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Une aide-soignante prend un an de prison avec sursis pour des cas de maltraitances sur des personnes souffrant d'alzheimer dans un Ehpad

Rédigé le 24 Novembre 2015
Veilliesse et dependance

Résidents insultés, enfermés ou réveillés pour être changés sans ménagement, une aide-soignante d'un EHPAD de la Loire a été condamnée mardi un an de prison avec sursis pour maltraitance sur des pensionnaires souffrant d'Alzheimer. Le tribunal correctionnel de Roanne a suivi les réquisitions du parquet. Il a ainsi assorti sa condamnation d'une interdiction définitive d'exercer une activité en lien avec des personnes âgées.

Employée depuis 36 ans au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de la Pacaudière, Brigitte BAYON, 55 ans, répondait de « violences habituelles sur personnes vulnérables n'ayant pas entraîné d'ITT ». Les « maltraitances physiques et verbales », les « humiliations » qui se seraient produites durant ses gardes de nuit, entre janvier 2011 et mars 2014, avaient été dénoncées par six collègues de cette déléguée CGT, très bien notée, à l'arrivée de la nouvelle directrice de l'Ehpad, en janvier 2014. Plusieurs d'entre elles avaient d'ailleurs demandé à changer de service car elles ne supportaient plus ses agissements et son côté « autoritaire ».

« Elle est effondrée par sa condamnation », a déclaré à l'AFP son avocat Me Frédéric DOYEZ. A l'audience le 30 septembre, sa cliente avait assuré n'avoir « jamais voulu punir » les pensionnaires. « C'était pour les protéger », avait-elle assuré, concédant avoir peut-être dérapé en raison de la « fatigue et de la charge de travail », étant « seule la nuit » avec une auxiliaire de santé pour s'occuper de 82 résidents.

Dans son réquisitoire, le substitut du procureur Jean-Christophe MICHARD avait requis douze mois avec sursis, ce 29 septembre à Roanne (Loire), évoquant les « témoignages constants et précis" des collègues de l'aide-soignante, estimant qu'on était « clairement sur la brutalité et la brusquerie ». Une enquête administrative avait été diligentée et le dossier transmis à l'Agence régionale de santé et au parquet de Saint-Étienne. Les familles de 26 pensionnaires avaient alors porté plainte, mais la plupart d'entre eux n'ont pu être entendus.

Une femme qui en 2008, Brigitte Bayon avait déjà fait l'objet d'une enquête administrative à la suite d'une dénonciation de maltraitances de la part d'une collègue, mais l'ARS avait conclu à des accusations infondées dans un contexte de "jalousie non avouée des équipes de nuit".

Au cours de ce nouveau procès, l'avocat de Brigitte Bayon a dénoncé les "excès" de ses accusatrices pour la faire passer pour «une femme cruelle et sadique».

Un manque de cruel de personnelle...

«Le manque de personnel peut [évidemment] favoriser ces situations», avait commenté sur le plateau du Magazine de la santé Annie de Vivie, fondatrice du site AgeVillage.com. «Et ce qui va les favoriser d'autant plus est le manque de formation de ces salariés, qui sont visiblement complètement démunis par rapport aux comportements d'agitation, face aux refus de soins, face aux comportements dérangeants de patients».

Le manque d'encadrement, ainsi que le manque de vision de l'établissement sont également mis en cause par Annie de Vivie. «Si on s'indigne et si on est clair sur le « non-silence », logiquement, on doit pouvoir immédiatement repérer les situations de fragilité, d'incidents, et on doit immédiatement les signaler et les traiter. Si ce n'est pas fait, cela veut dire que l'on a un souci de vision dans la structure».

Un numero d'urgence....

Les familles appellent de plus en plus le 3977 (le numéro national qui centralise les demandes relatives à ces maltraitances sur personnes âgées ou handicapées). Annie de Vivie appelle à ce que ces établissements soient plus ouverts. "On a, en France, des établissements qui vont vers la labellisation, par le label Humanitude, parce que l'on peut prendre soin des personnes, 24h/24, dans de bonnes conditions."

