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Marisol Touraine présente son plan de lutte contre les déserts médicaux "en douze points"

Marisol TOURAINE au coté de Ségolène ROYAL présentent le plan de lutte contre les déserts médicaux a la salle polyvalente de Scorbé-Clairvaux (Vienne) après la visite de la maison de santé pluridisciplinaire

Marisol TOURAINE au coté de Ségolène ROYAL présentent le plan de lutte contre les déserts médicaux a la salle polyvalente de Scorbé-Clairvaux (Vienne) après la visite de la maison de santé pluridisciplinaireComme elle l'avait promis, la ministre de la Santé a détaillé, le 13 décembre, un plan en 12 mesures pour lutter contre les déserts médicaux et qui se fixe comme objectif celui d'un accès pour tous aux soins d'urgence en moins de 30 minutes d'ici 2015. Une reforme, qui sera l'un des testes pour la ministre souhaitant réussir la ou le gouvernement « Fillon avait échoué » que Marisol TOURAINE a présenté dans la petite commune de Scorbé-Clairvaux, dans la Vienne, au côté de la présidente PS de la région, Ségolène Royal.

Si la ministre affirme avoir cherché son inspiration, dans les idées et thèmes consensuels avancés sur le Web par des étudiants et jeunes médecins blogueurs. Force est de constater que celle-ci aura souhaité prendre la carotte plutôt que le bâton, mais sans véritable consensus au-delà de la fédération des mutuelles qui semble soutenir le plan de la ministre. Car qu'ils s'agissent de l'association des Maires de France, au syndicat de médecin qui doute de l'efficacité des incitations tout comme les étudiants.

Une « stratégie nationale de santé »

Présenté son plan comme une "pièce maîtresse pour l'accès aux soins", qui s'inscrit dans la "stratégie nationale de santé" évoquée par le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et se conforme ainsi aux engagements de François Hollande de respecter la liberté d'installation, sacro-sainte pour les médecins libéraux, en misant sur l'incitation plutôt que sur la coercition. Celle-ci serait "injuste" vis-à-vis des jeunes médecins et "inefficace", a affirmé la ministre de la Santé.

Une vision que là aussi pour UFC-Que choisir, estime comme limiter (ne serait-ce qu'un peu) cette liberté est pourtant la seule solution qui vaille. Pour preuve, l'association de consommateurs pointe le succès de la méthode en Allemagne, en Angleterre ou au Québec.

Un plan qui reprend des thèmes consensuels. Il s'attaque d'abord à la formation des médecins, uniquement assurée aujourd'hui par l'hôpital. Depuis le début de leurs études et jusqu'à la fin de leur internat, soit un minimum de neuf ans pour former un médecin généraliste, les futurs praticiens n'ont quasiment aucun contact avec la réalité de terrain des soins de proximité. Un référent dans les agences régionales de santé des stages en cabinet libéral est en principe obligatoire, mais, dans les faits, non effectués.

Une politique qui portera la marque de la gauche selon Marisol TOURAINE, qui lors de son intervention à rappeler que ses prédécesseurs "ont échoué depuis dix ans", en prenant "des mesures par-ci par-là" sans les coordonner, selon elle. Même si la ministre reconnut « qu'il n'y a pas de recette miracle », mais garde le ferme espoir de réussir là où ses prédécesseurs ont « échoué ».

« Douze mesures qui nous laissent sur la faim »

Le collectif interassociatif sur la santé et regroupant aujourd'hui près de 80 associations reste très dubitatif devant les mesures proposées et pour lequel le vice-président Christian SAOUT. Prés de 20 ans après certaines mesures comme la rémunération au forfait n'a toujours pas était entendu regrette celui-ci. « Si la rémunération du médecin est liée à sa patientèle et non à l'acte, il devra aller les chercher ces patients... Et où sont-ils ? Dans les déserts médicaux justement. Et cela réglerait la question de l'obligation d'installation qui fait hurler tous les médecins dès qu'elle est abordée. Bien sûr, il ne faut pas tout organiser ainsi. Payer à l'acte une grippe reste légitime, mais une maladie chronique doit provoquer une rémunération au patient suivi ». Précise Christian SAOUT

Dès lors, les 12 mesures annoncées jeudi 13 décembre l'ont laissé sur sa faim. Même s'il souligne « le bon signal politique envoyé au médecin » : 4500 euros de revenus mensuels garantis pour un jeune praticien, « pour peu qu'il ne s'installe pas dans le centre de Marseille ou de Lyon... Ce n'est pas mal quand même ». Pas mal, mais pas suffisant pour régler un problème structurel selon le militant qui rappelle que les incitations financières sont un levier qui a été souvent utilisé sans jamais apporter les fruits attendus.

