Antoine AOUN : « Vivre ses rêves et non pas rêver sa vie »
Né en 1961 au Liban, Antoine AOUN est arrivé en France à l'âge de 21 ans. Paraplégique à la suite d'une blessure de guerre, ce coach de vie et conférencier en management du changement, a déjà parcouru plus de 25 000 kilomètres à travers le monde. Cette année, il a décidé de partir de Pékin pour réaliser en vélo à la force de ses bras ce périple. Parti de Chine, le 1er septembre dernier, il est arrivé à Caen, le 31 octobre. Antoine AOUN a alors décidé de nous raconter ses péripéties et les galères qu'il a pu rencontrer au cours de cette aventure. Il a ainsi pu voir les différences qu'il peut exister dans les autres pays du globe notamment en matière de handicap par rapport à la France. Même si on est en retard sur ces problématiques, on est en avance sur les autres pays de la planète. Au final, Antoine AOUN a une nouvelle fois déplacer les montagnes pour vivre ses rêves et non pas rêver sa vie.
Cette homme qui avait le 29 septembre dernier envoyé déja un petit bonjour de Russie à tous les lecteurs de France Handicap Info. et qui leurs avait rappeler «Sachez que le handicap quel qu'il soit ne doit pas vous empêcher de réaliser vos rêves. Je suis paraplégique depuis de nombreuses années mais j'ai décidé de croquer la vie à pleine dents. Vous avez, tout comme moi, un potentiel insoupçonné au fond de vous-même que vous pouvez utiliser dès aujourd'hui pour aller au bout de vos rêves, alors utilisez-le et ne cessez jamais de rêver. La différence ne doit pas être un frein à votre bonheur; lorsque l'on croit en soi tout devient possible. Pour preuve cette phrase de Mark Twain "Ils ne savaient pas que c'était impossible alors ils l'ont fait». Deux mois après son départ il revient sur son experience...
F.H.I --- Qu'est-ce qui vous a poussé à réaliser un tel projet ?
Antoine AOUN : C'était dans la continuité de tout ce que j'ai déjà réalisé auparavant comme le Tour des Etats-Unis, de l'Australie ou celui de l'Europe. Cette année, je ne savais pas quel parcours prendre. On a hésité entre l'Alaska ou Ushuaia. C'est finalement Pékin-Caen qui l'a emporté. Depuis toujours, mes amis me disaient que je partais toujours de Caen pour ne jamais y arriver. C'est pour leur faire plaisir que je l'ai fait dans l'autre sens afin d'arriver en Normandie.
F.H.I --- C'était un pari fou...
Antoine AOUN : Une fois qu'il est réalisé, je vous dirai oui mais avant, c'était un parcours comme tous les autres. Lorsque je regarde en arrière et que je vois par où on est passés, c'était un pari fou.
F.H.I --- Qu'est-ce que vous en avez retiré de cette expérience ?
Antoine AOUN : Avant tout, c'est une expérience de plus pour moi. Une fois de plus, je me rends compte du potentiel qui est caché en nous et que l'on n'exploite pas forcément. Je vous donne un seul exemple. En Normandie lorsqu'il fait très froid, vous ne me verrez jamais aller faire du vélo mais là, il n'était pas question d'abandonner. Cela prouve qu'on est capables de tout.
« Le handicap n'est pas une limite pour vivre sa vie »
F.H.I --- Raconter nous un peu votre périple. Comment cela s'est-il passé au fil des semaines ?
Antoine AOUN : Au départ, on était un peu embêtés par la logistique. Je devais emmener le véhicule par bateau jusqu'à Pékin mais on n'a pas pu le faire. Car, en Chine, on n'a pas le droit de conduire. Et pour ne pas arranger les choses, je n'ai trouvé d'assureur européen pour assurer mon véhicule. Il a fallu trouver une autre solution. Nous sommes montés jusqu'à Moscou avec le véhicule et nous l'avons laissé en Russie. De là, nous avons pris un avion jusqu'à Pékin. Après, il fallait trouver des camionnettes sur place pour faire le trajet inverse de Pékin jusqu'à Moscou. On peut croire que les salaires sont bas dans ces pays mais lorsque vous voulez avoir accès à un service exclusif, cela coûte très cher. À cause de cela, on perdait deux jours à chaque fois car les chauffeurs avaient l'habitude de le faire avec des guides et non pas avec des particuliers. Il fallait donc se faire comprendre grâce au regard, aux gestes sur la carte.
F.H.I --- Outre cet aspect logistique, qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans ce périple ?
