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Christian COTTET, Directeur de l’AFM « les personnes handicapées ne sont pas des citoyens au rabais. »

Christian COTTET_Directeur_de_l_AFM

Au lendemain de l’édition 2014 qui a récolté 82 353 996 millions d’euros de promesse de dons, le directeur général de l’Association contre les myopathies, Christian COTTET, a rappelé la confiance indéfectible pour le Téléthon malgré une période économique compliquée. Le dirigeant de l’AFM-Téléthon a longuement évoqué la Conférence nationale du handicap qui aura lieu ce mercredi sous la présidence du président de la République, François HOLLANDE. Ce dernier a mis en lumière les insuffisances de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, mais espère que les entreprises vont se mettre aux normes afin que la société soit accessible pour tous. 

F.H.I ---  Quel premier bilan faîtes-vous de ce Téléthon 2014 ?

Christian COTTET : On est enchantés du résultat. On veut dire merci à toutes les personnes qui ont contribué à cette édition 2014 du Téléthon. On a eu une belle couverture médiatique en amont. L’émission a été de très belle qualité dans un décor somptueux. Cette bulle de cristal au pied de la Tour Eiffel a donné lieu à des images magnifiques. Avec 82 353 996 M, on dépasse le chiffre de 2012 et 2013. Cela montre que la mobilisation sur le terrain était au rendez-vous ainsi que la confiance des donateurs auprès du 3637. C’est un très très beau téléthon.

F.H.I --- Vous attendiez-vous à un tel chiffre ?

Christian COTTET : Le compteur a été remis à zéro lorsque le parrain de l’édition 2013, Patrick Bruel, a passé le témoin à Garou, parrain de cette année. On avait quelques inquiétudes puisque la société française vit des heures compliquées. C’est justement dans ce moment-là qu’il faut positiver. On se disait alors que les donateurs allaient être au rendez-vous et cela a été le cas. Quand tout va mal, il faut regarder avec un esprit positif tout ce qui a de beau et de vrai dans notre société. Les Français nous ont démontré, malgré la crise économique, qu’ils étaient capables de se retrouver dans une à laquelle ils croient.

F.H.I --- C’est un résultat qui doit vous donner beaucoup de confiance pour l’avenir…

Christian COTTET : Depuis quelques années le Téléthon était en baisse. On est bien loin des records des années 2004 à 2008 où on dépassait les 100 millions d’euros. Aujourd’hui, on peut voir qu’il n’y a pas de déficit dans la relation de confiance entreFinal du telethon 2014 les Français et le Téléthon. Chaque euro est utilisé à bon escient pour les besoins des malades « Il y a encore énormément de choses à réaliser. »

F.H.I --- Quel retour vous ont fait les malades sur ce résultat ?

Christian COTTET : Elles étaient fatiguées, épuisées, éreintées, mais reboostées par tout ce qui s’est passé durant ces trente heures de direct. Cela leur permet de mieux affronter les difficultés du quotidien. Au-delà de cette collecte, il y a cette dimension festive. On y parle de vie, de mort, de maladies rares et de vie et de handicap. Depuis 28 ans, c’est le combat des parents pour la vie des enfants.

F.H.I --- Vous parlez de vie et de handicap, ce jeudi aura lieu la Conférence nationale du handicap, comment voyez-vous les choses ?

Christian COTTET : Il y a énormément de choses à réaliser. On a été acteur dans l’écriture de la loi du 11 février 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » pour l’égalité des chances. Aujourd’hui, on est très vigilants face à certaines régressions. On voit bien que les budgets du médico-social sont restreints. On remarque également une remise en cause des prestations de compensation du handicap. Il faut continuer à se battre. On ne peut pas accepter qu’en raison d’une logique économique, ce soit les personnes handicapées qui en payent les frais.

F.H.I --- Qu’en attendez-vous ?