Convaincu que « le problème de la France c'est de ne pas avoir de système de santé », il prône des réformes structurelles et non conjoncturelles. « Là, on continue sur les mêmes logiques, on gère les choses au cas par cas, en fonction de l'agenda : avant-hier, les dépassements d'honoraires, hier l'augmentation du plafond de la CMU, aujourd'hui les déserts médicaux, mais sans avoir une réflexion globale ». Une réflexion globale, que le collectif qui regroupe près de 80 associations l'appelle donc de ces vœux depuis longtemps.

Des Élus toujours inquiets

Un pacte qui souhaite répondre à la fois aux élus et notamment à l'association des Maires de France qui la veille avait demandé des mesures fortes afin de répondre a les désertifications des médecins et cabinet médical dans les campagnes. Un communiqué dans lequel les élus désignaient les nombreuses "carences qui ne peuvent être résolues par des initiatives locales" tout en précisant que "Les territoires ruraux, périurbains et parfois urbains constatent le départ des médecins en exercice et l'apparition de réels déserts médicaux, d'autant que la politique de relocalisation et de concentration des hôpitaux y réduit encore le nombre de médecins par habitant et leur attractivité pour les professions sanitaires".

Des mutuelles satisfaites de l'annonce...

Au lendemain de l'annonce de son plan, si certains doutent de sa réelle efficacité comme les médecins, les mutuelles à travers la Fédération des Mutuelles de France (FMF) ont salué les premières mesures encourageantes « qui marque des avancées ». Les Porte-parole de la Fédération rappellent que : « comme l'a reconnu la ministre, les inégalités d'accès aux soins touchent de plus en plus de Français dans les zones rurales, mais aussi dans certains quartiers urbains. La volonté de conforter et développer les centres de santé doit s'accompagner de mesures concrètes de soutien à ces structures, notamment dans le cadre de la convention nationale en cours de négociation avec l'assurance maladie ».

La FMF qui attend cependant que ces mesures annoncées permettent de consolider cette médecine de proximité. Ainsi, le développement de modes de « rémunération forfaitaire des équipes de soins », toujours demandé par les Mutuelles de France, doit permettre de renforcer la coordination des professionnels de santé à l'échelle des territoires.

Enfin, selon la FMF, la volonté affichée de la ministre des Affaires sociales et de la Santé, de conforter le rôle des établissements hospitaliers et de mieux coordonner leurs actions avec les structures de premier recours, ne peut qu'améliorer la prise en charge des besoins de santé des populations. Mais pour que cette nouvelle mission puisse être assurée, ses porte-parole estiment « qu'il faut mettre un terme à l'étranglement financier des centres hospitaliers par la T2A ». La Fédération des Mutuelles de France attend maintenant que les moyens déployés par le gouvernement soient suffisants pour ne pas rester dans le simple affichage politique.

Visite du Pôle de santé de l'Envigne

Dans le cadre de la présentation de son plan, la ministre a visité ce qu'elle souhaite mettre en place, des Pôles de santé pluriprofessionnel s'appuyant sur 2 maisons de santé, l'une à Scorbé- Clairvaux et l'autre à Lencloître et dont la communauté des communes compte 8 923 habitants. Des Pôles santé qui à pour objectif de regrouper les professionnels de santé de premiers recours du territoire au sein d'une structure cohérente et leur propose de travailler ensemble sur la base d'un projet de santé commun. Un lieu où sont réunis plus d'une trentaine de professionnels (médecins, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pharmaciens...), regroupés au sein d'une SCMi, travaille ensemble au sein du pôle afin de maintenir une offre de santé accessible à tous et créer une dynamique à même de faciliter le maintien et l'installation de professionnels sur le territoire.

Stéphane LAGOUTIÉRE

Catégorie : RÉFORME & RAPPORT GOUVERNEMENTAL
Publication : 18/12/2012

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