la fougue qui caractérise la jeunesse « sont partis en fumée ». Victime d’une explosion qui lui a enlevé l’usage de ses jambes, forcé à fuir, il se dit désormais comme un poisson hors de l’eau, au Liban dans un pays qui n’est pas le sien. Avec ses blessures et cette paraplégie qu’il faut apprivoiser.
Des conséquences qui ne sont pas toujours et uniquement physiques, mais aussi psychiques, 80 % montrent les signes « d’une grande détresse psychologique. La majorité de ces personnes se sentent incapables de mener des activités quotidiennes essentielles en raison d’angoisse, de stress, ou d’épuisement physique ou moral ». Un rapport qui précise même que pour 66 % se sentirait incapable de continuer à mener des activités de la vie quotidienne à cause de l'angoisse ou de l'épuisement physique et moral qu'elles ressentent. Une détresse que se retrouve pour 75 % des enfants de moins de 5 ans, « tellement terrifiés qu'il est impossible de les calmer ».
Un manque d’accès aux soins
Les bombardements incessants ont également développé d’autres difficultés pour ces personnes gravement blessées, celle de l’accès aux soins provoqués par « Les bombardements des hôpitaux et centres de santé aggravent encore la situation en empêchant l’accès aux soins, indispensables aux blessés ». Ainsi plus de la moitié des hôpitaux publics ne seraient plus en état de fonctionnement voir même fermé. Une situation d’autant plus critique que les pays frontaliers se trouvent également dans une situation très difficile qui rend souvent impossible l’accueil des blessés.
Une situation que souligne, Pauline FALIPOU, référente technique Réadaptation à Handicap international qui explique que « Percutés violemment, les os des victimes s’émiettent, contrairement aux fractures classiques, plus nettes. Il est alors très difficile de les consolider, la guérison devient complexe. Une greffe osseuse est souvent nécessaire. Il arrive aussi fréquemment que les nerfs soient touchés, ce qui entraîne des paralysies ». Précisant que les « kinésithérapeutes locaux ne sont pas habitués à traiter les conséquences des blessures de guerre comme une amputation ».
Handicap international renouvelle son appel au dirigeants du monde
L'ONG qui agit aux côtés des réfugiés et déplacés syriens depuis 2012 en appelle aujourd’hui à un sursaut de la communauté internationale tant les acteurs du conflit que les agences des Nations unies ou les organisations internationales, afin que puisse cesser ces bombardements en zones peuplées, qui tuent, blessent et mutilent les civils. Anne HERY d’ajouter « au mépris du droit international humanitaire », notamment pour que les civils soient protégés et que les structures et personnels de santé ne soient plus la cible d’attaques.
Pour rappel en Mars dernier Emmanuel SAUVAGE, coordinateur régional de Handicap international en déminage et en prévention, au cours d'une conférence de presse. « Une mobilisation sans précédent de la communauté internationale sera indispensable pour déminer la Syrie. Il faudra sans doute plus de 30 ans pour parvenir à éliminer les risques", a estimé ce spécialiste.
De son côté l’association a cofondé en 2011 la coalition INEW (International Network On Explosive Weapons) qui rassemble plusieurs organisations internationales et nationales. L’organisation appelle les États à soutenir le projet de déclaration politique visant à mettre fin à l’utilisation des armes explosives à large rayon d’impact en zones peuplées, et à reconnaître les souffrances des civils.
Stéphane LAGOUTIÉRE
Source communiquée
Publication : 21/06/2016
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