Françoise GILLARD : « Je me suis demandée si légitiment j’avais le droit de jouer ce rôle »
Pratiquement deux jours après la première de la pièce « Les enfants du silence », Françoise GILLARD, qui interprète le rôle principal sur les planches du théâtre du Vieux-Colombier à Paris du 15 avril au 17 mai pochain, nous a accordé un long entretien. Depuis sa plus tendre enfance, elle vit dans le monde du handicap puisque sa sœur ainée est sourde. Elle était donc tout prédestinée pour incarner le rôle de Sarah, mais elle a longuement hésité avant d’accepter ce rôle et a même failli refuser car elle ne savait pas si elle avait le droit d’interpréter un tel personnage.
C'est d'autant plus compliqué pour une actrice d'entendre tout ce qui se dit sur scène. Durant près d’un an, elle a appris la Langue des signes auprès de Joël CHALUDE afin de bien signer pour que le public sourd et malentendant puissent percevoir ce spectacle.
Néanmoins une cinquantaine de personnes sourdes ont manifesté mercredi soir devant le théâtre du Vieux-Colombier estimant qu'il était anormal qu'aucun acteur sourd et malentendant ne figurent pas dans la distribution. Pourquoi une comédienne entendante ne pourrait-elle pas jouer le rôle d'une personne sourde ? Reste maintenant à savoir si cette pièce rencontrera un vif succès auprès de ce public comme l’espère Françoise GILLARD et le reste de la troupe.
F.H.I --- Comment s’est déroulée cette première mercredi soir au théâtre du Vieux-Colombier à Paris ?
Françoise GILLARD : On était un peu tendues. C’est délicat d’incarner un handicap. On se demande toujours si on va leur rendre toute la justice qu’il mérite. Est-ce que l’on ne va pas les caricaturer ? Est-ce que l’on n’en fait pas trop ? Est-ce que l’on signe bien ? J’avais ce souci d’interpréter le plus pudiquement possible ce rôle afin de respecter la Langue des signes et tous les déficients auditifs. Je suis entendante mais je voulais leur faire honneur.
F.H.I --- Y-avait-il des sourds dans la salle pour assister à cette représentation ?
Françoise GILLARD : Je ne crois pas. Mais la veille à La Couturière, les personnes sourdes et malentendantes étaient présentes. C’était très émouvant car elles ont applaudi à la manière des sourds avec les mains. Elles avaient vraiment l’air contentes. La semaine passée, les élèves sourds du cours Morvan ont assisté aux répétitions. C’était la première fois que l’on présentait cette pièce à une trentaine d’adolescents. J’avais vraiment peur qu’ils ne comprennent rien mais cela n’a pas été le cas. J’espère vraiment que le public sourd, qui viendra voir le spectacle, sera conquis par notre travail.
F.H.I --- Justement qu’est-ce qui vous a poussé à jouer ce rôle ?
Françoise GILLARD : Anne-Marie ÉTIENNE est une amie car on se connaît depuis longtemps. Mais je vous avoue que j’ai longuement hésité avant d’accepter ce rôle. J’ai même failli refuser cette pièce. Du fait d’avoir une sœur sourde, je me suis demandée si légitiment j’avais le droit de jouer ce rôle. Tout d’abord, cela fait appel à mon histoire personnelle et ensuite je me suis interrogée sur le fait que des personnes entendantes pouvaient jouer ce genre de personnages. Mais c’est le propre d’une comédienne de se confronter à d’autres rôles. J’ai alors accepté de faire partie de cette aventure.
« On est dans une société où l’autre fait peur »
F.H.I --- Cela a-t-il été compliqué d’apprendre la Langue des signes ?