La Rédaction / Avec AFP

Le Tribunal correctionnel de Nancy déboute une tétraplégique de sa plainte contre la MDPH de Nancy

Rédigé le 19 Novembre 2015
Laurence LEMAITRE tetraplegique et son compagnon

L'affaire avait commencé en octobre 2014 après que la MDPH de Nancy avait réduit 22 heures par jour à moins de 10 h. Une décision que Laurence LEMAITRE tétraplégique âgée aujourd'hui de 34 ans avait refusée. Elle est alors contrainte de licencier deux de ses assistantes. Elle ne peut plus compter que sur deux personnes, dont son conjoint. Mme LEMAITRE décide porte plainte, en engageant une procédure pénale pour faire condamner la MDPH de Nancy sur le fondement de « délaissement de personne vulnérable » sans que son état de santé ne se soit amélioré. Représenté par Me Alexandra GREVIN, lors du procès qui avait lieu le 2 novembre dernier, le Tribunal Correctionnel après deux semaines de réflexion a tranché, celui-ci a prononcé la relaxe de la MDPH.

Pour l'avocat de la MDPH représenté par Me Bruno ZILLIG, celui avait déclaré dans le journal l'Est républicain, avait justifié « ce tour de vis par le déménagement de Laurence Lemaître vers un logement adapté à son handicap. Il y avait donc moins besoin de l'aider. D'autant moins que la trentenaire vit maintenant avec un compagnon qui est susceptible de l'assister au quotidien. ». Reste que la MDPH ne c'est peut être pas posé la question que cette homme avait lui aussi une activité professionnelle ?

Lors de l'audience, le vice-procureur Journo n'avait, lui, requis aucune peine. Une décision qui a provoqué la colère de Laurence LEMAITRE, qui attend la signification du jugement ainsi que son avocate. La décision de faire appel n'est pas encore prise, il faut attendre de voir comment le jugement a été motivé et sur quels fondements la plainte a été rejetée, mais la victime affirme « être dans son bon droit ».

Une affaire qui se poursuit devant la justice sociale...

La victime qui affirme être dans son bon droit, avait en effet obtenu gain de cause dans une décision rendue fin février 2015 par le Tribunal du contentieux de l'incapacité de Nancy affirmant dans son jugement que les raisons invoquées par la MDPH pour la diminution des aides humaines, n'étaient pas justifiées. Laurence LEMAITRE aurait du récupérer ces heures. Mais la MDPH de Meurthe-et-Moselle ni présente à l'audience et qui n'a pas présenté d'observations écrites, a fait appel de la décision.

Une situation qui a eu pour effet de ne pas pouvoir récupérer les 22 h quel bénéficiait auparavant et laisse cette femme de 34 ans totalement désemparer face a une procédure qui peut durer jusqu'à deux ans. Une attente qui place Laurence LEMAITRE, dans l'attente de la décision de Cour nationale de l'incapacité d'Amiens, sans aides suffisantes, une situation qui, selon elle, la met en danger.

Des affaires similaires... ?

Depuis le début de l'année 2015, trois cas similaires à l'histoire de Laurence Lemaître ont été recensés par l'avocat. "Deux affaires concernent la prestation de compensation pour un adulte et une autre l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé".

Des situations qui à provoquée également depuis plusieurs mois l'inquiétude des associations comme celle de l'APF qui avait le 14 octobre 2015, lors d'un rassemblement devant le ministère de la Santé, une pétition intitulée "Touche pas à ma MDPH". Cette pétition, lancée depuis le mois de mars, a recueilli 34.000 signatures.

Une situation dont certains affirment également que la décision de la MDPH est peut être également dû aux restrictions des dotations de l'État envers les collectivités territoriales, on peut s'interroger sur les conséquences directes auprès des structures départementales qui ont de plus en plus de mal à assumer leurs dépenses de fonctionnement. Dans le cas de la Meurthe-et-Moselle, les dotations de l'État n'ont pas diminué, mais ce sont les demandes d'aides qui augmentent, notamment concernant la prestation de compensation du handicap.

