Jean-Marc PLUMAUZILLE, audiodescripteur à l’association Valentin Haüy
Ce procédé importé il y a près de trente ans a révolutionné l’accès à la culture des personnes déficientes visuelles en leur permettant de suivre des films grâce à des voix-off décrivant les éléments visuels du film : actions, mouvements, expressions, décors, costumes. La voix descriptive est placée entre les dialogues ou les éléments sonores afin de ne pas nuire à l’œuvre originale. Né dans le quartier des Batignolles, à Paris, Jean-Marc PLUMAUZILLE, revient sur ces valeurs et l’importance de son métier, celui d 'audiodescripteur. Un métier découvert par hasard après revenu du Québec. Parmi les films « doublés », et pas les plus faciles, « La Guerre des étoiles » ou « L’Ours ».
FHI --- Pouvez-vous nous parler de votre métier d'audiodescripteur ?
Jean-Marc PLUMAUZILLE --- C'est un métier que j'exerce pour ma part depuis plus de 20 ans. Autant dire que je l'ai vu naître, évoluer, s'affiner pour mieux répondre à la demande du premier public concerné, celui des non ou malvoyants. Apprendre à mieux et moins dire, apprendre à laisser toute sa place à la bande-son. Des évidences aujourd'hui, mais qui ont dû être découvertes par ceux et celles qui ont « essuyé les plâtres ». Un métier à la croisée de plusieurs chemins. On n'est pas forcément un amoureux du cinéma, mais on doit avoir une culture de l'image, une culture tout court et aussi – avant tout – un français solide, un plaisir de manier la langue. Puisque c'est le texte lu qui va devoir en quelque sorte pallier l'absence visuelle pour « recréer » un film et que l'écriture se doit souvent d'être inventive.
FHI --- Quelle méthode avez-vous pour audio-décrire un film ? Est-elle la même pour tous les films ?
Jean-Marc PLUMAUZILLE --- Oui en ce qui me concerne. Je rentre directement dans le film, sans préparation et sans recherches documentaires, tout comme un voyant qui irait au cinéma. Écouter attentivement la bande-son pour se faire une idée de toutes les infos que véhiculent déjà les dialogues, les bruits, les musiques. Regarder attentivement le film pour définir quels sont les éléments visuels essentiels à la bonne compréhension de l'intrigue. Comprendre le film et ses ressorts dramatiques pour éviter de dévoiler trop tôt des éléments. Et se mettre à écrire, minute après minute. Tout relire plusieurs fois à voix haute, sans et avec l'image ; relire le texte de son collègue (puisqu'on travaille toujours à 2, indispensable pour éviter des erreurs et contre-sens), puis tout relire encore en commun dans une sorte de « filage ».
FHI --- Certains films sont-ils plus faciles à audio-décrire que d'autres ?
Jean-Marc PLUMAUZILLE --- Oui. Ceux ou les dialogues délivrent tellement d'infos qu'on n'a rien à commenter... puisque tout est dit. Certaines séries judiciaires qui reposent plus sur des raisonnements que sur des actions et où là aussi les personnages expliquent tellement que nos commentaires sont superflus.
Publication : 13/03/2019
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