Françoise GILLARD : Cela fait presqu’un an que l’on apprend la Langue des signes. Il faut avoir une bonne concentration mais je pense que c’est plus facile pour un sourd car il a une meilleure acuité visuelle que nous. Ma sœur, qui est
sourde, l’a vite apprise. Cela demande une rigueur de travail quotidienne. Durant un an, j’ai bossé tous les jours car on n’a pas cette mémoire-là. On n’a pas l’habitude de parler avec nos mains.
Grâce à Joel CHALUDE, on avait une maîtrise la plus précise de cette Langue des signes. Mais le plus compliqué, c’est que sur scène mon partenaire, qui joue le rôle d’un orthophoniste, déclame tout ce que je signe pour le public entendant. Cela me demande une concentration énorme car j’entends tout sur les planches.
F.H.I --- Avez-vous demandé des conseils à des personnes sourdes pour interpréter ce rôle ?
Françoise GILLARD : Je suis la dernière d’une famille de trois enfants et ma sœur ainée est sourde. Lorsque j’étais au Conservatoire de Bruxelles, je vivais avec elle. C’est un milieu dans lequel j’ai été baignée depuis ma tendre enfance. C’est pour cette raison que je n’ai pas eu besoin d’aller à la rencontre des personnes sourdes car j’ai été en contact avec eux tout au long de ma vie.
F.H.I --- Ce n’était pas trop déstabilisant de tout entendre sur scène ?
Françoise GILLARD : C’était le plus dur. J’étais épuisée lorsque je sortais de répétitions. C’était un sentiment névrotique car vous signez quelque chose et vous n’entendez pas la même chose en face de vous sur scène. C’est très particulier ; Je me dis que les acteurs sourds n’ont pas ce problème.
F.H.I --- Que manque-t-il pour que le monde des entendants et celui des sourds soient main dans la main ?
Françoise GILLARD : On est dans une société où l’autre fait peur. On veut, soit se protéger de l’autre, soit on la juge car c’est le propre de l’humain. La différence dérange les gens. Maintenant, il faut apprendre à ne pas avoir peur car c’est au gré des rencontres que l’on évolue personnellement. Lorsqu’on aura compris cela, on avancera dans divers domaines d’échanges. Alors qu’on est à l’ère de la communication, n’a-t-on jamais aussi mal communiqué, aujourd’hui, entre les êtres humains.
« Je ne dis pas que le gouvernement ne fait pas des choses mais n sait très bien que les priorités sont ailleurs »
F.H.I --- Avec cette œuvre, pensez-vous que l’on aura un autre regard sur la déficience auditive ?
Françoise GILLARD : Cette pièce va au-delà de cela. Dans « Les enfants du silence », on parle d’un amour impossible. On peut s’aimer très fort mais on ne peut pas le vivre à cause d’une différence. Le handicap est un frein dans cette relation amoureuse. Mais cela peut-être parfois en raison d’un problème de religion ou de culture. C’est donc très difficile de communiquer lorsqu’on est différent.
F.H.I --- Demain, aura-t-on cette société accessible à tous ?
Françoise GILLARD : Les choses avancent mais pas aussi vite que je le pensais. Ayant vécu avec une personne handicapée, c’est un sujet qui me touche de près. Après on peut voir que la France est en retard sur l’accessibilité des lieux. Le handicap devrait être une priorité mais il ne l’est pas. Je ne suis pas d’accord avec cela. Le monde est fait de différence et les pouvoirs publics devraient le mettre au cœur de leur politique sociale. Mais je ne dis pas que le gouvernement ne fait pas des choses mais on sait très bien que les priorités sont ailleurs.
F.H.I --- Finalement quel message avez-vous envie de véhiculer avec cette pièce ?
Françoise GILLARD : À un moment donné, on peut tous devenir différent. On n’est pas à l’abri de devenir handicapé. A travers ce rôle, j’ai envie de donner de l’espoir. L’espoir de dire que les combats passés ou futurs face à l’intolérance seront porteurs d’espérance dans les années à venir.
Propos recuillis par
Romain BEAUVAIS
Publication : 17/04/2015
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