Stéphane LAGOUTIÉRE

Nicolas BONNEMAISON a ouvert les yeux après sa tentative de suicide

Rédigé le 2 Novembre 2015

Nicolas BONNEMAISON. Hospitalise a l hopital Haut_Leveque de Pessac dependant du CHU de BordeauxL'ex-urgentiste bayonnais Nicolas BONNEMAISON, qui a tenté de se suicider samedi, une semaine après sa condamnation à de la prison avec sursis pour avoir donné la mort à une patiente, a ouvert les yeux dimanche et son pronostic vital n'était plus engagé. Un soulagement pour ces proches et pour son comité de soutien.

C'était sans doute un fardeau trop lourd à porter pour Nicolas BONNEMAISON. Hospitalisé à l'hôpital Haut-Lévêque de Pessac dépendant du CHU de Bordeaux, « a ouvert les yeux et répond à des ordres simples », a-t-on précisé de source médicale et dans son entourage.

Malgré ces signes « encourageants », l'ex-urgentiste de 54 ans restait dimanche après-midi dans un état préoccupant et il était « trop tôt pour se prononcer sur d'éventuelles séquelles », neurologiques notamment, a-t-on souligné de mêmes sources.

Un texte expliquant son geste a été retrouvé

Samedi, M. BONNEMAISON avait été retrouvé inanimé dans son véhicule, sur la commune de Tosse (Landes), près de Dax, sur un chemin de terre en lisière de forêt, apparemment après avoir absorbé des médicaments et tenté de s'asphyxier par des gaz d'échappement détournés vers l'habitacle, selon le parquet de Dax.

A ses côtés dans la voiture, un texte avait été retrouvé, expliquant les raisons de son geste, dans lequel « il se disait en substance éprouvé et fatigué de la vie », notamment après les épreuves judiciaires qu'il a endurées ces quatre dernières années, a précisé une source judiciaire.

L'alerte avait été donnée par des joggeuses, intriguées par le moteur en marche de ce véhicule à l'arrêt. L'ancien médecin, dont le pronostic vital était engagé lors de sa prise en charge par les secours, avait alors été transporté par hélicoptère vers l'hôpital Haut-Lévêque, où son état de santé était encore jugé « très grave » samedi en fin d'après-midi.

Un procès très médiatisé

Le 24 octobre, Nicolas BONNEMAISON a été condamné en appel à deux ans de prison avec sursis par la Cour d'assises d'Angers pour avoir délibérément donné la mort à une patiente de 86 ans en avril 2011, plongée dans le coma après un accident vasculaire cérébral.

A l'issue d'un procès très médiatisé et étroitement imbriqué avec les problématiques de fin de vie, l'ex-urgentiste a en revanche été acquitté pour six autres décès de patients, eux aussi incurables et en fin de vie. Seize mois plus tôt, Nicolas BONNEMAISON avait été acquitté en première instance pour la totalité de ces mêmes faits par la cour d'assises de Pau. Mais le parquet général avait fait appel du verdict.

À Angers, Nicolas BONNEMAISON était apparu éprouvé

Lors de ces deux procès, l'ex-médecin avait assumé et soutenu avoir procédé à des injections dans le seul but de « soulager, pas (de) tuer » des agonisants, même s'il savait que les produits administrés auraient pour effet d'accélérer la mort.

A Angers, M. BONNEMAISON était apparu éprouvé, quoique combatif, durant les deux semaines du procès, au cours duquel plusieurs experts psychiatres avaient souligné l'absence de « dimension pathologique » dans sa personnalité.

Après le verdict, ses avocats l'avaient décrit comme « soulagé, parce que pour lui c'est la fin de ce calvaire judiciaire » et, selon un membre de son entourage qui s'était entretenu longuement avec lui, l'ancien urgentiste semblait en bon état psychologique ces derniers jours.