Antoine AOUN : Oui, les poids lourds. Mais j'étais impressionné par le respect qu'ils nous témoignaient sur la route. Ils parlaient de nous entre eux à la radio. Ils donnaient notre position et le soir lorsqu'on s'arrêtait sur le bord de la route pour dormir, on les rencontrait et ils nous tapaient sur l'épaule. Ils nous parlaient en Russe mais on ne comprenait pas grand chose. Mais lorsque je voyais deux camions qui se faisaient la course sur la route pour se dépasser, il fallait vite se jeter de la route. Cela ne rigole pas car les chauffeurs ne freinent pas. Enfin, un ami m'a écrit : « ne flirte pas trop avec les camions ». Je lui ai répondu : « lorsqu'il faisait -4 degrés, j'aurais aimé que ce soit le cas et qu'il me rechauffe et me propulse ».
« Dans ce genre de projet, il faut des muscles, du souffle mais surtout un mental d'acier »
F.H.I --- À travers ce périple, vous voulez montrer que le handicap n'est pas un frein pour réaliser ses rêves ?
Antoine AOUN : Le handicap n'est pas une limite pour vivre sa vie. Que l'on soit assis ou debout, on a le droit de vivre sa vie. On me pose souvent cette question : si tu étais handicapé, aurais-tu fait autant de choses ? Je leur réponds que cela n'a rien à voir avec le handicap. Ce n'est pas parce que je suis en fauteuil roulant que ma vie est limitée. Je peux donner du sens à mon existence. Pour moi, la première force est dans la tête. Dans ce genre de projet, il faut des muscles, du souffle mais aussi avoir un mental d'acier.
F.H.I --- Après cette aventure, votre vision sur la France, concernant les problématiques liées au handicap, a-t-elle changé ?
Antoine AOUN : Lorsque j'entends des personnes handicapées qui râlent en France, je leur dis, allez-voir ce qu'il se passe ailleurs. Je suis arrivé en France, il y a 33 ans, et voir un bus accessible, c'était un peu une utopie. Aujourd'hui, i l y a beaucoup de choses qui avancent dans notre pays pour les personnes en situation de handicap. C'est vrai qu'on est en retard mais croyez-moi, on est en avance par rapport à d'autres pays du monde. Par exemple en Chine et en Mongolie, ils ont juste coulé du béton sur un escalier et c'est donc inaccessible pour les personnes en fauteuils. Dans ces pays, on voit très peu de personnes handicapées dans les rues. En revanche, les portes étaient petites et il fallait que j'enlève l'une de mes roues pour passer. Mais je préférais descendre parterre pour me laver au leu d'avoir froid sous ma tente. Par exemple, en Chine, il fallait quatre personnes pour nous porter pour entrer dans le train car il y avait 1,20 mètres de hauteur pour y entrer. Après en Russie, tous les bus étaient accessibles.
F.H.I – À travers votre périple, quel message voulez-vous véhicule ?
Antoine AOUN : Qu'est-ce que je veux pour moi ? Et qu'est-ce que je veux apporter au monde et lui que peut-il m'apporter ? Lorsque je me réveille le matin et que je n'ai pas de projets, je me demande de quoi j'ai
envie. L'année dernière, quand je me suis demandé ce que je voulais faire. J'ai pensé à Pékin-Caen, j'ai alors tout mis en œuvre pour le réaliser. Lorsque mon fils, qui a 14 ans, me dit : « papa, je ne peux pas. Je lui réponds, ce n'est pas que tu ne peux pas, c'est que tu n'as pas envie de le faire ». Par exemple, une jeune fille tétraplégique et qui voyage avec son fauteuil électrique veut prendre le Transsibérien. Je lui ai répondu que j'avais vécu un véritable calvaire durant trente-six heures mais cela ne la ne l'a pas découragée puisqu'elle va le faire. Il faut vivre ses rêves et non pas rêver sa vie.
« J'ai des idées qui bouillonnent dans ma tête mais rien de précis encore »
F.H.I --- Justement, quels sont vos prochains rêves ?
Antoine AOUN : Pour l'instant, je me repose un peu. Mais dès ce dimanche, je serai au Marathon de Beyrouth. Mais, j'étais déjà de retour au travail ce matin. Je n'ai pas de projets précis pour le moment mais pleins d'idées bouillonnent déjà dans ma tête.
F.H.I --- Vous pouvez nous en dire deux mots sur ces idées qui bouillonnent dans votre tête ?
Antoine AOUN : Il y a trois ans, j'ai réalisé avec des amis debout une traversée de la Méditerranée en pirogue en 39 heures et 42 minutes entre Toulon et Calvi. Je ne peux pas m'aligner sur un triathlon car j'ai des soucis d'épaule. Je ne pourrai pas nager le crawl et si je me mets sur le dos, je serai hors délai. J'ai pleins d'idées mais rien encore de précis...
Propos recueillis par
Romain Beauvais
Publication : 02/11/2015
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