Christian COTTET : On veut remettre en avant le droit à la compensation, le financement des aides humaines et techniques. Après, on a combat commun avec l’Association des Paralysées de France (APF) sur l’accessibilité de la société. Le rendez-vous du 11 février 2015 ne sera pas tenu. On sera alors très attentifs concernant la question des agendas d’accessibilité programmés. Il ne faut pas que ce soit de la poudre aux yeux. Dans un contexte économique compliqué, la tentation d’un retour en arrière est forte. « On a des régressions qui sont réelles. »

F.H.I ---  Concernant l’accessibilité, les entreprises ont pratiquement dix ans pour se mettre aux normes. Quel sentiment prédomine sur cet aspect de la loi de 2005 ?

Christian COTTET : S’il y avait eu une politique plus engagée et volontariste, on aurait fait mieux que ce qui é té réalisé. On accepte ce report à condition que la question des agendas d’accessibilité programmés ne soit pas un leurre. Pour les entreprises qui ne sont pas aux normes à l’échéance du 11 février 2015 doivent s’y conformer. Elles auront des délais pour réaliser les travaux d’accessibilité. Si les délais ne sont pas tenus, des sanctions significatives leur seront infligées.

F.H.I --- La France est candidate à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Pensez-vous que l’on sera aux normes dans dix ans pour accueillir ces athlètes handisport ?

Christian Cottet : J’espère qu’on aura réalisé d’normes progrès dans dix ans. Et les associations vont se battre pour cela

F.H.I --- Qu’avez-vous envie de dire au président de la République qui présidera cette conférence nationale du handicap ?

Christian COTTET : Aujourd’hui, on a des régressions qui sont réelles. Les incapacités de la personne ne peuvent pas s’améliorer en fonction de l’évolution de leur maladie. On ne peut pas accepter pour ces personnes une révision à la baisse de leur prestation de compensation du handicap. Il faut être très militant sur ce sujet. Il ne suffit pas de se battre au niveau départemental, il faut porter cette question au plus haut niveau politique. « Quelle est la place pour ces personnes qui sont nées avec un désavantage social résultant d’une maladie ou d’un accident de la vie ? »

Christian COTTET Directeur de AFMF.H.I --- Pensez-vous que l’exécutif prend en considération cette question du handicap ?

Christian COTTET : Si on laisse les politiques faire, on sait très bien que cela ne va pas marcher. Il faut que les citoyens se prennent en mains. Ils doivent le faire savoir. Ils doivent également dépasser leur handicap pour s’inscrire dans un combat collectif face à des situations qui ne sont pas acceptables. C’est important que ces forces collectives continuent d’avancer afin de mettre la pression sur les pouvoirs publics. Aujourd’hui, les politiques ne font qu’accompagner les propositions des associations de personnes handicapées.

F.H.I --- Cela veut-il dire que les pouvoirs publics ne s’y intéressent pas ?

Christian COTTET : Il ne faut pas non plus cracher dans la soupe. Si les personnes concernées ne se prennent pas en mains, qui peut-être plus grand expert de ces questions que celles qui le vivent au quotidien ? On peut critiquer les insuffisances des pouvoirs publics concernant le handicap, mais c’est dans la convergence entre l’action associative et l’action publique qu’on crée les progrès. Il faut être en permanence présente sur le terrain pour revendiquer les droits des personnes malades et handicapées.

F.H.I --- À l’approche des élections présidentielles de 2017, les candidats intégreront-ils le handicap dans leurs campagnes électorales ?

Christian COTTET : C’est un petit peu trop loin de nos préoccupations du quotidien. On souhaite que chaque candidat porte cet axe dans leurs projets de campagne. Cela concerne tout le monde, car toute personne valide peu un jour peut-être malade où se retrouver en situation de handicap. Les personnes handicapées ne sont pas es citoyens au rabais. Mais alors quel modèle de société voulons-nous ? Et dans cette société, quelle est la place pour ces personnes qui sont nées avec un désavantage social résultant d’une maladie ou d’un accident de la vie ?

Propos recueilli par
Romain BEAUVAIS

Catégorie : INTERVIEW AVEC...
Publication : 08/12/2014

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