Un collectif de soignants du Centre hospitalier de Bayonne déplore que Nicolas BOONEMAISON ait été « jeté en pâture à la vindicte publique »

Toutefois, selon un proche, il avait des soucis financiers, entre les frais de justice et la condamnation d'Angers, au civil, à verser 30.000 euros de dommages et intérêts à la famille de la patiente décédée. Il s'est d'ailleurs pourvu en cassation contre cet arrêt civil, mais pas contre l'arrêt pénal le condamnant à la prison avec sursis.

Dans un texte reçu par l'AFP, un collectif de soignants du Centre hospitalier de Bayonne, où M. BONNEMAISON exerçait, a déploré qu'il ait été « jeté en pâture à la vindicte publique » et notamment « victime d'une organisation hospitalière défaillante, d'une loi hypocrite » sur la fin de vie et d'un « acharnement » judiciaire.

M. BONNEMAISON a aussi été très marqué par sa suspension, puis radiation du Conseil de l'Ordre des médecins. Il n'a pas pu exercer depuis quatre ans et a exprimé à Angers à quel point "les malades (lui) manquent ».

La Rédaction / Avec AFP

Pas de pourvoi en cassation pour Nicolas BONNEMAISON mais il demande une révision de sa radiation de l'Ordre des médecins

Rédigé le 29 Octobre 2015

Le Dr_Nicolas_BONNEMAISON_condamnee_a_deux_ans_de_prision_de_sursisL'ex-urgentiste Nicolas BONNEMAISON, condamné par la Cour d'assises d'Angers à deux ans de prison avec sursis pour avoir délibérément donné la mort à une patiente, renonce à un pourvoi en cassation contre cette décision, mais demande une révision de sa radiation de l'Ordre des médecins.

Cette affaire est définitivement close ou presque. « Nicolas BONNEMAISON a décidé de ne pas former de pourvoi en cassation contre l'arrêt pénal de la Cour d'appel d'Angers du 24 octobre 2015 », ont indiqué à l'AFP ses avocats, Mes Benoît DUCOS-ADER et Arnaud DUPIN. 

Acquitté le 25 juin 2014 par le jury populaire de la Cour d'assises de Pau, l'ex-urgentiste a été reconnu coupable à Angers d'avoir délibérément donné la mort à l'Hôpital de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) à Françoise IRAMUNO, une patiente âgée de 86 ans, avec la circonstance aggravante de connaître sa particulière vulnérabilité. Il a été acquitté pour les six autres cas de patients pour lesquels il était jugé.

En revanche, Nicolas BONNEMAISON forme un pourvoi en cassation contre l'arrêt civil de la Cour d'assises d'Angers qui l'a condamné à payer la somme de 30 000 euros de dommages et intérêts au fils et à la belle-fille de Françoise IRAMUNO, ont ajouté ces avocats.

Nicolas BONNEMAISON demande le rééxamen de la décision de sa radiation de l'Ordre des médecins

Parallèlement, l'ex-urgentiste a décidé de saisir la Chambre disciplinaire de l'Ordre des médecins d'une demande de révision de la décision de radiation prise à son encontre le 15 avril 2014 en raison de « faits nouveaux », ont indiqué ces deux conseils.

Le praticien avait été radié à cette date par la Chambre disciplinaire de l'Ordre des médecins, une décision devenue formelle le 1er juillet 2014, soit sept jours après son acquittement à Pau. Cette décision avait été confirmée le 30 décembre 2014 par le Conseil d'Etat. Un recours est toujours pendant devant le Cour européenne des droits de l'Homme.

Nicolas BONNEMAISON, conformément à la procédure, est en droit de demander le réexamen de la décision de sa radiation car, selon ses avocats, « après le verdict en appel, il y a des faits nouveaux » : « Les faits nouveaux sont son acquittement de la totalité des faits en première instance à Pau ainsi que son acquittement à Angers concernant le cas d'une patiente pour laquelle il avait utilisé du  norcuron (curare) », a précisé à l'AFP Me DUCOS-ADER. Ce dernier a insisté sur le fait que l'Ordre des médecins avait pris sa décision avant que l'ex-urgentiste soit jugé à Pau en juin 2014 et en appel à Angers en octobre 2015.

