Arthur AUMOITE : Éjecté d’un super marché avec son chien guide, il revient sur l'évènement
Au cours de la fin du mois de septembre dernier, une vidéo a remué les réseaux sociaux, choquant et indignant de nombreux français. En une semaine, elle a été vue plusieurs dizaines de millions de fois, pour être ensuite diffusée sur les chaînes de télévision. Le protagoniste principal de cette scène hallucinante est revenu sur ce qui s’est passé dans cette grande surface marseillaise devenue honteusement célèbre. On le voit en effet être mis vigoureusement à la porte par le directeur et le vigile du magasin. La raison de cette altercation ? Arthur, déficient visuel, était entré dans la grande surface avec son chien guide d’aveugle… France Handicap Info est allé à sa rencontre un mois plus tard pour savoir comment les choses ont évolué depuis.
FHI : Bonjour Arthur, plusieurs millions de français ont vu cette scène et ils ont été très majoritairement révoltés par votre mésaventure. Pourriez-vous nous dire ce qui a été marquant pour vous ?
Arthur AUMOITE --- Malheureusement j’ai essuyé d’autres refus comme celui-ci, sans pouvoir entrer avec mon chien dans des taxis ou de petites épiceries… Sans aller jusqu’au refus, je rencontre parfois des personnes réticentes par ignorance. Ou alors elles manquent d’humanité et de compréhension. Cependant, à force de pédagogie et d’explications, normalement la chose se fait sans encombre.
Par contre au-delà du refus de ce directeur de magasin – fait récurant qui s’ajoute au handicap - l’aspect marquant provient de la violence de l’acte. Parce que l’ignorance passe à la limite, mais de là à répondre en attrapant mon
chien et en nous jetant hors du magasin, il y a tout de même une sacrée nuance.
Je n’ai absolument pas réussi à lui faire entendre raison, malgré ce que j’essayais de lui démontrer avec mes documents. Il a seulement essayé de désamorcer la chose lorsque la police l’a rappelé.
FHI : Depuis 1987, la loi française autorise les chiens guide et d’assistance à aller partout. Toutefois la réalité montre que 25 % d’entre eux sont encore refusés dans certains lieux accueillant du public. Vos propos dans les médias ont montré un engagement militant et une prise de position claire face à ce genre d’actes proscrits par la loi. Où en êtes-vous de cet engagement aujourd’hui ?
Arthur AUMOITE --- Concrètement, cette mésaventure m’a permis de me rapprocher et de me lier étroitement avec l’École des Chiens Guides de Paris, la NMCGA et la Fédération des Associations de Chiens Guide. Nous réfléchissons ensemble à la manière dont je pourrai m’engager à leurs côtés.
De plus, à la fin du mois d’octobre, nous avons rencontré la Secrétaire d’État en charge du handicap, accompagnés d’autres associations de chiens d’assistance, pour discuter ouvertement des problématiques rencontrées et faire un état des lieux de la situation en France. Le but était de dégager des lignes directrices qui permettraient de faire avancer cette cause.
FHI : où en est la plainte que vous avez déposée ?
Arthur AUMOITE --- Il n’y a pas encore eu de plainte déposée, nous travaillons avec mes avocats sur les suites à donner.
FHI : Pensez-vous que la peine encourue par les contrevenants (de 150 à 450 €) soit suffisante pour faire changer les comportements ?
Arthur AUMOITE --- Je pense qu’il y a deux aspects de réponse dans cette question. Est-ce que la peine est suffisante ? On pourrait déjà répondre que non, puisqu’elle ne dissuade visiblement pas certaines personnes. Il faudrait donc peut-être penser à une sanction plus lourde, afin que cela serve de leçon aux contrevenants et qu’ils n’aient plus envie de risquer une seconde amende.
Ensuite, à chaque fois qu’une personne accompagnée d’un chien guide ou d’assistance appelle la police pour faire constater cette infraction et faire valoir ses droits, il faudrait que cette situation soit prise au sérieux par les forces de l’ordre et la justice. Nous pourrions ainsi aller au bout de nos démarches de dépôt de plainte. Le risque d’amende pour eux deviendrait réel. Lorsque les agents de police se déplacent pour s’enquérir de la situation, normalement ils enquêtent, regardent. Bon, ils ne sont déjà pas toujours au courant de la législation. Mais dans mon cas, ils ont simplement rappelé le directeur du magasin et c’est tout ! Ils ne sont donc pas intervenus lorsque je les ai sollicités, parce qu’ils n’ont malheureusement pas le temps de s’occuper de ce genre d’affaires. En réalité, ces infractions ne sont pas réprimandées, alors qu’une loi, une sanction et une amende existent. Il faudrait appliquer tout cela sérieusement pour que les gens comprennent qu’il est interdit de refuser l’entrée aux chiens guide et d’assistance.
FHI : À la suite de ce qui vous est arrivé, Sophie CLUZEL (Secrétaire d’Etat chargée du handicap) a rappelé à l’ordre les commerçants et les grandes surfaces. Encore une fois, est-ce que selon vous cette déclaration aura un impact réel ?
Arthur AUMOITE --- Je pense qu’au-delà des mots qui sont tout à fait bienvenus, il faudrait mettre en place des actes. Ceux-ci permettraient de soutenir concrètement cette cause et de condamner ces infractions. Ce serait un vrai progrès. Et c’est exactement ce que nous comptions faire ensemble avec les associations de chien guide et d’assistance, ainsi que l’appui de Madame CLUZEL.
Interview réalisée par
Sébastien JOACHIM
Publication : 03/12/2018
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