La Rédaction / Avec AFP

Nicolas BONNEMAISON condamné à deux ans de prison avec sursis

Rédigé le 26 Octobre 2015
Le Dr_Nicolas_BONNEMAISON_condamnee_a_deux_ans_de_prision_de_sursis

L'ex-urgentiste Nicolas BONNEMAISON, jugé en appel à Angers pour sept « empoisonnements » de patients en toute fin de vie, a été condamné samedi à deux ans de prison avec sursis par la Cour d'assises du Maine-et-Loire. Nicolas BONNEMAISON, acquitté en 2014 par les jurés de la Cour d'assises à Pau en première instance, a été reconnu coupable d'avoir délibérément donné la mort à une patiente, Françoise IRAMUNO, avec la circonstance aggravante de connaître sa particulière vulnérabilité.

Médiator : Gain de cause pour deux victimes du Médiator, une victoire et un jugement en demi-teinte

Rédigé le 22 Octobre 2015
Me Martine_VERDIER_lisant_a_son_client_la_decision_du_tribunal_de_Nanterre

Huit ans après la révélation du scandale du Mediator, le tribunal de grande instance de Nanterre a reconnu pour la première fois jeudi la responsabilité civile des laboratoires SERVIER, pour avoir laissé sur le marché un médicament défectueux, dont ils ne pouvaient pas ignorer les risques. Un jugement qui ne fait que confirmer la dangerosité du produit reconnu par la Cour d'appel de Versailles le 20 novembre 2013.

Une décision qu'il convient d'estimé en teinte avec des montants dérisoires pour lequel victime ont décidé de faire appel ainsi que le Laboratoire sur le caractère défectueux du produit selon l'article 1386-4 du Code civil.

Saisi des demandes d'indemnisations de deux malades Michel, Esther, de 72 et 67 ans, réclament à SERVIER, 900 000 et 125 000 euros en réparation des séquelles de leur valvulopathie, le tribunal a estimé qu'à la date de la prescription du médicament, en 2003 et 2006, « l'état des connaissances scientifiques ne permettait pas d'ignorer les risques d'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) et de valvulopathies induits par le benfluorex » (son principe actif), et « la seule suspicion de ces risques » obligeait le laboratoire « à en informer les patients et les professionnels de santé », notamment dans la notice d'utilisation.

Pour Me Charles JOSEPH-OUDIN, avocats de nombreuses victimes présumées du Mediator, sa nocivité était connue dès les années 90. Si ce dernier a salué une victoire, mais une victoire en demi-teinte, son client Michel, ancien responsable de chantier dans le BTP, a consommé du Mediator de 2003 à 2009 n'ayant seulement obtenu quelque 27 000 € au lieu des 900 000 €, demandés. Obligeant la victime a remboursé 23 000 € sur les 50 000 € a titre d'avance.

«Les montants sont eux en décalage avec la pathologie et les préjudices subis, en décalage avec l'ampleur de ce scandale de santé publique majeur et enfin, en décalage avec le comportement lucratif du laboratoire de 30 à 40 M€ par an à Servier » a-t-il ajouté a la sortie de la salle d'audience annonçant que son client allait faire appel.

L'autre victime, Esther, qui attaquait l'industriel, recevra lui 10.000 € du laboratoire. Une somme totalement dérisoire pour lequel son avocate, Me Martine VERDIER, s'étonne du manque de proportionnalité retenu par le tribunal. . «Les juges ont fait la carpe, explique Martine Verdier. On attendait que cette décision soit phare et ce n'est pas le cas. Certes Servier est condamné, mais regardez combien vont toucher les victimes! On donne des millions à Bernard Tapie et à des victimes atteintes dans leur corps, on ne verse que 10.000 € ! La justice n'est pas au rendez-vous» aura telle expliquée à la sortie de la délibération.

Le coupable c'est l'État pour les avocats du laboratoire

Représentés par Me Nathalie CARRÈRE celle-ci aura tenté de faire a croire au tribunal celle de l'adage « responsable, mais pas coupable ». Des avocats qui s'appuieront notamment sur une décision de la cour administrative d'appel de Paris qui a confirmé en août dernier la responsabilité de l'État envers une victime, en jugeant qu'une décision de retrait aurait dû intervenir « au plus tard » le 07 juillet 1999, date d'une réunion de la « commission nationale de pharmacovigilance où a été évoquée la situation du benfluorex ». Principe actif du Mediator, le benfluorex contient de la norfenfluramine, un anorexigène qui déclenche les effets indésirables.

En face, SERVIER fait valoir son exonération de responsabilité. « Jusqu'en 2009, les autorités de santé considèrent qu'il n'y a pas d'alerte de valvulopathie en pharmacovigilance, la communauté scientifique dit qu'il y a peu de troubles cardiaques constatés », s'était défendu l'avocate de SERVIER, Me Nathalie CARRÈRE. Le Mediator a été prescrit pendant plus de trente ans, d'abord contre l'excès de graisses dans le sang, puis comme traitement adjuvant pour les diabétiques en surpoids.

Les laboratoires qui avaient réfuté le 21 octobre, les accusations d'indemnisations, à la veille du jugement, ils ont annoncé avoir provisionné 70 M€ pour indemniser la totalité des victimes et leurs caisses d'assurance maladie. Ce montant vient s'ajouter à environ 14 M€ déjà versés à ce jour aux patients, via la voie amiable de l'Oniam, l'organisme public chargé de ces indemnisations, et les transactions en cours de procédures judiciaires. A ce jour, environ 1500 patients ont reçu une offre d'indemnisation, pour un total d'environ 24 M€.

Une affaire qui fait que commencer...

Largement détourné comme coupe-faim pendant plus de trente ans, le Mediator a été prescrit, d'abord contre l'excès de graisses dans le sang, puis comme traitement d'appoint pour les diabétiques en surpoids a plus de cinq millions de personnes en France. Cette décision du TGI de Nanterre n'est qu'une étape dans l'affaire du Mediator pour les centaines de victimes en France qui espèrent qu'elle permettra de débloquer des procédures judiciaires.

Huit ans après les révélations de la Dr. Irène FRACHON, aucune victime présumée du Mediator n'a été indemnisée de manière définitive par la voie judiciaire, les tribunaux ayant seulement accordé des provisions dans l'attente d'un jugement au fond. Il faudra au civil atteindre une décision définitive de la Cour de cassation y compris pour cette décision du Tribunal de Nanterre. Au pénal, le scandale sanitaire fait l'objet de deux procédures distinctes, à Paris et à Nanterre, mais aucun procès n'est encore prévu.

Stéphane LAGOUTIERE / Avec l'AFP

Nicolas BONNEMAISON accusé d'empoisonnement sur sept personnes, sera fixé le 24 octobre

Rédigé le 19 Octobre 2015
Nicolas Bonnemaison quitte le tribunal de Pau apres avoir ete aquitte le sera t il a nouveau

Ballotté entre les exposés savants sur les sédatifs et l'insaisissable « fragilité » d'un urgentiste sous pression, le procès en appel de Nicolas BONNEMAISON peine à appréhender pleinement la dantesque réalité, la responsabilité du médecin face à l'agonie, la mort. Le verdict sera rendu le 24 octobre prochain.

Le létal curare (via le médicament Norcuron) est-il utilisable dans le cadre d'une sédation, ou juste pour apaiser certains types d'agonie ? Seul, ou avec un anxiolytique ? Au bout de combien d'heures, de jours, la mort peut-elle intervenir pour un agonisant sous sédatif ? Avec quel dosage ? La décision collégiale doit-elle s'appliquer pour le seul arrêt de thérapie active, ou aussi pour la sédation de toute fin de vie, pour aider à partir ? Une pluie de questions médico-techniques - dont peu ont reçu des réponses unanimes des spécialistes - a résonné aux oreilles des jurés de la cour d'assises du Maine-et-Loire. Elle juge en appel Nicolas BONNEMAISON, ex-urgentiste de Bayonne, pour « empoisonnement » en 2010-2011 de sept patients âgés, en phase terminale et au pronostic vital engagé à court terme.

S'il n'est pas sûr que ces considérations aient réellement éclairé les jurés sur la nature des gestes (tué ? pas tué ?), l'accusé s'est, lui, efforcé de fermer les portes au doute. « J'insiste sur ce point », « je tiens à être extrêmement clair »... Avec vigilance, méthodiquement, Nicolas BONNEMAISON a rappelé, pour chaque « victime » dont il répond, que « tout ce qu'(il) voulait, c'était soulager" avec des sédatifs, mais "en aucun cas abréger la vie", "provoquer le décès ».

Des témoignages à la limite du soutenable

Car l'accusé de 54 ans est apparu plus détendu, plus combatif aussi, qu'au procès en première instance en juin 2014 à Pau, où, il avait semblé initialement tétanisé, comme sentant planer la menace de la prison. Il avait finalement été acquitté, alors même que le parquet avait requis modestement (cinq ans de prison avec sursis possible sur l'intégralité). Il encourt toujours à Angers la réclusion criminelle à perpétuité.

Mais ce que la cour ne peut qu'essayer d'imaginer, c'est l'inouïe détresse et solitude face à l'agonie. Même si des témoins ont parlé avec éloquence, pudeur, de ce « colloque singulier », de cet « espace sacré » entre le mourant et son médecin. Même si d'autres, soignants ou familles de patients, ont évoqué en larmes, avec des termes crus à la limite du soutenable, parfois en les mimant, une « carotide qui pète », un agonisant convulsant « comme un poisson », un vomi de « morceaux d'intérieur »...

Comme à Pau, Nicolas BONNEMAISON, prend des notes, mais à Angers il intervient davantage, demande la parole, amène une précision, une contradiction, après un témoin, voire s'agace quand on évoque son psychique « fragile » - il a eu plusieurs épisodes dépressifs dans sa vie, notamment en 2009. « Ces rumeurs que j'entends depuis quatre ans : C'est un mec fragile, qui a tenté de se suicider ( ) c'est faux », a-t-il assuré.

Me Benoît DUCOS-ADER : « Revivre ici ce procès est très dur pour les témoins, les parties civiles »

La défense pressent-elle une vulnérabilité sur ce flanc ? « C'est peut-être nous que nous essayons de sédater, notre propre angoisse », a laissé planer un témoin, spécialiste français des soins palliatifs. Ou anticipe-t-elle les dépositions d'experts-psychiatres la semaine prochaine ? Elle s'est en tout cas efforcée de dépeindre un Nicolas BONNEMAISON « déterminé » au « moral d'acier ». Sans omettre d'évoquer la prochaine bataille, au-delà d'Angers: le recours devant la Cour européenne des droits de l'Homme contre sa radiation de l'Ordre des médecins.

Bernard KOUCHNER, ancien ministre de la Santé, Jean LEONETTI, député (Les Républicains) et père de la loi fin de vie de 2005 (et d'une proposition en cours d'examen au Parlement), ou encore Frédéric CHAUSSOY, un médecin « pionnier » qui fut en 2003 poursuivi dans un cas célèbre d'euthanasie (il obtint un non-lieu) : d'autres « grands témoins » viendront en deuxième semaine défendre un « interdit » (donner la mort) à ne pas franchir, ou au contraire le devoir de le transgresser pour aider.

« Intéressant, mais dommageable pour tous; revivre ici ce procès est très dur pour les témoins, les parties civiles », a résumé vendredi pour la défense Me Benoît DUCOS-ADER, sans décolérer contre un « procès de trop, ou l'hypocrisie » qui perdure dans la loi. « Entre sédation profonde et continue et euthanasie, quelle différence ? Dans aucun pays, on ne va faire mourir des gens en bonne santé... » Le verdict est attendu samedi 24 octobre prochain.

La Rédaction / Avec AFP

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